Togo: victimes de l’érosion côtière, les populations de la côte demandent réparation à la Banque mondiale – reportage

Au Togo, les habitants de nombreux villages côtiers montent au créneau face à la mer qui ensevelit peu à peu leurs terres. L’érosion de la côte serait directement liée aux travaux d’élargissement du port de Lomé, financés par le groupe de la Banque mondiale à qui ils demandent réparation.
Sputnik

Touchés de plein fouet par l’érosion côtière, 13 villages du Togo montent au créneau en accusant le groupe de la Banque mondiale de leur malheur. Celle-ci avait en effet étudié et financé, à travers la Société financière internationale (SFI), la construction du Lomé Container Terminal (LCT) dont les travaux ont été enclenchés en 2012 par une société privée.

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Ce terminal à conteneurs du port de Lomé, opérationnel depuis 2014, a pour vocation de desservir les ports secondaires de la sous-région. Objectif: réduire les temps d’acheminement des marchandises du port de Lomé, le seul port naturel en eau profonde de la sous-région, vers les pays de l’hinterland.

Coût du projet: 352 millions d’euros… et des dégâts environnementaux collatéraux.

«L’installation de ce terminal impliquait la construction d’un épi d’arrêt de sable d’environ 300 mètres qui favorise le dépôt de sédiments et donc l’agrandissement de la plage à l’ouest du port. Malheureusement, cette situation a entraîné un renforcement de l’érosion à l’est, donc sur les côtes de 13 villages», confirme à Sputnik Bakatimbe Tchannibi, commandant des Eaux et forêts au ministère togolais de l’Environnement et des ressources forestières.

Les villageois accusent les initiateurs du projet qui ont réalisé l’étude d’impact environnemental d’avoir «manqué de prendre en compte l’érosion que le programme pourrait engendrer» et dont ils sont victimes. Il s’agit du groupe de la Banque mondiale et de sa structure SFI. Les populations exigent de ces derniers un dédommagement et un relogement pour les sans-abris.

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Aucune réclamation n’a été portée à l’encontre de l’entreprise privée qui a réalisé le projet sur la base des paramètres établis par la Banque mondiale. Pas plus qu’auprès de l’État togolais qui a octroyé une concession à la société exécutrice pour aménager, construire et exploiter le terminal.

 «À ce jour, aucune plainte n’est enregistrée à l’encontre de l’État par les populations», relève Bakatimbe Tchannibi.

Togbui Agbavi Koulahano Koffi, le chef de la localité de Kossi Agbavi où Sputnik est allé constater les dégâts causés par la montée des eaux, estime que «si on avait pris en compte le risque d’érosion, on n’en serait pas là. C’est depuis 2012 que ça a commencé dans mon village, dès le début des travaux du LCT. La Banque mondiale et SFI, qui ont élaboré et financé le projet, sont les seules responsables dans cette affaire, c’est pourquoi nous leur demandons réparation des dommages».

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Sur les dix dernières années, dans la localité de Kossi Agbavi comme dans une douzaine d’autres sur la côte togolaise, la mer a tout détruit sur une distance de 200 à 250 mètres, soit un taux de recul de la terre de 15 à 25 mètres par an.

Perte des terres, destruction de maisons, dégradation de fermes ou de sites religieux, même les cimetières y passent, jusqu’à la maison royale du chef de village. Tout est emporté par la montée des eaux. Les habitants dénoncent par ailleurs une modification du littoral qui a rendu presque impossible la pêche, activité principale de la zone depuis des décennies.

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Ces dégâts, Togbui Agbavi affirme qu’ils ont été portés à la connaissance du groupe de la Banque mondiale qui aurait même promis d’agir… sans pour autant donner suite. Et l’attente dure maintenant depuis six ans.

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Et chaque fois que le mois d’août approche, qui est le mois des hautes vagues sur la côte togolaise, les habitants dont les maisons résistent encore à l’érosion s’interrogent sur leur sort.

Rencontré à côté de ce qui reste de la demeure de son père dans ce village, Ketotsa Dosseh, un autochtone, conte à Sputnik son amertume d’être obligé de quitter la maison qui l’a vu grandir.

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«Ici, c’est la maison de mon père. Et j’y ai vécu toute mon enfance. Nous avons dû la quitter à cause de l’avancée de la mer. C’est vraiment triste que je n’aie plus de village où je peux amener mes enfants et leur raconter l’histoire de la famille», a déclaré Ketotsa Dosseh, avant d’appeler toutes les organisations de bonne volonté à leur venir en aide

La menace de manifestations devant la Banque mondiale

Depuis début juillet 2020, le ton monte du côté des villageois, réunis en collectif, qui réclament au groupe de la Banque mondiale de réparer les dégâts de l’avancée de la mer dans ces 13 localités de la côte. 

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Ils se disent impatients et menacent d’organiser une série de manifestations devant le siège de l’organisation à Lomé.

«Cela fait déjà longtemps que le problème dure. Et aujourd’hui malheureusement, les choses se corsent. Les manifestations sont les seules voies qui nous restent si on refuse de nous écouter. Nous en avons assez», a menacé face à la presse le 2 juillet Edo Tonoudo, porte-parole du collectif mis en place pour porter les réclamations des 13 villages.

Structure du groupe de la Banque Mondiale, la Société financière internationale n’a pas de siège opérationnel au Togo. Depuis six ans, c’est donc le siège la Banque mondiale à Lomé qui fait office d’intermédiaire en recevant les nombreuses doléances des riverains.

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Contactée par Sputnik, une source à la Banque mondiale assure que la SFI a bien été informée de la situation et qu’elle «réagira le moment venu pour donner une réponse appropriée aux revendications, d’un commun accord avec les autorités togolaises».

Une enquête menée en interne par les instances du groupe de la Banque mondiale a déjà confirmé que les travaux de construction de Lomé Container Terminal «ont effectivement engendré d’énormes conséquences» sur ces 13 villages, explique cette source. Autant dire que le dédommagement, admis sur le principe, ne serait plus qu’une question de temps. Reste à résoudre le problème de l’érosion sur le fond, pour éviter un cycle infini de dégâts-dédommagements. Deux programmes (le corridor Abidjan-Lagos et WACA) sont à l’étude et régleront, définitivement, le sujet de l’érosion sur toute la côte togolaise, plus précisément sur le tronçon de 40 km séparant le port de Lomé de la frontière du Togo avec le Bénin. «Des projets qui ont déjà bouclé leur financement de départ et qui en sont à l’étape de la passation de marché», assure Bakatimbe Tchannibi à Sputnik.

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