Durant la première décennie des années 2000, l'Ethiopie, deuxième pays le plus peuplé d'Afrique, s'est lancée dans un gigantesque programme de construction de barrages pour répondre à deux objectifs principaux. D'une part, la production hydroélectrique doit lui permettre de relever un des défis auxquels sont confrontés de nombreux pays du continent, à savoir l'électrification garante de leur développement futur. D'autre part, ces barrages doivent assurer à l'Ethiopie, dépourvue de ressources hydrocarburées, son autonomie énergétique, voire lui procurer des revenus de l'exportation d'électricité à ses voisins.
Le premier projet est celui d'un premier barrage sur la rivière Omo, qui prend sa source sur les hauteurs du Shewa et se jette 760 kilomètres plus au sud dans le lac Turkana situé à la frontière avec le Kenya. Fier de ses 243 mètres de hauteur, ce qui en fait le plus haut barrage d'Afrique, le Gide III a été officiellement inauguré le 17 décembre 2016. La construction de cet ouvrage suscite depuis le début des années 2000 de très nombreuses critiques. Les détracteurs du barrage estiment qu'il modifiera considérablement l'environnement et le mode de vie des populations qui vivent sur le cours inférieur de l'Omo et autour du lac Turkana, deux régions classées au patrimoine mondial de l'Unesco.
Le 12 novembre 2017, à l'issue d'un nouveau cycle de négociations tripartites organisées au Caire, le ministre égyptien de l'Eau et de l'Irrigation, Mohamed Abdel Aty, faisait savoir que « l'Egypte est inquiète de l'échec des négociations sur le volet technique parce qu'il hypothèque l'avenir de la collaboration entre le Soudan et l'Ethiopie, la possibilité pour eux de trouver un accord sur le barrage de la Renaissance et d'éviter les risques potentiels tout en préservant la sécurité hydraulique de l'Egypte ».
Cette déclaration fut immédiatement condamnée par le Soudan qui estime être en droit de défendre ses intérêts nationaux.
Quelques jours plus tard, le 15 novembre, le ministre égyptien des Affaires Etrangères, Sameh Soukhry, rencontrait son homologue saoudien Adel al-Jubeir et s'assurait du soutien de l'Arabie saoudite à son pays dans ce dossier.
Le 18 novembre enfin, le Président égyptien s'exprimait lui-même sur le différend qui oppose son pays à l'Ethiopie, d'une part, et au Soudan, de l'autre. Sans nier d'aucune manière le droit au développement de ces deux pays, Abdel Fattah al-Sissi, en visite dans le gouvernorat de Kafr al-Sheikh (delta du Nil), affirma que le partage des eaux du Nil est une « question de vie et de mort » pour l'Egypte, dont la population devrait avoir doublé en 2060. Ses propos étaient moins vindicatifs que ceux qu'avait tenus son prédécesseur Mohamad Morsi en juin 2013.
« Si une seule goutte du Nil est perdue, notre sang sera la seule alternative », avait-il prévenu avant d'ajouter que « nous n'accepterons jamais que notre sécurité soit mise en danger ».
« scientifiquement prouvés », bien qu'il soit pour l'instant difficile d'évaluer les conséquences de la retenue des limons fertiles que charrie le Nil Bleu qui alimente à 60 % le Nil.
M.Bekele rappela également que « Nous avons prochainement une réunion à Khartoum, c'est tout ce que je sais officiellement »
Dans cette région du monde, comme dans d'autres, le partage des eaux reste un motif de conflit. Le barrage de l'Omo produit déjà de l'électricité et les travaux de construction de celui de la Grande Renaissance Ethiopienne sont très avancés, deux réalités qui ne peuvent qu'inciter les parties prenantes à négocier et coopérer.