Pour le célèbre violoniste Vadim Repine, «la musique, c’est la mondialisation dans le bon sens du terme»

Le Palais de la musique de Strasbourg vit à l’heure russe, avec Glazounov et Tchaïkovski interprétés par le violoniste virtuose Vadim Repine. Au programme également, Chorós Chordón, de la compositrice sud-coréenne Unsuk Chin, pour le coté novateur des «Saisons russes» en France. Sputnik a interrogé le soliste sur le choix de son répertoire.
Sputnik

Le Palais de la musique de Strasbourg accueille trois concerts de Vadim Repine, «le meilleur et le plus parfait des violonistes», selon le célèbre violoniste et chef d’orchestre américain Yehudi Menuhin, dans le cadre du projet culturel international «Les Saisons russes» en France.

«Chorós Chordón» (La Danse des cordes, en français), de la compositrice sud-coréenne Unsuk Chin, ouvre le programme de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg sous la direction de la Chef d’orchestre sud-coréenne Shiyeon Sung. Pour Vadim Repine, «maître des cordes célestes», comme le surnomment les critiques, une telle ouverture crée un équilibre avec son répertoire russe.

«Pour moi, le plus important est Glazounov. L’œuvre [sud-coréenne, ndlr] a été choisie par la chef d’orchestre, commente pour Sputnik Vadim Repine. Les organisateurs adoptent cette approche qui consiste à jouer des œuvres peu connues avec de grands classiques.»

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À l’occasion des Saisons russes, Vadim Repine a «délocalisé» pour la première fois l’ouverture de son Art-Festival Transsibérien à Strasbourg, puisque «son cœur est à Novossibirsk, auquel se joignent d’autres villes». Pour le directeur artistique du festival, «on réunit les continents non géographiquement, mais à travers des ponts humains, musicaux, amicaux et artistiques

«L’Est et l’Ouest sont étroitement liés chez nous, à travers les relations humaines, l’amitié et l’amour de l’art», raconte Vadim Repine.

Refusant de «faire la distinction entre les continents et les pays» l’Art-Festival Transsibérien convie des musiciens pour un mois entier de célébrations musicales. «Je ne “trie” jamais les invités: si quelque chose me relie personnellement à un musicien et que j’ai envie de jouer avec lui, c’est un critère suffisant», précise le musicien.

«La culture est une notion anti-géographique. C’est la mondialisation dans le bon sens du terme», appuie Vadim Repine.

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Enfant prodige né à Novossibirsk, Vadim Repine a commencé à jouer du violon à l’âge de cinq ans. Cet élève prometteur de Zakhar Bron, un grand professeur au rayonnement européen, a gagné à l’âge de 18 ans le concours musical international Reine Élisabeth de Belgique, l’un des plus prestigieux au monde.

«Pour nous, l’instrument fait partie intégrante de notre corps, confie Vadim Repine. C’est la continuité de nos mains, de nos pensées, de nos rêves. Chaque musicien doit apercevoir quelque chose et entendre quelque chose avant de l’incarner avec son instrument. La musique, c’est la vie. Le violon fait partie de mon corps.»

Il y a pourtant des choses qui peuvent distraire de son violon le musicien russe, bien qu’il «ne s’imagine pas» sans son violon.

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«Mais c’est aussi la vie», précise Vadim Repine. Et souvent, c’est la vie à deux, comme dans son spectacle «Pas-de-deux sur les doigts et pour les doigts», créé avec son épouse, la danseuse-étoile Svetlana Zakharova, sur l’impulsion de ses amis.

«À l’origine, on n’y pensait pas, puisqu’on est très bien ensemble même sans cela, rit Vadim. Mais on a cédé et nous avons tiré une énorme joie de ce spectacle. Et puis, il y a un grand avantage, on se retrouve plus souvent ensemble, dans la même ville.»

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Vadim Repine explique également avoir été persuadé par ses collègues de créer l’Art-Festival Transsibérien. Bien qu’à ses débuts, organiser un projet d’une telle envergure et si loin, en Sibérie, ne fût pas évident, c’est progressivement devenu l’un des moments-phare de la saison artistique du violoniste. «C’est une partie importante de mon âme. Il ne se passe pas un jour sans que ce Festival ne se manifeste dans ma vie quotidienne», souligne l’artiste, qui insiste également sur le travail d’une «équipe formidable» à ses côtés.

«Nous avons un bon public. Dans toutes les salles, nous rencontrons un regard et une énergie fantastique. Cela nous procure une joie immense», s’enthousiasme Vadim Repine.

L’artiste reste également émerveillé par les Saisons russes historiques, celles de Diaghilev, qui, d’après lui, «étaient comme une explosion, du jamais vu en Europe». L’Art-Festival Transsibérien de Vadim Repine suit en partie cette politique artistique, puisqu’il crée chaque année la première mondiale d’une œuvre contemporaine. Cette année, le patriarche de la composition contemporaine, Arvo Pärt, y présentera en personne sa nouvelle œuvre.

«Les Saisons russes donnent vie à de nouvelles œuvres, c’est important, conclut l’artiste. C’est fantastique que les Saisons aient ressuscité avec une telle ampleur, je les soutiens pleinement.»
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