Nucléaire iranien: pour Alliot-Marie, «l’Europe doit exercer une réelle pression»

Alors que l’Europe s’organise pour sauvegarder l’accord sur le nucléaire iranien, la députée européenne LR Michelle Alliot-Marie, ancienne ministre de la Défense et des Affaires étrangères, livre son analyse de ce dossier explosif à Sputnik.
Sputnik

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L'accord sur le nucléaire iranien peut-il encore être sauvé, malgré la volte-face de la diplomatie américaine? Européens et Iraniens semblent en tout cas déterminés à honorer l'accord conclu en 2015, ce qui a poussé Michèle Alliot-Marie, ancienne ministre de la Défense de Jacques Chirac et ministre des Affaires étrangères sous Nicolas Sarkozy, à déclarer à Sputnik:

«Je ne pense pas que l'accord soit vraiment mort, puisqu'un accord est toujours entre deux parties. Dès lors que les Européens disent qu'ils veulent continuer à faire exister l'accord, celui-ci peut exister.»

Madame Alliot-Marie, actuellement députée européenne LR et présidente de la délégation du Parlement européen pour les relations avec la Péninsule arabique, estime «évident» qu'il serait «difficile de faire abstraction de pays comme les États-Unis ou la Grande-Bretagne» pour résoudre la question du nucléaire iranien, mais se montre néanmoins optimiste.

L'ancienne ministre considère que la proposition de Jean-Pierre Raffarin d'établir un G4 composé de l'Allemagne, de la France, de la Russie et de la Chine pour «protéger l'accord [sur le nucléaire iranien]» va dans le bon sens, avant d'expliquer que:

«L'idée de Jean-Pierre Raffarin rejoint l'idée qui est la mienne depuis longtemps, c'est-à-dire qu'il est nécessaire de toujours entretenir un dialogue. Le dialogue ne veut pas dire qu'on est d'accord sur tout, mais il oblige souvent à trouver des solutions.»

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Interrogée sur les raisons qui auraient pu pousser l'ancien Premier ministre à écarter Londres de sa proposition de G4, Michèle Alliot-Marie émet des doutes quant aux futurs choix de la politique étrangère britannique, une fois le divorce avec l'Union européenne consommé. Elle émet l'hypothèse que cette incertitude en matière géostratégique explique l'absence du Royaume-Uni de la solution imaginée par M. Raffarin.

«Il faut interroger le Royaume-Uni en cette période de Brexit pour savoir ce que sont ses choix et ce que vont être ses choix, notamment en matière de politique étrangère. […] Il est évident que la position du gouvernement britannique aujourd'hui nous interroge tous. On ne sait pas très bien s'ils veulent davantage jouer un alignement sur les États-Unis ou s'ils se sentent davantage proches des choix et des visions de l'Europe.»

Pourtant, tout comme l'ancien Premier ministre, l'actuelle députée européenne se prononce pour «le dialogue multilatéral». Michèle Alliot-Marie explique que «ce que propose M. Raffarin est tout à fait cohérent avec [sa] position» et va même plus loin. Regrettant une «attitude très fermée» du gouvernement Hollande, l'ancienne patronne du Quai d'Orsay se fait l'avocate du dialogue en toutes circonstances:

«Il faut dialoguer d'une part et il faut d'autant plus dialoguer avec les grands voisins et j'ai toujours regretté que le Président Hollande par exemple, ait une attitude très fermée. Rompre le dialogue avec la Russie, c'est finalement encourager la Russie à se replier sur elle-même. Et ça n'est pas bon pour le monde, ce n'est pas bon pour l'économie mondiale et ça n'est pas bon, surtout, pour la paix dans le monde. Qu'il y ait un dialogue avec un grand pays comme la Russie, c'est quelque chose dans la logique des relations diplomatiques. Il est évident qu'il en va de même avec la Chine.»

La députée européenne reconnaît qu'il y a «effectivement une tendance à l'unilatéralisme de la part d'un certain nombre de pays» et met en garde contre la mise au ban de la communauté internationale de certains États ou gouvernements:

«Trop souvent au cours de ces dernières années, il y a eu des attitudes de responsables mondiaux —et j'y inclus Barack Obama- qui ont voulu isoler ou exclure certains pays et cela est extrêmement dangereux. On peut ne pas être d'accord avec un autre gouvernement, mais on doit toujours le dire. C'est à partir de ce dialogue que l'on peut se comprendre et que l'on peut avancer.»

A l'échelle européenne, Michèle Alliot-Marie explique que les 28 États membres ont déjà une «vision commune» sur de nombreuses problématiques découlant de l'accord sur le nucléaire iranien, par exemple le programme de missiles balistiques de Téhéran, mais concède:

«Il faudrait une diplomatie européenne qui soit plus forte, plus volontariste et qui puisse à la fois marquer son indépendance, mais également être à même d'exercer une réelle pression.»

Raffarin propose un G4 sans le Royaume-Uni pour résoudre la question du nucléaire iranien
Car, maintenant que les États-Unis sont sortis de l'accord sur le nucléaire iranien, l'Union européenne se retrouve malgré elle garante non seulement de l'application de l'accord et de la non-nucléarisation de l'Iran, mais aussi, comme l'explique Michèle Alliot-Marie, de la stabilité dans cette région sous tension:

«Avoir un Iran doté de l'arme nucléaire, cela veut dire que l'on aurait une Arabie saoudite dotée de l'arme nucléaire. Ce n'est bon pour personne. Il est évident qu'il y a eu un accord, qu'il faut faire respecter cet accord; il est vrai aussi qu'il y a des tensions sur un certain nombre de points et l'Europe peut certainement jouer un rôle pour essayer de maintenir un dialogue et d'apaiser les tensions.»

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