Libération de détenus d’opinion du Hirak: le Président algérien Tebboune en passe d’achever le mouvement?

© AFP 2022 RYAD KRAMDILe Président algérien Abdelmadjid Tebboune
Le Président algérien Abdelmadjid Tebboune  - Sputnik Afrique, 1920, 16.07.2021
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101 détenus du Hirak ont été libérés ce 14 juillet. Une main tendue vers ce qu’il reste du mouvement contestataire, qui n’est plus que l’ombre de ce qu’il était en 2019, estime Riadh Sidaou. Pour ce spécialiste de l’Algérie, le Président Tebboune essaye par ce geste d’enterrer définitivement un mouvement en perte de vitesse.

101 détenus d’opinion libérés d’un trait de plume.

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Le Président algérien Abdelmadjid Tebboune «a décrété une grâce au profit de 30 détenus condamnés définitivement dans des affaires d’attroupement et de trouble à l’ordre public», a précisé le communiqué. Le chef de l’État «a décrété également des mesures de clémence complémentaires en faveur de 71 jeunes détenus condamnés pour les mêmes actes, qui seront relâchés pour rejoindre leurs familles, dès mercredi soir.»

Un tiers des détenus d’opinion libérés

C’est donc un tiers des près de 300 détenus recensés par Comité national de libération des détenus (CNLD) qui ont retrouvé la liberté ce 14 juillet. Des personnes condamnées pour leur participation au Hirak, mouvement de contestation né en 2019, à l’origine contre le Président Bouteflika et la corruption du pouvoir algérien.

Pour Riadh Sidaoui, spécialiste de l’Algérie et co-auteur de La crise algérienne: Les élections, la démocratie, et la violence en Algérie (Éd. Centre for Arab Unity Studies, 1999), il s’agit surtout d’une stratégie du pouvoir pour séduire certaines franges du mouvement et y mettre fin:

Le Président veut «parler à la population jeune, afin qu’elle ne soit ne pas totalement victime de la propagande de Rachad [mouvement islamiste, ndlr] ou du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK). Le gouvernement cherche à les isoler les jeunes de ces deux mouvements», analyse-t-il au micro de Sputnik.

Selon lui, le Hirak est aujourd’hui «maintenu en vie localement par deux noyaux durs qui sont dans une alliance objective: les islamistes du Rachad, à ne pas confondre avec les Frères musulmans, et les séparatistes du MAK», estime le directeur du CARAPS. Autour de ces deux noyaux gravite actuellement une partie d’une jeunesse algérienne désemparée, dont un quart est aujourd’hui au chômage.

Au mois de mai dernier, les deux mouvements ont été placés sur la liste des «organisations terroristes» par le Haut Conseil de sécurité (HCS), réuni sous la présidence de Abdelmadjid Tebboune. Le HCS «s’est penché sur les actes hostiles et subversifs commis par les mouvements dits Rachad et MAK pour déstabiliser le pays et attenter à sa sécurité, et a décidé, dans ce cadre, de les classer sur la liste des organisations terroristes et de les traiter comme telles», a indiqué un communiqué rendu public à l’issue d’une réunion de l’instance.

D’après notre interlocuteur, ces deux mouvements soufflent sur les braises d’un Hirak dont l’incandescence arrive néanmoins à son terme. Le mouvement, désormais minoritaire dans le pays, ne répondrait plus, selon lui, aux critères objectifs faisant la force d’un mouvement social: des objectifs précis, le sentiment d’appartenance à un projet commun, la capacité de mobiliser en masse dans le temps et des formes de protestations variées.

«Tout le monde doit partir»

«Quels sont les objectifs du deuxième Hirak?», interroge avec une pointe d'ironie notre interlocuteur.

«Ce sont des notions vagues. Ils demandent par exemple la séparation du gouvernement entre civil et militaire. Toutefois, dans la Constitution algérienne, le Président est aussi ministre de la Défense», précise-t-il, insistant sur l’impossibilité d’un nouveau changement de constitution.

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Pareil pour le «tout le monde doit partir», toujours très populaire dans les manifestations résiduelles du Hirak. «On voit donc bien que ce ne sont pas des revendications claires et concrétisables. C’est la différence majeure avec le premier Hirak.»

Pour lui, le Hirak que l’on connaît aujourd’hui ne peut factuellement pas être mis sur le même plan que celui qui a mobilisé 13 millions d’Algériens et qui a fait tomber l’ancien Président Abdelaziz Bouteflika au printemps 2019.

«Le premier Hirak a mobilisé en masse et avait des objectifs précis, qu’il a réalisés en grande partie», affirme le chercheur.

Parmi ces objectifs, d’empêcher le Président Bouteflika de se présenter pour un cinquième mandat, mais aussi la condamnation des élus et hommes d’affaires corrompus. Sur le premier point, les manifestants ont obtenu totale satisfaction, et sur le second, des personnalités en haut lieu sont tombées. Un tribunal d’Alger a condamné, ce 28 janvier, les deux ex-Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal à respectivement 15 et 12 ans d’emprisonnement.

L’homme d’affaires algérien Ali Haddad, ex-patron des patrons, et plusieurs ministres liés au Président déchu Abdelaziz Bouteflika ont de surcroît été condamnés, à l’été 2020 à Alger, à de lourdes peines de prison pour corruption.

Face à cette différence claire entre le premier et le second Hirak, Abdelmajid Tebboune serait en train d’enfoncer les derniers clous dans le cercueil du mouvement, estime Riadh Sidaoui. Et la libération de ces 101 détenus est un des ultimes moyens d’y parvenir.

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