Avec lui, l’Algérie évoluera dans «son espace traditionnel non atlantique et dans le cadre de l'axe eurasien» - exclusif

Le candidat à la présidentielle algérienne Abdelkader Bengrina a exposé à Sputnik les principaux axes de son programme de campagne concernant la diplomatie, les réformes politiques et institutionnelles, la jeunesse et la place de l’islam dans l’Algérie de demain qu’il espère construire.
Sputnik

À un mois de l’élection présidentielle en Algérie prévue le 12 décembre, les cinq candidats officiellement retenus par l’Autorité nationale indépendante des élections peaufinent leurs projets avant le début de la campagne électorale dimanche 17 novembre. Elle prendra fin le 9 décembre à minuit.

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Dans un entretien accordé à Sputnik, Abdelkader Bengrina, 57 ans, candidat du parti islamiste El Bina, a dévoilé les grandes lignes de son projet pour l’Algérie.

La place de l’Algérie dans le monde

Pour le candidat, il est impératif de redéfinir les priorités et les stratégies d’action de la politique extérieure de l’Algérie.

Compte tenu de l’état actuel des relations internationales et de la situation qui perdure dans le monde arabe, M.Bengrina admet que «nous sommes pleinement conscients que l’État-nation souverain fait maintenant face à des risques énormes au profit des réseaux d’influences internationaux».

De ce fait, «nous nous estimons comme un État pivot au Maghreb, au Sahel, au Sahara et en Afrique, et nous demandons à être reconnu comme tel», a-t-il affirmé, soutenant que «nous n’accepterons pas que l’Algérie reste un État messager qui transmet des messages de l’Ouest au Sud. L’Algérie contribue à la paix, apporte des solutions et propose des idées». «Un pays qui sortira de la dépendance économique [vis-à-vis des grandes puissances, ndlr] et développera ses propres entreprises, en particulier dans le cadre de ses relations économiques (non atlantiques) avec le Maghreb, l’Afrique et le monde arabe, qui constituent son espace traditionnel. L’Algérie veut se tourner vers d'autres espaces, comme ceux du projet eurasiatique et des BRICS qui n'imposent aucune subordination tout en favorisant l'émancipation, la multipolarité universelle et la primauté du droit international, pas la loi de la jungle et la logique du plus fort», a-t-il ajouté.

Les réformes politiques et institutionnelles

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Abdelkader Bengrina considère que la réforme politique et institutionnelle est la pierre angulaire des autres réformes.

Il affirme que «la première chose que je ferai est de proposer un amendement constitutionnel qui réduira les prérogatives du Président de la République et créera un équilibre entre les différents pouvoirs, sans ingérence de l’exécutif dans le fonctionnement du législatif et du judiciaire». «Je propose un système semi-présidentiel au sein duquel le parlement aura un rôle de contrôle avec la possibilité de retirer sa confiance au gouvernement. Le parlement veillera également à travailler loin des injonctions de l’exécutif auquel il est actuellement subordonné», a-t-il ajouté.

La jeunesse

Les jeunes, notamment les moins de 30 ans, qui représentent près de 70% de la population algérienne, ont été la locomotive du mouvement de contestation du 22 février. Ils sont l’une des priorités absolues du candidat d’El Bina.

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«Je travaillerai pour répondre aux aspirations de la jeunesse et de toute la population en quatre étapes: un axe politique consacré à l’édification d’un État fort sous la supervision de la population et dans le cadre de l’élargissement des libertés», a-t-il annoncé. «Un vecteur économique basé sur les énergies renouvelables, l’investissement des capacités humaines dans le pays et la libéralisation du développement. La réorganisation du développement social en impliquant tous les acteurs de la société civile. Et enfin la diplomatie qui aura comme tâche le développement et la diversification des relations algériennes dans le cadre d’une vision stratégique d’échange et d’intérêts communs clairs», a-t-il ajouté.

La place de l’islam dans la société

En tant que candidat d’un parti islamiste, M.Bengrina tient a replacé la religion musulmane dans son environnement social et culturel de paix et du vivre ensemble, loin des clichés qui la lient à l’extrémisme et au terrorisme.

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«Le peuple algérien est un peuple musulman, loin de l'extrémisme, et qui sait apprendre et profiter des expériences des autres peuples [notamment suite à ce qui s’est passé en Libye, en Syrie et en Irak, ndlr]», insiste-il. «Je participe donc à ces élections pour apporter mon expérience et redonner de l'espoir aux jeunes, aux travailleurs et aux femmes. Je baserai mon action sur les valeurs de respect des droits humains, de la justice et de l'égalité, d'encouragement de l'initiative, de créativité et de charité, de respect des conventions et des accords internationaux et de la garantie de la paix sociale», a-t-il ajouté.

Pour lui, «toutes ces valeurs sont sacrées dans l’islam. Nous tenons cependant à les moderniser pour les adapter à l’évolution du monde». «L’islam n’est ni une religion du terrorisme ni menace pour la stabilité des patries tel que veut le faire croire le système sécuritaire américain», a-t-il expliqué.

Enfin, Abdelkader Bengrina a réagi à l’appel d’une partie de la population qui demande l’ajournement de la présidentielle, appel largement relayé par la presse nationale et internationale. Le candidat tient à préciser que «le mouvement populaire [du 22 février, ndlr] ne rejette pas les élections». «Mais il exige la levée du contrôle de l'administration et du ministère de l'Intérieur sur le processus électoral. Un souhait exhaussé à mon sens avec la création et l’installation de la Commission nationale indépendante pour l'organisation des élections, qui constitue l'une des garanties les plus importantes pour la transparence des prochaines élections présidentielles, [même si certains ne sont pas satisfaits, ndlr]», a-t-il conclu.

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