Moines de Tibhirine: l’ex-directeur de la DST s’attaque à Alain Juppé

Yves Bonnet, ancien directeur de la DST, s’est violemment attaqué à Alain Juppé dimanche pour avoir empêché la collaboration de ce service avec l’Algérie, dans l’affaire de la mort des sept moines trappistes du monastère de Tibhirine, en 1996, dans la région algérienne de Médéa.
Sputnik

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L'ancien directeur de la Direction de la Surveillance du territoire (DST) Yves Bonnet a fait comprendre qu'Alain Juppé, Premier ministre de Jacques Chirac au moment des faits, avait une part de responsabilité indirecte dans la mort des sept moines trappistes de Tibhirine, dans la région de Médéa, en Algérie, en 1996, dans un entretien donné à Ennahar TV, le 8 avril 2018. Yves Bonnet reproche notamment à Alain Juppé «d'avoir interdit à la DST de coordonner le renseignement» avec les autorités militaires algériennes.

Tout en fustigeant la campagne qui a visé l'armée et les services de sécurité algériens, l'ancien directeur de la DST a déclaré que:

«ce mensonge alimentait une polémique qui n'avait pas du tout lieu d'être, de la part des autorités françaises et en particulier de monsieur Juppé, je n'hésite pas à le dire, qui a eu une attitude incompréhensible, quand il a interdit à la DST de dialoguer avec les services algériens. Donc une tragédie d'une part et un faux procès d'autre part».

«C'est un faux procès qui est fait à l'Algérie et plus singulièrement à ses services de sécurité et à son armée, en grande partie par les Français, en grande partie par les médias français, et ce n'est pas à leur honneur, qui ont voulu absolument trouver dans cette tragédie les éléments d'une démarche vicieuse, hypocrite et pernicieuse des autorités algériennes», a-t-il ajouté.

​Et d'expliquer les objectifs de la ladite campagne politico-médiatique en ajoutant qu'«on a voulu faire croire au public français et au-delà au monde entier que ces moines n'étaient pas du tout tués par les terroristes mais qu'ils ont été victimes d'une bavure de l'armée algérienne et des services algériens. C'est un mensonge, c'est un mensonge criminel, parce qu'ils visent d'une part à salir des gens qui ne le méritent pas, et je rappelle que les services algériens ont perdu 50 hommes dans la traque des terroristes à la suite de l'enlèvement [des moines, ndlr]».

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Lors de la guerre civile algérienne des années 1990, sept moines trappistes du monastère de Tibhirine, dans la région de Médéa, en Algérie, ont été enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 et séquestrés durant plusieurs semaines. Leur assassinat a été annoncé le 21 mai 1996 dans un communiqué attribué au Groupe islamique armé (GIA). Cependant, seules les têtes des moines sont retrouvées le 30 mai 1996 à quatre kilomètres au nord-ouest de Médéa.

La polémique qui a visé les autorités algériennes a fait écho aux déclarations du général François Buchwalter, attaché de défense à l'ambassade de France à Alger entre 1995 et 1998, et selon lesquelles les moines de Tibhirine n'ont pas été exécutés par le GIA, mais ont été victimes d'une bavure de l'armée algérienne, selon le journal El Watan, dans son édition du 2 avril 2018. Cet ancien officier de la DGSE aurait rapporté les propos d'un citoyen algérien, dont le frère était un officier de l'armée algérienne, qui lui aurait dit que ce sont «des militaires algériens qui ont tiré, à partir d'un hélicoptère, sur un bivouac qu'ils découvriront par la suite être celui des moines», selon le même journal.

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Cependant, cette thèse a été battue en brèches par les résultats de l'expertise des échantillons des cranes des moines, remis par les autorités algériennes à la justice française en juin 2016, a précisé France Info le 29 mars 2018. «L'analyse au micro-scanner n'a pas révélé de particules métalliques sur les sept prélèvements osseux», indique le rapport d'expertise selon le média, «un constat qui affaiblit la thèse d'une bavure d'un hélicoptère de l'armée algérienne, comme l'indique un témoin dans le dossier judiciaire», a-t-il ajouté. «Il convient cependant de relativiser cette conclusion dans la mesure où des particules de très petite taille peuvent être en dessous du seuil de détection du micro-scanner», ont ajouté les experts, selon la même source.

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