Que pourraient décider l’armée et l’opposition pour résoudre la crise algérienne?

Si la crise perdure en Algérie, l’armée risque de se retrouver seule face au peuple, dans un contexte international marqué par une crise financière et économique plus grave que celle de 2008, selon les experts. Ainsi, l’armée presse à l’organisation de la présidentielle, l’opposition, quant à elle, préfère une phase de transition. Décryptage.
Sputnik

La crise politique en Algérie dure depuis plus de six mois sans qu’aucune solution ne pointe à l’horizon. Deux courants politiques se dégagent: ceux qui poussent à l’élection présidentielle dans les plus brefs délais, parmi lesquels figure l’Armée nationale populaire (ANP) avec à sa tête son chef d’état-major, le général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah. Et ceux qui pensent, qu’au contraire, il faudrait passer par une phase de transition, même si elle doit prendre beaucoup de temps, avant d’aller à l’élection présidentielle.

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Pendant que ces deux camps aiguisent leurs arguments, un facteur réel qui échappe à leur volonté est en train d’imposer sa logique, de plus en plus vite, et finira par avoir raison de la situation. En effet, beaucoup d’experts internationaux tirent la sonnette d’alarme concernant la crise économique, financière et stratégique qui pourrait frapper l’économie mondiale sous peu, et qui dépasserait de loin la crise de 2008 en intensité. Selon eux, l’économie mondiale est un Titanic qui a percuté l’iceberg depuis longtemps et dont la scission en deux parties avant la submersion totale s’approche à grande vitesse.

Qu’elle serait alors la situation de l’Algérie dans ce cas, sachant que ses réserves de change sont essentiellement déposées en bons du trésor américains? Que doivent faire les gouvernants et la classe politique pour parer à cette situation? Quels gages de garanties présentent les uns et les autres au peuple, quant à la validité de la solution qu’ils proposent à la crise politique, dans le cas où le pays se retrouverait au milieu d’une crise économique et stratégique internationale sans un Président de la République légitime?

État des lieux international et national

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Selon le rapport de l'Institut de la finance internationale (IIF), au premier trimestre 2019, la dette mondiale a augmenté de 3.000 milliards de dollars en glissement annuel en 2018 pour établir un nouveau record à 246.000 milliards de dollars, soit presque 320% du PIB mondial.

Dans les pays développés, les dettes ont augmenté de 1.600 milliards pour s’établir à 177.000 milliards de dollars. La contribution principale a été apportée traditionnellement par les États-Unis, où la dette a atteint 69.000 milliards de dollars dont 22.000 milliards de prêts publics qui continuent de s'accumuler à cause de l'appétit insatiable du gouvernement fédéral.

Comme l'affirme l'IIF, ce sont les pays émergents qui ont apporté la plus grande contribution à la hausse de la dette globale. Leur dette a dépassé 69.000 milliards de dollars soit 216,4% de leur PIB. La plus forte hausse a été enregistrée au Chili, en Corée du Sud, au Brésil, en Afrique du Sud et au Pakistan.

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Mais c'est la Chine, l’un des principaux partenaires de l’Algérie, qui inquiète le plus, dont l'économie se développe depuis plusieurs décennies grâce à des emprunts continus. Au final, la dette a quadruplé pour atteindre presque 300% du PIB. Dès à présent, de nombreuses compagnies chinoises admettent des défauts sur les obligations en déposant leur bilan. L'an dernier, 18.000 sociétés ont fait faillite en Chine, alors que le niveau de défauts sur les obligations a dépassé cinq fois l'indice de 2015. Un nouveau record est attendu cette année.

En Algérie, l’économie du pays a été maintenue en activité, depuis novembre 2017, grâce au financement non conventionnel, décidé par le gouvernement d’Ahmed Ouyahia, actuellement en prison pour des affaires de corruption. Depuis la chute des prix du pétrole en 2014, les réserves de change du pays, à titre d’exemples, sont passées d’environ 179 milliards de dollars à la fin de la même année, à environ 80 milliards en décembre 2018, selon les notes de conjoncture de la Banque d’Algérie correspondant aux mêmes périodes. Les volumes d’exportation des hydrocarbures, seule source de devises pour le pays, sont en recul inquiétant. Un document officiel publié par l’italien ENI a révélé que les exportations de gaz algérien vers l’Italie sont estimées à 3,73 milliards de mètres cubes fin juin alors qu’elles étaient de 6,48 milliards de mètres cubes à la même période en 2018, ce qui représente une baisse de 42,4%. Le taux de chômage en Algérie, qui dépasse déjà les 11%, risque encore de connaître une importante hausse, selon certains experts algériens.

