Au Québec, les souverainistes parviendront-ils à remonter la pente?

Au Québec, le mouvement souverainiste est en perte de vitesse. Si des politiques veulent encore faire du Québec un pays à part entière, ils sont de moins en moins populaires et de plus en plus divisés. Quel espoir pour les souverainistes? Sputnik a demandé l'avis d'Alexandre Poulin, auteur de plusieurs articles sur la question.
Sputnik

Au Québec, le mouvement souverainiste semble plus que jamais divisé. En octobre 2018, un parti nationaliste a remporté les élections provinciales, sans toutefois prôner la souveraineté du Québec. La Coalition Avenir Québec (CAQ) veut obtenir plus d'autonomie pour le Québec, mais sans le séparer du reste du Canada. Il s'agit d'une nuance de taille: dans la Belle Province, autonomie ne signifie pas toujours souveraineté.

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La dernière élection a failli être fatale au Parti québécois (PQ), principale formation souverainiste au Québec. C'était la première fois depuis près de cinquante ans qu'une élection ne portait pas principalement sur la souveraineté. Avant d'être élu Premier ministre, François Legault répétait qu'il voulait contribuer au dépassement de ce vieux clivage:

«Pour la première fois en 50 ans, on aura en 2018 une élection qui ne sera pas quasi référendaire. Pour la première fois, ce qu'on appelle en anglais le "ballot question", ou en français "la question de l'urne", ce ne sera pas à propos de la souveraineté du Québec, mais à propos du parti qui a le meilleur programme», avait lancé M.Legault en août 2018, lors d'un rassemblement militant à Québec.

En 1994, au plus fort de son existence, le Parti québécois comptait 77 sièges à l'Assemblée nationale. À la dernière élection, il n'en a obtenu que dix. Tout récemment, avec le départ de la députée Catherine Fournier, son nombre de députés passait à neuf. En perdant son dixième député, le PQ est devenu la dernière opposition à l'Assemblée nationale.

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Cette nouvelle a été perçue comme un nouveau signe de la chute du PQ et de l'option souverainiste dans son ensemble. Le contexte est aussi marqué par la montée d'un parti souverainiste de gauche, Québec solidaire, accusé de nuire au mouvement en divisant le vote. Les souverainistes sont maintenant représentés par deux formations marginales.

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Auteur de plusieurs articles sur la question, Alexandre Poulin attribue l'échec du mouvement souverainiste à plusieurs facteurs. Un peu comme l'actuel Premier ministre, il pense d'abord que l'axe gauche-droite est devenu plus important que le clivage souverainiste-fédéraliste:

«De 1970 à 1995, le clivage politique au Québec était celui entre les souverainistes et les fédéralistes. Peu à peu, avec la percée progressive de l'Action démocratique du Québec, fondée en 1994, un parti autonomiste et de centre droit, l'axe gauche-droite a commencé à avoir une influence plus forte. L'effritement de ce clivage, qui a été lent, est devenu total en octobre dernier: la souveraineté ne structure plus ni le système électoral, ni la vie politique», a affirmé M.Poulin en entrevue.

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Cet intellectuel souverainiste croit aussi que son mouvement «a échoué à plusieurs reprises à faire gagner le Québec». Rappelons que la Belle Province a connu deux référendums dans son histoire (en 1980 et 1995), lesquels n'ont pas abouti à l'indépendance. En 1995, le camp du OUI récoltait 49.4% des voix quand celui du NON en récoltait 50.6%, pour un taux de participation de 93.5%. Une défaite crève-cœur que les souverainistes n'ont jamais digérée.

«Le mouvement souverainiste a échoué à faire du Québec un pays à deux reprises, de même qu'à lui donner l'impulsion nécessaire pour réformer la fédération canadienne. […] Certains prétendent que la crise du mouvement souverainiste est nouvelle, à tout le moins plus prononcée que jamais. Cette crise est la même depuis l'échec du deuxième référendum sur la souveraineté de 1995», a souligné l'interlocuteur de Sputnik.

La situation actuelle ne serait toutefois pas si dramatique. À défaut d'être majoritairement favorables à la souveraineté, les Québécois traverseraient actuellement une phase nationaliste et autonomiste. Une période historique qui pourrait de nouveau déboucher sur un projet d'indépendance.

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Selon Alexandre Poulin, «les Québécois sont très clairement entrés dans une phase nationaliste de leur histoire, où il s'agit de consolider la position du Québec au sein du Canada, mais sans nécessairement prôner l'indépendance complète. L'élection de la Coalition Avenir Québec, en octobre dernier, un parti autonomiste et de centre droit, peut être vue comme le début d'une lente réconciliation».

Quel avenir alors pour le mouvement souverainiste? Il dépendrait surtout de possibles affrontements futurs avec l'État fédéral, des affrontements ayant pour base une révision de la Constitution. Le Premier ministre Justin Trudeau n'est toutefois pas favorable à une réouverture du dossier constitutionnel, notamment par crainte de la controverse. Précisons que ce document ne reconnaît toujours pas le Québec comme société distincte, ce que souhaiteraient de nombreux nationalistes dans la Belle Province.

«L'échec de négociations constitutionnelles, qui auraient pour but de modifier la Constitution canadienne, réveillerait peut-être la fibre souverainiste des Québécois. Pour l'heure, de telles négociations ne sont pas à prévoir dans un avenir rapproché et surtout pas avec Justin Trudeau», a souligné M.Poulin.

Les souverainistes québécois parviendront-ils à remonter la pente? L'espoir fait vivre, prétend le dicton.

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