Système financier international: les BRICS ont "brisé le barrage"

La montée en puissance des BRICS pourrait rendre obsolète le système financier international, basé sur des institutions comme la Banque mondiale et le FMI, a expliqué à Sputnik Rasigan Maharajh, chercheur à l’Université de Tshwane.
Sputnik
Un système qui prend l’eau. Les organes économiques issus des accords de Bretton Woods, comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, ne correspondent pas aux aspirations des pays émergents, a déclaré à Sputnik Rasigan Maharajh, directeur de l’Institut de recherche économique sur l’innovation à l’Université de Tshwane, qui participent aux réunions du Club Valdaï à Sotchi.
Ces pays émergents, en particulier au sein des BRICS, ont besoin de financements mais sont étouffés par les dettes et les taux d’intérêts pratiqués par les institutions financières internationales. Ils cherchent des alternatives à travers d’autres "forums internationaux et multilatéraux" et se tournent vers de nouveaux modes d’échanges, par exemple en monnaies nationales, explique l’économiste.
"Le barrage a déjà été brisé, il fuit. Bientôt cette fuite se transformera en inondation en raison des expériences des pays en développement, qui ont besoin de financements. Ces pays sont confrontés à une dette insurmontable qui s’accumule, ce qui limite leur capacité à relever les défis nationaux et locaux. Il est donc important que les gens puissent négocier pour sortir de telles situations en utilisant leur propre monnaie", déclare-t-il ainsi.
Secouer "l’hégémonie du dollar" semble également être une priorité au sein de ce groupe de pays émergents. Raison pour laquelle les BRICS ont ouvert des discussions sur une possible monnaie commune, souligne encore Rasigan Maharajh.

Un pas de côté sur le dossier ukrainien

De nombreux pays émergents portent aussi une vision géopolitique qui différe de celle de l’Occident. Plusieurs pays africains se sont notamment abstenus de condamner la Russie à l’Onu sur le dossier ukrainien. Les livraisons d’armesà Kiev suscitentaussi l’incompréhension côté africain, explique Rasigan Maharajh.
"Il est très difficile pour nous, en Afrique, de comprendre pourquoi les économies capitalistes riches, avancées et matures continuent de dépenser de l'argent en envoyant des armes dans ce conflit. Ils intensifient le conflit au lieu de répondre aux besoins réels et urgents de leurs propres pays", déclare-t-il ainsi.
Ces aides financières et fournitures de matériel sont d’autant plus choquantes que la pauvreté est loin d’avoir été éradiquée en Occident même, en témoigne les sans-abris qui vivent dans les rues des grandes villes américaines. Il revient donc aux citoyens de ces pays de "demander des comptes à leur gouvernement", qui vont "à l’encontre de leurs propres besoins", souligne l’économiste.
Les fournitures d’armes à l’Ukraine ont d’ailleurs été critiquées à plusieurs reprises par des dirigeants africains, qui craignent que cet armement ne finisse par débarquer sur le continent, via le marché noir. Ibrahim Traoré, Président de la Transition au Burkina Faso avait notamment déploré ces trafics dans un récent entretien à Sputnik.
Le Club Valdaï est une plateforme de discussion internationale qui réunit cette année plus de 140 experts, hommes politiques et diplomates, issus de tous les continents, sur le littoral russe de la mer Noire.
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