Il y a 30 ans, survenait la catastrophe ferroviaire d'Oufa, ayant coûté la vie à plus de 600 personnes

Deux trains surchargés, une importante explosion de gaz sur un gazoduc endommagé et plus de 600 morts: il y a 30 ans, dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, la plus grande catastrophe ferroviaire de l'histoire s'est produite sur le trajet du Transsibérien.
Sputnik

Une rencontre fatale

Tout a commencé par une fissure dans le gazoduc Sibérie occidentale-Oural-Volga, le long de la voie ferrée reliant les gares d'Oulou-Teliak (Bachkortostan) et d'Acha (région de Tcheliabinsk). La fuite n'a pas été réparée à temps et le gaz liquéfié s'est accumulé dans la vallée attenante au remblai ferroviaire.

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Dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, deux trains roulaient à cet endroit dans des directions opposées: Novossibirsk-Adler et Adler-Novossibirsk. Environ 1.300 personnes se trouvaient à leur bord. Les premiers se rendaient en vacances dans le territoire de Krasnodar, les seconds en revenaient.

L'explosion a eu lieu précisément au moment où les deux trains se croisaient. Elle a été monstrueuse: les spécialistes ont estimé sa puissance à 300 tonnes d'équivalent TNT. Les flammes ont été aperçues dans un rayon de 100 km, et un incendie ravageur s'est propagé sur un territoire de 520 ha.

Il y a 30 ans, survenait la catastrophe ferroviaire d'Oufa, ayant coûté la vie à plus de 600 personnes

Les 37 wagons et les deux locomotives électriques ont été détruits. Sept wagons ont entièrement brûlé, 26 se sont consumés de l'intérieur, 11 autres ont été arrachés et projetés en dehors de la voie. L'onde de choc a couché les arbres dans un rayon de 3 km.

Un anniversaire brûlé

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Avec sa famille, son mari et ses deux filles de 2 et 4 ans, Anastasia Koudachova se rendait de Tcheliabinsk à Penza chez ses proches pour fêter l'anniversaire de l'une de ses filles.

«Nous étions dans le wagon 8. Juste avant l'explosion je me suis réveillée, j'avais un mauvais pressentiment. Mais je ne me souviens pas du moment de l'explosion, j'avais perdu connaissance. Notre wagon ne s'est pas renversé, mais il y a eu un court-circuit. Quand j'ai repris connaissance, j'ai senti que tout mon visage était brûlé. La plupart des passagers du wagon avaient également perdu connaissance à cause de l'onde de choc. Le silence régnait. Je me suis levée, je suis revenue dans le compartiment pour essayer de réveiller mon mari et mes enfants», raconte Anastasia à Sputnik.

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Peu à peu, les gens ont commencé à sortir du train. Les femmes et les enfants ont été évacués en premier. Selon Anastasia, le revêtement métallique du train était brûlant.

«C'était chaud à tel point que la peau des mains sifflait. Mais à ce moment-là je ne sentais pas la douleur. Il fallait sortir au plus vite pour s'éloigner des trains. Il n'y avait pas de panique, je me souviens que même les enfants ne pleuraient pas. Nous sommes descendus du remblai dans le ravin pour attendre les secours. Nos vêtements étaient en lambeaux, les rubans sur la tête des filles avaient fondu. Nous tremblions à cause du choc», poursuit Anastasia.

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La famille d'Anastasia a été placée dans un camion pour être transportée dans une école d'Oulou-Teliak où étaient rassemblées les victimes. A partir de là, elles ont toutes été amenées d'abord dans les hôpitaux d'Oufa, puis de Tcheliabinsk. Les médecins ont diagnostiqué chez Anastasia 64% de brûlures du corps, 25% chez son mari, et 10% chez la fille cadette. L'aînée a eu de la chance: au moment de l'explosion elle dormait sous une couverture. Les passagers ont également été touchés par les débris de verre des fenêtres du train.

