L’Occident craint que l’émergence des BRICS ne précipite la fin de son règne financier

Les pays occidentaux redoutent la montée en puissance d’un monde multipolaire, porté en particulier par les BRICS, qui pourrait mettre fin à l’hégémonie économique américaine, explique à Sputnik le politologue et député genevois Guy Mettan.
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Le ministre russe des Affaires étrangères s’est rendu en Afrique du Sud, après un passage au Kenya au Burundi et au Mozambique, pour assister à une réunion avec ses homologues des BRICS. Des visites qui attestent des bonnes relations entre la Russie et le continent africain, mais qui témoignent aussi des efforts menés pour faire émerger un monde multipolaire, comme l’explique à Sputnik le politologue Guy Mettan, député au Grand Conseil de Genève.
Un nouveau modèle géopolitique redouté par les puissances occidentales, car il pourrait mettre à mal leur hégémonie économique, souligne-t-il.
"La grande crainte de l’Europe et des États-Unis, c'est que s'il y a une émancipation des BRICS, s'il y a une émergence du monde multipolaire avec d'autres puissances indépendantes, c'est la fin du règne non seulement militaire, mais du règne financier des États-Unis. Parce que la suprématie du dollar, c'est au fond avoir une rente gratuite sans payer le prix", déclare ainsi Guy Mettan.
Le député genevois souligne d’ailleurs que de nombreux pays africains ont commencé à jouer leur propre partition, depuis que Moscou a "dit stop à l’ingérence des États-Unis et du monde occidental" sur le dossier ukrainien. Bamako a notamment haussé le ton face à Paris, précipitant le retrait des forces françaises au Mali, rappelle l’expert. Alors que le Président congolais Félix Tshisekedi a multiplié les piques envers son homologue français Emmanuel Macron.

Secouer le joug du dollar

Un phénomène de dédollarisation s’est ainsi mis en place, porté par les pays émergents. Il passe par exemple par l’usage de devises locales pour commercer. La Chine et l’Inde tentent notamment d’internationaliser le yuan et la roupie, en proposant des partenariats à plusieurs États africains.
"Certains aimeraient désormais faire notre commerce dans d'autres monnaies que le dollar. C’est une bonne surprise, je dirais, pour ceux qui défendent une vision un peu plus indépendante, autonome, souveraine de l'Afrique et pour ceux qui défendent un monde multipolaire", affirme ainsi Guy Mettan.
Une logique similaire est à l’œuvre au sein des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), qui planche pour leur part sur une monnaie commune. Celle-ci pourrait être basée sur "l’alliance des cinq R (rouble, roupie, renminbi, round, réal brésilien), ou bien adossée aux ressources naturelles comme le pétrole, explique Guy Mettan qui souligne qu’un tel projet donnerait "une confiance et une dynamique énorme" au groupe des cinq.
Le 1er juin, les ministres des Affaires étrangères des BRICS s’étaient rencontrés au Cap. Ils avaient notamment évoqué l’élargissement du groupe à plusieurs pays émergents ayant formulé une demande d’adhésion. Les partenariats avec le continent africain pour tendre vers "une croissance inclusive" ont aussi été au centre des discussions.
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