Trump fait l’impossible: l'Inde, la Chine et le Japon s’unissent contre les USA

La stratégie de Donald Trump, qui espère «rendre l'Amérique grande à nouveau» en recourant aux menaces, aux sanctions, aux taxes et à la pression diplomatique sur les autres pays, commence à se craqueler.
Sputnik

Non seulement les principaux rivaux des États-Unis dans la guerre commerciale actuelle — la Chine et l'UE — n'ont pas l'intention de déposer les armes, mais à présent même leurs proches alliés dans la région Asie-Pacifique commencent à rejoindre la coalition économique antiaméricaine. Même si ces derniers n'apprécient pas vraiment la Chine et ses ambitions régionales, Donald Trump a réussi l'impossible: les adversaires de Pékin sont prêts à se battre avec la Chine du même côté des barricades. L'administration américaine actuelle perd ses amis et se crée de nouveaux ennemis, ce qui pourrait mal se finir pour elle.

L'agence américaine Bloomberg rapporte que les ministres du Commerce des 16 pays asiatiques qui entament la phase finale des négociations sur la création du plus grand bloc commercial de la planète — dont les USA ne feront pas partie — se sont réunis le 1er juillet à Tokyo. Les organisateurs de ce nouvel espace de libre-échange sont l'Inde, la Chine et le Japon, ce qui préoccupe forcément Washington. La communauté d'experts américaine place beaucoup d'espoirs dans l'Inde et dans le Japon en matière de réfrènement de la Chine au profit des États-Unis, ainsi que dans le recours aux différends traditionnels et à la concurrence entre l'Inde et la Chine, ainsi qu'entre le Japon et la Chine pour «étouffer Pékin par le biais des autres».

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Mais, dans la pratique, les alliés américains en Asie — l'Inde et le Japon, mais avec la Corée du Sud, l'Australie et la Nouvelle-Zélande — changent leur position proaméricaine au profit d'approches plus pragmatiques de la politique étrangère.

Bloomberg cite le ministre japonais du Commerce Hiroshige Seko, qui a expliqué aux journalistes pourquoi un nouveau bloc commercial était créé. Il a même fait allusion à celui contre qui les pays asiatiques comptaient s'unir: «La voie vers la signature d'un accord à la fin de l'année s'est libérée. Compte tenu de l'inquiétude accrue à cause du protectionnisme, il est important que la région asiatique avance sous le drapeau du libre-échange.» Traduction du japonais diplomatique: le protectionnisme américain est devenu un problème si grave que les araignées dans le bocal asiatique sont prêtes à oublier les différends et veulent piquer ensemble l'oncle Sam. Les Américains ne s'attendaient certainement pas à une telle réaction quand ils ont décrété des taxes contre l'Inde et le Japon.

Le ministre du Commerce de Singapour a exprimé la même position, mais formulée autrement: «Le système du commerce international fait face en ce moment même à de sérieux défis. Ils représentent une motivation supplémentaire pour que nous obtenions un résultat substantiel lors de ces négociations». Il n'est pas un secret qu'actuellement, le commerce international fait face à un grand défi qui a un nom et un prénom: Donald Trump. Et ce défi paraît si grave que même les anciens vassaux de Washington préfèrent unir leurs efforts avec les ennemis des USA malgré le risque de provoquer la colère de l'ancienne métropole. Ces anciens vassaux n'ont plus suffisamment peur devant Washington, et ils ne sont pas prêts à sacrifier leurs intérêts économiques pour «remercier» les USA pour leur soutien militaire ou politique — qui n'est jamais gratuit, soit dit en passant.

Face à la Chine, Trump lance une guerre commerciale perdue d'avance?
Il est difficile de surestimer les conséquences de la formation de l'alliance commerciale asiatique, qui avait été initialement pensée comme un Partenariat transpacifique dans lequel les USA devaient jouer un rôle central et duquel ils comptaient tirer les principaux bénéfices. L'administration de Trump a enterré ce pacte commercial dont la Chine avait été intentionnellement exclue afin qu'elle soit isolée au niveau continental et encerclée par des pays dont la politique commerciale était déterminée par Washington. L'administration Trump a pensé que le bénéfice des USA dans ce pacte n'étaient pas suffisants et qu'il était possible d'obtenir de l'Asie davantage de concessions et de préférences en faisant pression sur chaque pays de la région séparément. Le résultat fut contraire à ses attentes: l'isolement de la Chine a échoué et à présent, avec l'Inde et le Japon, elle travaille à la création d'une alliance commerciale d'une taille et d'une force sans précédent, qui englobera environ un tiers du PIB de la planète et près de la moitié de sa population.

Sur le plan pratique, suite à la création de cette union, la politique américaine de pression économique sera confrontée à des difficultés imprévues et très importantes. Par exemple, les taxes rédhibitoires contre un pays membre à part seront pratiquement sans effet à cause de la possibilité de libre réexportation de certains produits via d'autres pays du bloc commercial. En d'autres termes, par exemple, les taxes antichinoises seront soit inutiles, soit devront s'appliquer aux 16 pays de la nouvelle alliance — y compris le Japon, l'Inde, l'Australie et ainsi de suite. Cela ne serait certainement pas un obstacle pour l'administration Trump, mais les graves problèmes commenceraient à l'étape des contremesures, qui seraient très douloureuses parce qu'elles priveraient les exportateurs américains de l'accès à un tiers du marché mondial. Chacun des pays membres de la nouvelle alliance commerciale est plus ou moins vulnérable face aux sanctions économiques que Washington préfèrent camoufler sous l'apparence de taxes, mais ensemble ils constituent une force capable d'infliger un préjudice irréparable aux compagnies américaines, ce qui change foncièrement les chances de gagner dans les guerres commerciales mondiales.

Une nouvelle Grande Dépression aux USA se profilerait-elle à l’horizon?
Il est fort probable que l'administration Trump ressente déjà qu'elle est allée trop loin dans sa pression sur d'autres pays. Il est fort possible que la dernière goutte puisse être l'exigence du département d'État américain que l'Inde et le Japon cessent l'achat du pétrole iranien dont ces pays ont vraiment besoin, faute de pouvoir garantir leurs besoins énergétiques. The Wall Street Journal écrit que le gouvernement américain est déjà prêt à renoncer à ses exigences et à étudier des «exemptions temporaires de sanctions» pour des pays concrets.

Mais ce geste de réconciliation est probablement trop inexpressif et tardif. Akela a raté son coup, et il pourrait se faire dévorer par ses anciens collègues de la meute.

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