Sécurité alimentaire: l’Afrique et l’Asie "doivent travailler aux côtés de la Russie"

La Russie tente de contourner les obstacles dressés par l’Occident pour exporter ses céréales vers les pays pauvres, explique à Sputnik Nourhan ElSheikh, du club de discussion international Valdaï. Ces derniers devraient accepter la proposition d'ouvrir des comptes en roubles dans des banques russes pour l’achat de produits agricoles.
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Malgré les sanctions occidentales qui freinent ses exportations céréalières, la Russie essaie d’approvisionner les marchés, comme l’explique à Sputnik Afrique Nourhan ElSheikh, politologue et membre du club de discussion international Valdaï.
Pour venir à bout des difficultés autour des paiements, Moscou a par exemple proposé aux acheteurs de céréales d’ouvrir des comptes en diverses devises dans des banques russes, selon un décret présidentiel publié ce 9 août. Une démarche à laquelle devraient réfléchir les pays d’Asie et d’Afrique qui veulent assurer leur sécurité alimentaire, affirme Nourhan ElSheikh, professeur de l'université du Caire.
"Selon ce décret, les acheteurs étrangers peuvent ouvrir des comptes spéciaux en roubles ou dans certaines devises dans les banques russes, afin de les utiliser pour les opérations de règlement des exportations agricoles. Les pays qui cherchent à maintenir leur sécurité alimentaire et à protéger leurs intérêts nationaux doivent réagir à cette étape. Ils doivent travailler aux côtés de la Russie vers un nouveau système économique et financier mondial", explique-t-elle ainsi.

Accords faussés

Les déséquilibres sur les marchés céréaliers auraient pu être évités, si l’Occident avait répondu aux exigences de la Russie à propos de l’Initiative de la mer Noire, ajoute la politologue. La partie de l’accord sur les céréales ukrainienne a été respectée, alors que celle sur les exportations russes ne l’a pas été, "en raison de considérations politiques liées aux sanctions occidentales", rappelle Nourhan ElSheikh, membre du Conseil égyptien des affaires internationales.
Pire encore: l’Union européenne s’est gavée à travers cet accord, s’accaparant des céréales au détriment des pays dans le besoin. Ces derniers sont pourtant les premiers affectés par les problèmes d’approvisionnement et les hausses de prix.
"Les pays de l'UE sont les principaux bénéficiaires de l’Initiative, puisqu'ils ont acquis 40% des 33 millions de tonnes de céréales ukrainiennes qui sont sorties. De plus, la hausse du prix du blé sert les intérêts américains, les États-Unis étant le deuxième exportateur mondial […] Les pays pauvres sont les principales victimes. Ils sont ceux qui ont le plus besoin de céréales russes et ceux pour qui la hausse des prix est la plus douloureuse", explique ainsi Nourhan ElSheikh.
Les pays occidentaux tentent désormais de faire porter le chapeau à Moscou, mais ils sont bel et bien les premiers responsables de la crise, conclut la politologue. Il est par ailleurs impossible de se passer de la Russie pour stabiliser les marchés des céréales comme des engrais, puisqu’elle est l’un des géants du secteur.
"Les médias et les politiciens occidentaux tentent de blâmer la Russie pour la hausse excessive des prix des céréales. Ils attribuent la crise à la suspension par Moscou de l'Initiative céréalière de la mer Noire […] En fait, les États-Unis et les pays européens sont les principaux responsables de la crise […] Il est impossible d'imaginer la stabilité du marché mondial des céréales et des engrais sans la Russie, car elle en est la première source au monde", conclut Nourhan ElSheikh.
En effet, Moscou possède "d'énormes stocks de céréales". La Russie peut exporter 60 millions de tonnes cette année, poursuit-elle. Cela représente 20% des exportations mondiales de céréales, selon ses calculs.
L’Initiative céréalière de la Mer noire avait été signée en juillet 2022, à Istanbul. L’accord avait été prolongé à plusieurs reprises, même si Moscou avait dénoncé le non-respect de la partie dédiée aux céréales russes. Le 17 juillet, la Russie avait finalement décidé de suspendre sa participation.
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