"Deux poids deux mesures" pour les ouvrières agricoles africaines en Europe

Pas facile d’être une ouvrière agricole en Europe, c’est ce que pensent plusieurs militants marocains des droits de l’homme. Au micro de Sputnik, ils décrient les difficultés endurées par de nombreuses femmes qui partent à la recherche d’une vie meilleure.
Sputnik
Des femmes marocaines condamnent les conditions soumises par l’Espagne pour pouvoir aller travailler dans les champs de fraises, mais aussi les conditions de travail une fois sur le terrain, a fait savoir le 20 décembre à Sputnik Fatima Bougenbour, militante marocaine des droits de l'homme.
Les droits de ces femmes sont fortement restreints, car elles ne sont pas autorisées à voyager avec leurs enfants mineurs, indique Mme Bougenbour, une habituée de ces voyages, qui a dû laisser ses trois enfants avec sa sœur pour pouvoir partir.
"J’avais du mal à me décider de laisser mes enfants au Maroc, même avec ma sœur, et d'aller travailler. Mais je n'avais pas d'autres options pour gagner une vie décente pour eux. J'ai dû partir, en acceptant les conditions d'entrée de l'Espagne", a-t-elle confié à Sputnik.
Selon elle, les femmes, principalement "des veuves ou des femmes divorcées sans source de revenus", sont dans une situation très difficile puisqu’elles doivent choisir "entre la famine et le travail à l’étranger sans possibilité de voir leurs enfants".

Les enfants souffrent en premier lieu

Mohammed al-Tayyib Bouchiba, le coordinateur marocain de l'association Don't Give Up Your Child, et aussi militantmarocain des droits de l'homme, souhaite que les femmes contraintes d'aller travailler dans un autre pays soit protégées.
"Exiger d'une femme qu'elle n'emmène pas ses enfants avec elle lorsqu'elle travaille est totalement contraire au respect des droits de l'homme. Il semble que l'Europe applique une politique de deux poids, deux mesures: elle se préoccupe des droits de l'homme pour la forme, mais met en œuvre des mesures qui vont à l'encontre des droits des femmes et des enfants. De leur côté, les enfants laissés par leur mère dans le royaume sont soumis à d'autres violations des droits. Et ce sont les enfants qui souffrent en premier lieu […]. Il faut trouver une autre solution", a-t-il expliqué à Sputnik.
Il a attiré l’attention sur les enfants en bas âge, qui ne peuvent pas vivre sans leur mère. Or, leurs mères parties en Europe ne parviennent pas à rentrer au Maroc pendant des années.
Par ailleurs, Mme Bougenbour souhaite que les autorités espagnoles respectent les droits fondamentaux des quelque 14.000 travailleuses, et que celles qui travaillent en Espagne depuis environ 12 ans voient leur statut juridique réglé.
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