Pourquoi les policiers font-ils de plus en plus usage de leur arme?

14 personnes tuées par des policiers entre mi-2017 et mi-2018, mais aussi +54% d’usage d’armes à feu par les forces de l’ordre en 2017. Les policiers, encouragés par de récentes lois sur le port ou l’emploi de leurs armes, ont-ils la gâchette plus facile ou sont-ils confrontés à de plus en plus de violence? Éléments de réponse.
Sputnik

C'est une première. La police des polices, autrement dit l'inspection générale de la police nationale (IGPN), a avancé mardi le chiffre de personnes tuées ou blessées lors d'interventions policières. En près d'un an, de juillet 2017 à mai 2018, 14 personnes ont été tuées et une centaine d'autres blessés (avec plus de huit jours d'incapacité de travail, tel est le critère retenu).

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L'usage des armes par les policiers est en hausse: + 54% entre 2016 et 2017.

«Ce recensement n'est pas le recensement des bavures policières», a précisé la patronne de l'IGPN, Mme Monéger-Guyomarc'h.

Selon l'IGPN, chacun des 394 coups de feu tirés, considérés comme de la légitime défense, a été suivi d'une enquête administrative. Plus en détail: sur les 14 décès constatés depuis le 1er juillet 2017, quatre concernent des personnes s'étant suicidées ou étant décédées en ayant pris la fuite lors d'une intervention de police. Les autres concernent des personnes tuées alors qu'elles venaient de commettre une action terroriste, comme l'assaillant de la gare Saint-Charles en octobre à Marseille ou celui du quartier de l'Opéra à Paris en mai.

Un tiers des tirs est dû à des véhicules en fuite:

«C'est le fait d'un durcissement des relations avec la police, de plus en plus de conducteurs en faute refusant de se soumettre aux contrôles, y compris pour des infractions telles que l'absence de permis ou d'assurance», explique Mme Monéger-Guyomarc'h.

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Mais d'après elle, le changement de législation de 2017 qui a autorisé les policiers à tirer sur des véhicules en fuite n'a pas eu d'influence sur ces chiffres. «Les policiers sont exposés à plus de violence de la part des délinquants», déclarait Mme Monéger-Guyomarc'h dans Le Parisien, sans donner plus de détails.

Une tendance déjà soulignée par Christophe Soullez, chef de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) à l'Agence France-Presse (AFP) en octobre dernier lors de la publication d'un bilan annuel montrant que le nombre de policiers blessés par arme était passé de 430 à 687 entre 2015 et 2016:

«L'augmentation du nombre d'agressions sur des policiers ou des gendarmes en service actif est une tendance qui s'inscrit sur le long terme.»

Autre tendance remarquée, et qui inquiétait alors l'IGPN en 2017, celle des «tirs accidentels recensés», qui dépassent aujourd'hui «le caractère exceptionnel». L'instance plaidait pour un renforcement des niveaux d'entraînement exigés.

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Pour l'heure, le port d'armes hors service n'a pas permis de contrer d'attentats terroristes. Effet de dissuasion? Certains en tout cas, parfois dans de simples cas d'altercations, ne semblent pas céder face à une arme, comme en témoignent ces cas où des policiers en civils se sont fait voler la leur, dans le Jura, ou encore à la Gare de l'Est. Elle peut aussi se retourner contre son propriétaire: dans 50% des cas de suicides de membres des forces de l'ordre, l'arme utilisée était l'arme de service.

«L'institution commence à être capable de rendre publiques des informations sur ce qui est essentiel. Et l'un des objectifs essentiels de la police est d'arriver à ne pas tuer ou blesser»,

souligne Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS et auteur de «La police en démocratie», cité par l'AFP.

Un bilan plus complet devrait être communiqué début 2019, après une pleine année de recensement, et assorti de comparaisons internationales.

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