Le premier combat de Brigitte Bardot remonte aux années 1960: grâce à elle, le pistolet d'abattage indolore est devenu obligatoire. Mais aujourd'hui encore, force est de constater que donner la mort sans infliger de souffrance à l'animal relève du mythe.
Végétarisme, antispécisme et autres militantismes: pour évoquer les victoires remportées et les actions qu'il reste à mener, nous avons interrogé Brigitte Bardot. Quel regard porte-t-elle sur la défense des animaux à l'heure actuelle?
Le pistolet d'abattage indolore a été votre premier combat en faveur de la cause animale, dès 1962. Il a fallu dix ans pour qu'il soit mis en pratique. Cinquante ans plus tard, on constate que dans certains abattoirs, la mise à mort est toujours aussi violente et même « hors la loi »: appareils défectueux, abattage bâclé, tortures parfois infligées sciemment… A votre avis, faudra-t-il attendre encore dix ans avant que des caméras soient installées ou que des représentants de la protection animale soient déployés dans les abattoirs?
Les animaux ne sont considérés par les gouvernements que comme des produits rentables. Aucune compassion, aucun respect, aucune humanité. Ceux qui comme moi dénoncent les monstruosités dont ils sont victimes, ne bénéficient d'aucune crédibilité.
Vous avez fait (ou les médias) de votre franc-parler une marque de fabrique. Avoir le « courage de ses opinions » est pour vous une évidence, quitte à se retrouver face à la justice. Ne pensez-vous pas que l'image de la Fondation a pu en pâtir.
Non, je pense au contraire que ma fondation attire beaucoup d'adhérents parce qu'à sa tête une personne dit enfin la vraie vérité, c'est rare donc apprécié.
Lorsque l'on parcourt le site web de votre fondation, on ne peut qu'être frappé par l'étendue de vos combats: de l'expérimentation animale aux anneaux dans les narines des ours bruns de Bulgarie: ou commence la lutte et quand s'arrêtera-t-elle?
Ma fondation protège tous les animaux sans exception. C'est un lourd travail effectué par mes collaborateurs formidables. Nous avons des antennes dans les 5 continents et nous prenons en charge des milliers d'animaux à travers le monde. Je suis très fière de ce qu'est devenue ma fondation.
Non, d'autres les font très bien et nous les soutenons.
Vous êtes végétarienne mais votre fondation ne préconise pas ce type de régime, elle informe le lecteur de ces bienfaits: pourquoi ne pas y aller franco?
On n'obtient rien par la force. On ne peut pas donner l'ordre aux gens d'être végétariens mais il faut leur donner envie de le devenir par eux-mêmes.
Vous venez d'écrire une lettre ouverte au président François Hollande: quel serait le geste le plus fort qu'il puisse faire? Existe-t-il à vos yeux un pays ou un dirigeant quelque part, qui soit exemplaire en termes de défense des animaux?
Je n'attends rien de Hollande, il est incapable de prendre une décision importante en ce qui concerne les animaux. Mais je pense que les prochains candidats de 2017 l'ont lue et vont y réfléchir. Aucun pays n'est exemplaire mais certains, 6 ou 7 de l'union européenne, ont interdit les sacrifices rituels, et ça c'est un grand progrès. L'Angleterre a interdit la chasse à courre ainsi que l'Allemagne. Bravo!
Le traité transatlantique « TAFTA » est une folie à tous points de vue. Il y a déjà beaucoup trop d'échanges internationaux qui ruinent les producteurs et les éleveurs français, mais alors ce « TAFTA » serait une catastrophe sanitaire, écologique, économique etc… De grâce, laissons chaque pays vivre de sa propre production et n'allons nous fournir ailleurs qu'en cas de besoin. Quelle horrible décadence nous vivons!!! Les usines concentrationnaires des mille vaches sont l'horreur absolue que la mondialisation nous impose. Où est la nature? Place à l'industrie animalière! Au secours!
Les mentalités changent et les habitudes du consommateur aussi. Le terme « antispécisme », et la lourde réalité qu'il sous-entend en associant la discrimination des espèces à une forme de racisme ou de sexisme, Fait sa grande entrée dans le discours médiatique actuel: le combat en faveur des animaux se dirige-t-il vers la bonne direction selon vous?
Depuis 43 ans que j'ai quitté le cinéma pour la protection animale, je n'arrête pas de pousser des «coups de gueule» qui ont fini par rentrer dans le subconscient populaire, enfin! Maintenant des philosophes respectés, des journalistes connus, des écrivains à succès reprennent le flambeau, même Matthieu Ricard le bras droit du Dalaï-Lama a écrit son écœurement et dénonce les chiffres pharaoniques d'animaux exterminés chaque année pour la consommation humaine, ça fait froid dans le dos!! Il y a une certaine prise de conscience qui ira, j'espère, vers une réelle évolution des mentalités.
Foie gras, élevage industriel, hippophagie, NCA, vivisection, chasse, tauromachie, et j'en passe: « la cruauté sadique humaine est infinie », comme vous le disiez dans votre dernier édito. Finalement, est-ce que dans un monde idéal, l'humain aurait sa place?
Qu'est-ce qui vous ferait de nouveau envisager de demander la nationalité russe?
Je suis française, élevée avec des valeurs profondes et je représente une image de la France. Malheureusement la France a beaucoup changé et je ne la reconnais plus. Alors mon cœur et ma spontanéité sont attirés par la Russie dont j'adore la langue, les musiques, les danses, les rires et les larmes et surtout l'esprit slave!! Et puis vous avez la chance d'avoir un président formidable, Vladimir Poutine! Mais là-bas aussi il y a du boulot à faire pour les animaux, alors je compte sur les russes pour m'aider.
YA VAS LYUBIYU
Brigitte Bardot
2016
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