Au Maroc, des sénatrices plaident pour la renationalisation de la seule raffinerie de pétrole du pays

En liquidation judiciaire depuis plus de quatre ans, la Samir, unique raffinerie de pétrole au Maroc, fait l’objet d’une tentative de renationalisation de la part de deux sénatrices qui souhaitent proposer un projet de loi, informe Médias 24.
Sputnik

En pleine crise du coronavirus et dans le souci de donner au royaume chérifien les moyens d’assurer sa sécurité énergétique, deux sénatrices ont annoncé vouloir proposer et défendre un projet de loi relatif à la renationalisation de la Société anonyme marocaine de l’industrie du raffinage (Samir), seule raffinerie de pétrole du pays, rapporte Médias 24. Détenue à 67 % par l’homme d’affaires saoudien Cheikh Mohammed Al Amoudi via son entreprise Corral Morocco Holding, la Samir est en liquidation judiciaire depuis mars 2016 en raison d’une dette de 4,16 milliards d’euros envers l’État, notamment les douanes.

«Nous sommes tout à fait disposés à parrainer cette proposition de loi et frapper à toutes les portes des groupes à la Chambre des conseillers [le Sénat marocain, ndlr]», a déclaré vendredi 19 juin Rajaa Gassab lors d’une conférence publique organisée par le Front de la sauvegarde de la raffinerie.

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Dans le même sens, Hanane Rihhab explique que «nous ne pouvons pas discuter indéfiniment des moyens juridiques de résoudre le dossier». «La seule solution est d’élaborer la proposition de loi et d’ouvrir le débat au sein de l’Institution parlementaire. […] Aujourd’hui, beaucoup d’acteurs au Parlement expriment leur soutien», ajoute-t-elle, soulignant qu’«il faut trancher entre ceux qui soutiennent par principe, et ceux qui le font par simple complaisance».

«La souveraineté a un coût, mais pas de prix»

Présent à la conférence, l’économiste Nabil Akesbi a mis en lumière que les besoins en carburant qu’a connu le Maroc durant la crise du Covid-19 posent avec acuité la question de la renationalisation de la Samir; une question de souveraineté énergétique du pays, estime-t-il.

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Et de poursuivre, selon le média: «La souveraineté a évidemment un coût, mais n’a pas de prix».

L’expert considère que l’État, «représentant de l’intérêt général», devrait assurer la reprise de ce fleurant de la pétrochimie, en se positionnant comme «acteur essentiel dans le capital de la société».

Ainsi, M.Akesbi indique que cela pourrait se faire par «la création d’un consortium entre l’État et d’autres actionnaires parmi les investisseurs nationaux ou étrangers». «Mais à défaut, il n’y aura qu’une seule option, celle de la renationalisation, où l’État prendra entièrement ses responsabilités», prévient-il.

Sur le plan juridique

De son côté, l’avocat Mohammed Amghar a fait savoir que la renationalisation de la Samir était tout à fait possible sur le plan juridique et clairement définie par l’article 71 de la Constitution.

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Signalant que cette piste intéressait le gouvernement, Me Amghar précise que «les parlementaires qui croient en l’économie sociale peuvent soumettre cette proposition pour remettre la Samir dans les rails [du bien public, ndlr].»

«Il ne s’agit pas d’une société commerciale ordinaire», mais d’«une entreprise stratégique qui a trait à la sécurité énergétique», dit-il.

La Samir a été créée en 1959 dans le cadre d’une joint-venture, ou coentreprise, avec la société italienne ENI. Elle a commencé à produire en 1961. Après 36 ans de production sous les auspices de l’État marocain, elle a été privatisée en 1997 pour le compte de la société pétrolière saoudienne Corral Morocco Holding.

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