«Pendant très longtemps je n'ai pas pu me lever de mon lit. Mes jambes étaient gravement coupées, les brûlures étaient au troisième degré. Les médecins ne pensaient pas que je survivrais, Mais je me rétablissais. Mon mari est mort quelques semaines plus tard. Une infection s'est déclarée, le sepsis, il n'a pas été sauvé. Les filles ne se souviennent plus de cette nuit-là, et l'aînée disait à l'époque que son anniversaire avait brûlé», déclare Anastasia.

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Des indemnités ont été versées aux victimes: 15.000 roubles pour chaque adulte et 12.000 roubles pour chaque enfant. Les familles des défunts ont reçu 18.000 roubles chacune. Mais quelques années plus tard tout cet argent a perdu sa valeur. A l'hôpital, Anastasia était aidée par des gens ordinaires qui lui apportaient de la nourriture, du lait, des baies et des fruits. Elle a été marquée à vie par le goût du bouillon de viande d'une femme inconnue. Depuis, cela fait partie de ses plats préférés.

L'aide sur place

Toutes les forces, militaires y compris, ont participé au sauvetage. A cette époque, Dmitri Gourkov était appelé à l'école des spécialistes de l'aviation à Oufa. Son service venait de commencer. «Nous n'avions même pas encore prêté serment, formellement nous n'étions pas encore soldats. Ce matin-là n'était pas comme d'habitude. L'alerte à 4 heures du matin, la tension qui pesait dans l'air, le chef de section qui ne blaguait pas.

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On s'est même demandé si c'était la guerre. Nous avons reçu des masques à gaz et nous sommes montés dans des bus civils. Nous ignorions ce qui s'était passé et notre destination. Sur le chemin nous avons vu un nuage de fumée. Nous allions directement dans sa direction, comme sur un phare. On a compris que ce n'était pas un exercice. Les bus étaient chargés de rations - c'était donc pour longtemps», explique Dmitri.

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Les soldats ont été amenés sur les lieux de l'accident à bord de bus civils ordinaires. L'ampleur de la catastrophe était claire dès le départ.

«Un tableau terrible. J'ai passé mon enfance sur la voie ferrée, j'avais toujours une image idyllique: un remblai chaud, l'air tremblant, l'odeur des absinthes, le goudron, l'odeur des traverses de bois. Je n'aurais jamais cru que les rails pouvaient se déformer ainsi en arc. Cela avait dû être un véritable enfer quand l'explosion s'est produite! Des kilomètres de troncs calcinés. En arrivant sur le remblai nous avons immédiatement vu un panorama sur la forêt brûlée du côté du gazoduc. Des wagons déformés, calcinés, des choses qui se consument encore, des débris partout, des déchets. Les gros débris ont été ramassés en tas quelque part, ailleurs - pas encore. Plus loin nous avons vu les corps, ils étaient déjà déposées sur le côté», raconte Dmitri Gourkov.

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Dmitri et ses camarades militaires ont déblayé les débris, assuré le cordon et ratissé les environs. Les objets personnels et de valeur des passagers étaient rassemblés à part. Mais avant tout les corps et les dépouilles.

«Les corps étaient dans le talus et dans les wagons. Parfois entiers, parfois non. Des aspirants travaillaient également, je ne sais plus d'où. Parfois ils sortaient des corps du wagon qu'il fallait porter, parfois l'inverse. Il fallait dans un premier lieu libérer les wagons. Nous n'avions pas de brancards ni même de gants - nous travaillions à mains nues. Quand on a fait venir des toiles de tente, c'est devenu plus facile: on les laissait directement avec les corps, ce n'était plus nécessaire de les replacer», précise Dmitri Gourkov.

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Dmitri a travaillé sur le site de la catastrophe pendant la première journée - la plus dure. Dans l'après-midi du 4 juin les spécialistes ont déjà commencé à réparer la voie. Il fallait relancer la circulation des trains au plus vite.

