Ali Benouari: «la lutte contre la corruption peut valoir à son auteur beaucoup d’ennuis»

Dans un entretien à Sputnik, Ali Benouari, ex-ministre algérien du Trésor, a affirmé qu’il soutenait l’opération mains propres à laquelle l’armée a appelé, car elle est nécessaire pour la réussite de la transition politique. Il a par ailleurs rappelé les tentatives d’assassinat l’ayant visé quand il avait lancé une opération similaire en 1991.
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Sur fond d'opération mains propres à laquelle a appelé le chef d'état-major de l'Armée nationale populaire (ANP) algérienne, le général de corps d'armée Ahmed Gaïd Salah, des hommes d'affaires puissants et hauts cadres du ministère de l'Industrie ont été placés sous mandat de dépôt.

Dans un entretien accordé à Sputnik, Ali Benouari, ancien ministre du Trésor et expert international en finances, a expliqué pourquoi il soutenait cette opération et quel était son impact sur le bon déroulement de la transition politique à laquelle appelle la rue algérienne.

«On me reproche de soutenir Ahmed Gaïd Salah, mais je ne le soutiens pas personnellement», a-t-il déclaré. «Je soutiens l’action que l’Armée nationale populaire mène pour assainir la situation sur le front de la lutte contre la corruption», a-t-il ajouté, précisant que «cet assainissement va profiter aux politiques qui vont faire la transition».

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Tout en rappelant qu’il était le premier responsable politique, en tant que ministre du Trésor, à avoir lancé «la première et unique opération mains propres du pays en 1991», en s’attaquant au système bancaire public, M.Benouari a souligné que si «on n’assainit pas la corruption, ces capitaux vont peser sur la transition politique, donc ils sont un péril pour la réussite du processus démocratique». «Il fallait que quelqu’un s’en charge, et pas seulement l’armée, car il me semble que la justice est également en train de se réveiller et de s’autosaisir de ces dossiers-là», a-t-il ajouté.

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Selon l’ex-ministre du Trésor, «la lutte contre la corruption […] peut valoir à son auteur beaucoup d’ennuis». «Moi, je mets des noms sur ceux qui m’ont menacé et qui ont cherché à me tuer, et ces noms se rattachent directement à des personnes qui ont continué à sévir à la tête de l’État, notamment dans l’ancien service de renseignement DRS», a-t-il déclaré, précisant que «c’est l’"État DRS" qui est en train de s’effondrer» actuellement en Algérie.

À titres d’exemples, Ali Benouari a rappelé «qu’on lui avait tiré à bout portant», qu’il avait découvert chez lui, à la résidence d’État de Club des Pins, «deux officiers du DRS sensés assurer sa sécurité en train de cambrioler sa maison et de fouiller dans ses documents». Ayant contacté la gendarmerie, cette dernière avait refusé d’intervenir, soutenant, selon lui, «que sa sécurité était sous la responsabilité du DRS». Un jour, on lui a même interdit l’accès à son domicile après minuit, alors qu’Alger était sous couvre-feu, mettant ainsi sa vie en danger.

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Auparavant, le responsable avait déclaré à Sputnik qu’après son limogeage du gouvernement «la corruption s'est intensifiée depuis cette date et personne n'a repris mon combat». «Quant à mon successeur [Ahmed Benbitour, ex-ministre du Trésor (1992-1993), ex-ministre des Finances (1994-1996) dans le gouvernement d'Ahmed Ouyahia et enfin ex-Premier ministre du Président Abdelaziz Bouteflika (1999-2000), ndlr], il a été chargé de mettre fin aux enquêtes que je menais et de rétablir certains PDG que j'avais limogés», a-t-il indiqué. Dans le même sens, il a affirmé qu’il craignait «d'ailleurs le pire» pour le chef de l’ANP. «Réussira-t-il là où j'ai échoué il y a près de 30 ans?», s'est-il encore demandé.

Les 22 et 23 avril, le tout puissant homme d'affaires algérien Issad Rebrab, PDG du groupe agroalimentaire Cevital, les frères Kouninef et Ali Haddad réputés proches de Saïd Bouteflika, ainsi que huit cadres du ministère algérien de l'Industrie ont été placés sous mandat de dépôt par le procureur de la République du tribunal de Sidi M'Hamed, à Alger.

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