L’Afrique risque d’être "paralysée" par les enjeux de l’Occident pour les énergies vertes

Le continent africain, qui éprouve des difficultés énergétiques, se fait priver par l’Occident d’investissements censés développer ses hydrocarbures. Poussée vers les énergies renouvelables moins fiables, l’Afrique risque de voir sa sécurité énergétique "paralysée", a estimé auprès de Sputnik un expert sud-africain en la matière.
Sputnik
Subissant de nombreuses pénuries dont celles énergétiques, l’Afrique se voit entraver par l’Occident concernant l’exploration de ses énormes gisements d’hydrocarbures. En cause: la transition énergétique verte qu’il impose.
"Le secteur pétrolier et gazier africain connaît une sous-production et un sous-investissement alors que les grandes sociétés internationales abandonnent leurs projets dans les principaux pays producteurs d'hydrocarbures tels que le Nigeria et l'Angola", a déclaré à Sputnik NJ Ayuk, président de la Chambre africaine de l'énergie, basée en Afrique du Sud.
"Les restrictions d’investissements imposées par les institutions financières occidentales immobilisent le marché gazier africain. Sans financement, les taux de pauvreté énergétique augmenteront considérablement", a-t-il souligné.
Le développement énergétique piétinera de même sur le continent:
"De nombreux réseaux électriques existants en Afrique restent sous-développés, de sorte qu'un approvisionnement intermittent en énergie peut menacer la stabilité de tout un réseau", indique NJ Ayuk.

Opter pour des énergies moins fiables

Dans cette situation qui laisse à désirer, le continent subit en plus de cela la pression exercée par l’Occident pour se réorienter vers les énergies renouvelables. Cependant, celles-ci ne s’avèrent pas très stables, dépendant fortement des conditions météorologiques.
C’est pour cette raison que cette réorientation menace de "paralyser le continent", a mis en garde NJ Ayuk.
"C’est le cas du Kenya, qui est largement considéré comme à l’avant-garde de la transition énergétique en Afrique" avec son parc éolien de 310 MW du lac Turkana et la centrale solaire de 50 MW de Garissa. Les deux assurent 15% d’énergie de toute la production nationale. Mais les installations ont connu une grave instabilité de la tension, poursuit l’expert en citant Perspectives 2022:
"Une meilleure gestion du système, une infrastructure mise à niveau et une technologie de stockage d’énergie à long terme sont nécessaires pour résoudre ces problèmes. Mais la mise en œuvre de ces éléments à l’échelle nationale ou continentale ne se fera pas du jour au lendemain".
S’y ajoute un autre problème, la dépendance "presque totale" de l'Afrique vis-à-vis des équipements et de l'expertise étrangers en matière d'énergies renouvelables. La majorité des dispositifs solaires et des éoliennes sont fabriqués en Chine, en Europe ou aux États-Unis, qui fournissent également une formation et des technologies liées à l'installation, à la maintenance.
"Sur le plan économique, cela signifie moins d'emplois locaux pour les Africains dans ce secteur jusqu'à ce qu'une telle capacité puisse être développée. Cela garantit également [l'insécurité] de l'approvisionnement au cas où la guerre ou la politique paralyserait la capacité d'importer des matières premières et des travailleurs clés", conclut-il.

Sécurité électrique en Afrique

Seuls neuf sur 54 pays africains bénéficient d’un taux d’électrification de 85% ou plus, selon l’Agence internationale de l’énergie. Ce sont l'Afrique du Sud, l'Algérie, l'Égypte, le Gabon, le Ghana, le Kenya, la Libye, le Maroc et la Tunisie.
Même les pays dotés de grandes réserves de pétrole et de gaz comme l'Angola, le Congo, le Nigeria, l'Ouganda et le Soudan ont été incapables de fournir à la grande majorité de leurs citoyens l'accès à ces ressources. 38% de Nigérians, 57% d'Angolais et 71% d'Ougandais n'ont pas accès à l'électricité, détaille l’institution.
Pour les pays disposant de plus petites réserves d'énergie et ceux qui n'ont pas d'actifs pétroliers et gaziers prouvés, les chiffres sont encore plus sombres, avec seulement 9% des Tchadiens et des résidents de la République démocratique du Congo raccordés au réseau électrique. 12% des Libériens, 14% des résidents du Niger et 18% des Somaliens y ont accès.
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