Une première mort

Les ambulances des communes les plus proches ont été envoyées sur les lieux de l'explosion pour transporter les blessés. Les habitants locaux sont également venus à leur secours. Au moment de l'explosion, l'infirmière Rafida Kharounova, 19 ans, se promenait dans la rue avec des amis dans son village à 30 km de cette vallée maudite.

«Une forte détonation a retenti, une grande colonne de feu a percé le ciel. Puis une onde de choc s'est propagée en nous renversant tous au sol, en pliant les arbres, les fenêtres des maisons ont été soufflées. Le feu a éclairé le ciel comme de jour, nous avons pensé que c'était une explosion nucléaire. Les gens sortaient des maisons en criant que la guerre avait commencé», raconte-t-elle à Spuntik.

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Dans la matinée, Rafida est partie travailler au département pédiatrique de l'hôpital municipal d'Acha. «En entrant dans la ville j'étais terrifiée. Des destructions partout. Sans encore comprendre les faits j'ai pris la permanence de l'infirmière de nuit. Cette dernière m'a dit que ce n'était pas une simple explosion de gaz qui avait eu lieu la nuit, mais qu'un train s'était retrouvé dans la zone de l'explosion.

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Dans la nuit les patients ont été renvoyés chez eux: leur place a été prise par les enfants brûlés. Les services de chirurgie, de thérapie et même d'infection, fermés pour travaux, débordaient de patients», poursuit-elle.

Dans un premier temps, Rafida a recensé les enfants: l'infirmière de nuit n'avait pas eu le temps d'attribuer des cartes à tout le monde. La jeune femme a visité les chambres pour enregistrer un maximum d'informations. Les enfants dans les chambres étaient silencieux, certains pleuraient. Quelques-uns pouvaient seulement dire leur nom. Rafida rassurait les enfants, allait de chambre en chambre pour leur parler.

Il y a 30 ans, survenait la catastrophe ferroviaire d'Oufa, ayant coûté la vie à plus de 600 personnes

«Avec le docteur nous avons choisi la plus jeune fillette, de 8-9 mois, elle était couchée seule sur son lit. Il a évalué son état comme critique, elle a été transférée en soins intensifs et branchée sur intraveineuse. Vers midi la fillette non identifiée est décédée. J'étais frappée, inexpérimentée à l'époque, qu'à première vue elle n'avait pas de brûlures, seulement les cils et les cheveux avaient été légèrement brûlés, mais elle est morte. C'était la première fois que je voyais une personne mourir», se souvient Rafida.

Il fallait transporter le corps de l'enfant à la morgue.

«J'avais peur, je n'avais jamais été à la morgue. Je m'y suis rendue et j'ai vu une poubelle a l'extérieur, qui contenait un grand nombre de bottes militaires. Je suis entrée et j'ai compris que les morts étaient très nombreux. J'étais comme dans un film d'horreur», reconnaît l'infirmière.

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Des médecins de Tcheliabinsk et d'Arménie sont ensuite venus apporter leur aide à leurs confrères. Ensemble ils ont organisé la répartition des blessés: tous les blessés graves ont été placés sur des lits dans le couloir pour être sous les yeux de l'équipe médicale. Les blessés légers ont été préparés pour être transportés à Tcheliabinsk par hélicoptère.

Les détails de la catastrophe ont été révélés seulement quelques mois plus tard. 258 personnes ont été tuées sur place, plus de 800 ont reçu des brûlures et des traumatismes de différents niveaux, 317 sont décédées dans les hôpitaux. Le nombre total de victimes s'élève à 575 personnes. Mais dans les trains se trouvaient de nombreux enfants en bas âge qui n'avaient pas été comptés comme passagers. 675 noms sont gravés aujourd'hui sur le mémorial érigé sur les lieux, et 780 personnes seraient décédées selon les informations officieuses.

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