Holocauste: certains juifs du Maghreb "ont vécu l’enfer", rappelle un écrivain marocain

Le gouvernement de Vichy a aussi fait la chasse aux juifs au Maghreb, même si cet épisode de l’histoire n’est pas souvent mis en lumière, rappelle à Sputnik l’écrivain Ahmed Aassid. Près de quatre-vingt ans plus tard, la menace nazie existe toujours de par le monde et les Occidentaux ont tort de la sous-estimer, ajoute-t-il.
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Alors que ce 27 janvier marque la Journée internationale de commémoration de l'Holocauste, le sort des juifs du Maghreb durant cette période reste un sujet peu évoqué. Sous occupation française, le Maroc, l’Algérie et la Tunisie ont pourtant souffert des politiques antisémites du gouvernement Vichy, comme le rappelle à Sputnik l’écrivain marocain Ahmed Aassid.
Les juifs y ont été persécutés, expropriés ou privés de leurs emplois. En Tunisie, les SS en ont par ailleurs interné plus de 5.000 dans des camps de travaux forcés et de détention.
"Pendant la 2ème guerre mondiale les pays maghrébins étaient sous l'occupation française. Quand la France a été envahie, le gouvernement Vichy a relayé la politique des nazis envers les juifs. Si les juifs du Maroc et d'Algérie ont été relativement sauvés grâce au débarquement des forces alliées à Casablanca et Horan, les juifs de Tunisie ont vécu l'enfer", explique ainsi Ahmed Aassid.
Au Maroc, les plans de l’administration de Vichy et les demandes nazies ont cependant rencontré l’hostilité du roi Mohamed V, dont la position reste aujourd’hui saluée.
"Au Maroc l'histoire se souvient du geste du roi Mohamed V comme un acte héroïque et humaniste, celui-ci ayant refusé obstinément de livrer les juifs marocains aux nazis. Tous les juifs d'origine marocaine lui sont reconnaissants de ce geste jusqu'à nos jours", rappelle l’écrivain.
Si la cohabitation avec l’Islam a parfois été difficile, la communauté juive est devenue au fil des siècles une "composante essentielle de l’identité" des pays de Maghreb et le reste aujourd’hui, souligne-t-il encore.

Propagation des idéaux néo-nazis

Cette histoire douloureuse oblige à rester vigilant face aux résurgences des idéaux nazis, affirme Ahmed Aassid. L’écrivain fustige notamment le rejet de la dernière résolution russe à l’Onu, visant à lutter contre l’héroïsation du nazisme. Le fait que certains pays européens aient voté contre cette résolution est selon lui "contradictoire avec les valeurs" portées par l’UE.
L’Occident a par ailleurs tendance à hausser les épaules devant les mises en garde de la Russie sur la propagation du néonazisme, notamment en Ukraine. Un aveuglement qui s’explique par le fait que l’Europe essaie avant tout de "contrer les intérêts russes dans la région", afin de "maintenir la même situation d’hégémonie sur le monde", analyse Ahmed Aassid.
Et pourtant, cette menace du néonazisme devrait être prise de manière plus réfléchie en Occident, affirme l’essayiste.
"Je ne crois pas que les dangers du néonazisme soient suffisamment pris au sérieux. Les autorités font un calcul bête en se disant que le phénomène nazi reste minoritaire, sans prendre en considération le danger de sa propagation", conclut-il.
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