Un présidentiable algérien à Le Drian sur la crise politique: «De quoi je me mêle?»

Le ministre français des Affaires étrangères «veut nous imposer sa vision en appelant à une période de transition», a déclaré Abdelmadjid Tebboune, candidat à la présidentielle algérienne, avant de lancer à l’adresse de Jean-Yves Le Drian: «de quoi je me mêle?»
Sputnik

Lors de son passage dimanche 10 novembre sur la chaine privée El Bilad TV, l’ex-Premier ministre algérien et candidat à l’élection présidentielle du 12 décembre Abdelmadjid Tebboune s’en est pris au ministre français l’Europe et des Affaires étrangères, Jean Yves Le Drian. Il a dénoncé son appel «à une période de transition en Algérie». Par ailleurs, il a reproché à France 24 sa couverture «biaisée» des manifestations hebdomadaires en Algérie.

«Oui, la France s'ingère [en Algérie, ndlr] d'une façon grave», a déclaré M.Tebboune. «Je ne dis pas la France officielle. Mais leur ministre des Affaires étrangères veut nous imposer sa vision en appelant à une période de transition», a-t-il précisé.

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Ainsi, le présidentiable a souligné que «le peuple algérien ne veut pas de cette période!» «De quoi je me mêle?», s’est-il offusqué.

L’information sur les manifestations

Sur la couverture des manifestations organisées tous les mardis par les étudiants et tous les vendredis par la population, Abdelmadjid Tebboune a pointé «une chaîne de télévision publique française [France 24, ndlr], qui ne voit de l'Algérie que la place de la Grande Poste et la place Audin [les deux situées dans la capitale Alger, ndlr]».

Plusieurs analystes algériens estiment également que l’information concernant les manifestations hebdomadaires et les arrestations de manifestants, leaders et activistes politiques est rapportée d’une façon erronée, par omission, par certains médias nationaux et internationaux mainstream, notamment français.

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D’après eux, un seul avis est mis en avant, celui de ceux qui s’opposent à l’organisation de l’élection présidentielle et qui attaque frontalement le chef d’état-major de l’armée, l’appelant à démissionner. Ainsi, ils se demandent où sont passées les autres voix qui s’élèvent pour que soit évitée toute confrontation avec l’armée? Qu’est-il advenu des manifestants qui exigent le respect de la constitution et qui soutiennent l’organisation de l’élection présidentielle? Pourquoi la lutte contre la corruption engagée par la justice sous la protection de l’armée est reléguée au second plan? Et enfin, pourquoi tous ces médias ne parlent pas de toutes ces organisations très actives dans le Hirak, dont des militants et des dirigeants sont arrêtés, qui ont des relations établies avec les organismes américains d’«exportation» de la démocratie, ceux-là même qui ont été impliqués dans les «Printemps arabes».

Qu’a dit Le Drian?

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Dans une émission le 8 septembre sur Europe 1, Jean-Yves Le Drian s’est exprimé sur la situation politique en Algérie.

«Il n’y a pas de chaos dans les rues. Il y a une population qui s’exprime très régulièrement depuis le mois de février tous les vendredis», a-t-il déclaré. «Et puis, il y a une transition politique depuis le départ du Président Bouteflika qui n’est pas simple parce que c’est un grand moment dans l’Histoire de l’Algérie», a-t-il souligné.

Le ministre français a en outre indiqué que la France était «confiante» dans la poursuite de la «transition démocratique» en Algérie.

«Nous sommes confiants dans la capacité de tous les Algériens à poursuivre cette transition démocratique dans ce même esprit de calme et de responsabilité», a ajouté M.Le Drian.

Alger pointe des tentatives d’ingérence

Dans une déclaration à la presse lundi 7 octobre sur l’affaire de la députée française Mathilde Panot — retenue par la police à Béjaïa lors d’une manifestation populaire — Sabri Boukadoum, ministre algérien des Affaires étrangères, a estimé que ce qu’elle avait fait à Bejaïa était une «atteinte à la souveraineté nationale» algérienne, réaffirmant ainsi le refus catégorique de toute ingérence dans les affaires internes du pays.

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De son côté, dans un discours prononcé lundi 30 septembre à Oran, le général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), a mis en garde contre toute tentative d’ingérence dans les affaires internes de l’Algérie.

«J’ai souligné à maintes reprises qu’il y a des parties étrangères hostiles qui complotent contre l’Algérie et qui tentent de s’immiscer dans ses affaires internes avec une complicité flagrante de la bande [de l’ancien régime de Bouteflika, ndlr], à l’intérieur, et que nous mettons en garde de jouer avec le feu», a déclaré le chef d’état-major de l’ANP.

Le général Gaïd Salah a réitéré que ce qui se passait en Algérie était une affaire interne qui concernait les Algériens, et seulement les Algériens, affirmant qu’il tenait «à dire à ces outranciers de se soucier de leurs affaires et des problèmes de leur pays». L’ANP ne laissera pas «l’Algérie […] en proie aux instigations et aux complots d’un petit groupe de personnes […] qui planifient de perturber la fête de l’élection présidentielle», a-t-il résumé.

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