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En plus de la situation économique, l’Algérie est encerclée par des foyers de tensions et de conflits, en Libye et dans les pays du Sahel, qui compliquent encore la situation. À ceci, s’ajoute la tension dans le Golfe, sur fond de crise entre les États-Unis et ses alliés dans la région, d’un côté, et l’Iran et ses soutiens de l’autre. Le tout marqué par une situation de flottement de la décision politique à Washington, comme à l’accoutumée, à l’approche de chaque élection présidentielle, rendant ainsi la probabilité de déclenchement de conflits militaires importante.

Dans ce contexte, lors de son deuxième jour de visite de travail dans la deuxième région militaire, à Oran, dans l’ouest de l’Algérie, le chef d’état-major de l’ANP a mis l’accent sur la nécessité d’organiser l’élection présidentielle dans les plus brefs délais. Il a par ailleurs supervisé les premiers tests des deux nouveaux sous-marins Kilo 636, acquis récemment auprès de la Russie, qui ont tiré des missiles Club-S sur des cibles en surface.

La «phase cruciale que l'Algérie traverse requiert de la sagesse, de la patience et de la clairvoyance», a affirmé le général Gaïd Salah, rappelant l’«approche bien étudiée» du haut commandement pour accompagner la révolution populaire du 22 février.

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«Cette approche s'articule sur la primauté de la légitimité constitutionnelle, à travers l'organisation d'une élection présidentielle transparente dans les plus brefs délais, afin d'éviter toutes les phases de transition dont les conséquences sont périlleuses, clamées par certaines parties qui n'ont d'autres objectifs que l'aboutissement de leurs intérêts étroits et ceux de leurs maîtres», a-t-il ajouté, soulignant que ces parties «commencent à être démasquées, et nous avons des informations confirmées de leur implication, et que nous dévoilerons au moment opportun».

Mettant l’accent sur l’urgence de la situation que connaît l’Algérie en ce moment à divers niveaux et dans tous les domaines, en particulier économique, le chef de l’ANP a affirmé que «la logique impose que la préparation de cette élection commence dans les semaines à venir parce que le temps n'est pas de notre côté, comme nous l'avons souligné à maintes reprises, et parce que tout ce que nous avançons est basé sur des informations avérées et des données fiables qui confirment toutes que c'est le choix le plus sûr et le plus adéquat pour sortir de la crise actuelle».

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Ces deux grands hommes d’État ont un dénominateur commun: ils ont réussi à redresser leur pays dans les moments les plus graves de l’Histoire. Le premier a pris les rênes des États-Unis juste après la crise financière internationale de 1929 et a fait face à la Seconde Guerre mondiale, grâce à sa politique du New Deal. Le deuxième, héros de la guerre de 1939-1945, a réussi à sortir la France de l’emprise du régime des partis de la Quatrième République et à lancer la politique des Trente Glorieuses et de la reconstruction d’après-guerre, sous la Constitution de la Cinquième République. Dans les deux cas, les résultats, aux États-Unis aussi bien qu’en France, étaient incontestablement positifs.

Dans cette optique, la loi de finances de 2020 sera décisive pour l’économie algérienne, car elle constitue la dernière fenêtre de tir dont dispose le gouvernement, avant l’année fatidique, pour enclencher les réformes structurelles et les mesures d’urgence à même de redresser la situation. Or, ce débat est totalement absent de la scène politique algérienne, alors qu’il ne reste que quatre mois avant la fin de l’année. Plus grave encore, si un projet de loi de finances inadapté à la situation actuelle venait à être adopté par le Parlement, il mettrait le prochain Président de la République et son gouvernement dans une situation où la marge de manœuvre dont ils disposeront sera réduite.

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