Algérie: retour triomphal des crânes des résistants contre la colonisation française

Les crânes de 24 résistants à l'invasion française au XIXe siècle sont revenus en Algérie. Ils reposaient depuis au Musée d'histoire naturelle de Paris. Bachir Senouci, initiateur d’une pétition pour la restitution de ces restes mortuaires, envisage de lancer de nouvelles actions pour la récupération du patrimoine algérien situé en France.
Sputnik

C’est une partie de l’histoire de l’Algérie qui est de retour dans ce pays, vendredi 3 juillet 2020, dans un avion de transport militaire de l’armée algérienne. 

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Les crânes de 24 résistants à l’invasion française, tués lors de massacres de l’armée coloniale entre 1849 et 1854, avaient été transférés vers la France, puis conservés dans des boîtes au Musée d'histoire naturelle de Paris et inscrits dans le patrimoine inaliénable de l’État français.

Parmi les restes mortuaires restitués ce vendredi figurent ceux de Mohamed Lamjad Ben Abdelmalek, dit Cherif Boubaghla –qui a mené une insurrection populaire dans la région du Djurdjura, en Kabylie–, de Cheikh Bouziane –le chef de la révolte des Zaâtcha (région de Biskra en 1849)–, de Moussa El-Derkaoui –son conseiller militaire– et de Si Mokhtar Ben Kouider Al-Titraoui. Ces célèbres combattants ont eu droit aux honneurs militaires lors d’une cérémonie à laquelle ont pris part des avions de chasse et des membres des forces spéciales, en présence des plus hautes autorités du pays.

Contrepartie politique encore inconnue

Si l’Algérie a pu récupérer ces dépouilles, c’est grâce à deux hommes: l’anthropologue Ali Farid Belkadi –qui avait dès 2011 alerté l’opinion publique de leur présence au musée d'histoire naturelle de Paris– et l'universitaire et écrivain algérien Brahim Senouci –qui avait lancé une pétition en 2016 pour faire bouger les lignes, notamment sur le plan politique.

«C’est un événement très émouvant, je ressens un immense bonheur. Je tiens à remercier les 300.000 signataires de cette pétition. Parmi eux figurent une grande majorité de Français ainsi que des personnes de renom qui ont permis de faire pression sur le gouvernement français», affirme à Sputnik Brahim Senouci.

L’écrivain explique s’être engagé dans cette action car il est lui-même fils d’un chahid (martyr) de la guerre de libération algérienne.

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«Le corps de mon père n’a jamais été retrouvé, il n’a pas eu droit à une sépulture», regrette-t-il. Pour cet universitaire, le moment choisi par le Président Emmanuel Macron pour restituer ces crânes est le résultat de négociations politiques. «C’est un geste à l’adresse de son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune. Mais il y a forcément une contrepartie, nous ne la connaissons pas encore.» Le Président français avait fait part de sa volonté de remettre ces restes lors d’une visite officielle effectuée en décembre 2017 à Alger.

«J'ai accédé à une demande plusieurs fois réitérée par les pouvoirs publics algériens d’obtenir la restitution des crânes des martyrs algériens et j'ai pris la décision de procéder justement à cette restitution. Le texte de loi nécessaire pour ce faire sera pris», s’était-il alors engagé.

Récupération

Brahim Senouci regrette cependant que les initiateurs de cette action de restitution historique aient été marginalisés par les autorités officielles. L’universitaire dit même assister à une véritable opération de récupération menée par des responsables d’associations membres de la «famille révolutionnaire», à savoir l’ensemble des structures regroupant les résistants de la guerre de libération.

«Je considère avoir seulement fait mon devoir. Durant des années, j’ai insisté auprès des responsables d’associations de condamnés à mort et de martyrs de la révolution afin qu’elles soutiennent la pétition pour la restitution des crânes. Elles n’ont jamais rien fait. Et aujourd’hui, je vois les intervenir sur les plateaux de télévision pour s’approprier cette action», note-t-il.

Brahim Senouci soutient vouloir poursuivre son engagement car «une partie du patrimoine historique algérien est encore en France». Il cite notamment le cas de Baba Merzoug, le célèbre canon de 7 mètres de long qui protégeait la baie d’Alger. Rapportée en France comme trophée de guerre, cette pièce d’artillerie géante est érigée en colonne dans la rade de Brest depuis 1833.

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