Blocage du développement industriel en Afrique, quelles en sont les causes et solutions?

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Planète, image d'illustration  - Sputnik Afrique, 1920, 24.11.2022
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Alors que l'Union africaine tient un sommet extraordinaire sur l’industrialisation, certaines institutions multilatérales, comme la Banque mondiale, "ne veulent pas parler du développement industriel en Afrique et en découragent toutes perspectives", estime auprès de Sputnik un analyste dans le domaine.
Regorgeant de diverses ressources, le continent africain reste le moins industrialisé du monde. L’analyste et conseiller en développement industriel, Papa Demba Thiam, a partagé avec Sputnik sa vision des entraves qui se dressent devant les pays africains en la matière.
Le spécialiste rappelle que, de la même manière que l’Afrique avait été partagée en propriétés coloniales, les trois institutions - la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et le GATT (devenu Organisation mondiale du commerce) - ont été créés entre 1944 et 1947, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, "pour garantir à leurs actionnaires majoritaires un accès équitable aux ressources dont leurs économies ont besoin pour assurer leur développement".
"C’était, disait-on, pour leur éviter de se faire la guerre, certains d’entre eux ayant des colonies à piller, d’autres pas. Il faut se souvenir qu’à cette époque, la plupart des pays Africains étaient des colonies. Et que ce sont les pays africains qui abritaient et abritent toujours ces mêmes ressources."

Endettement des États africains

Ainsi, "on ne peut pas croire" que des institutions qui ont été fondées sur un tel objectif fondamental sont en mesure de faciliter la transformation des matières premières en Afrique, alors que leurs actionnaires veulent avoir l’exclusivité de cette transformation dans leurs propres pays, juge le spécialiste.
C’est pourquoi, selon lui, ces mêmes institutions multilatérales "ne veulent pas parler de l’industrialisation en Afrique et en découragent toutes perspectives d’une manière ou d’une autre."
Et il leur est d’autant plus facile de bloquer l’industrialisation en Afrique que la plupart de ses États sont endettés auprès de ces mêmes institutions et de leurs États-membres actionnaires, "ce qui oblige leurs gouvernements à suivre leurs prescriptions pour avoir de quoi assurer leurs dépenses de fonctionnement".

"Repenser le rôle de la monnaie"

Prié de donner son avis sur le rôle de l’appartenance de l’Afrique de l’Ouest à la zone franc CFA dans l’industrialisation, Papa Demba Thiam a souligné que, pour la soutenir, ces États "devraient avoir des politiques de crédit qui soient basées sur les besoins de développement de chaînes de valeurs par la transformation industrielle de leurs ressources".
"Il faut donc, pour ces pays, repenser le rôle de la monnaie de fond en comble pour l’arrimer aux objectifs de développement industriel qu’il leur faut commencer à définir de manière très précise, avec des stratégies, des programmes, des projets et des interventions pertinentes."

Partenariat avec la Russie

L’interlocuteur de Sputnik a également commenté le fait que plusieurs pays africains se montrent intéressés par des projets conjoints avec la Russie dans la mise en place d’infrastructures sur le continent.
Pour lui, Moscou pourrait aider ses partenaires africains "à se doter de l’expertise nécessaire à orienter le développement des investissements en infrastructures y compris en énergie, de manière à soutenir l’éclosion, la lisibilité et la transformation des opportunités économiques par le secteur privé africain, russe et même international". "Parce que cette capacité qui est essentielle, n’existe pas dans beaucoup de pays africains", conclut-il.
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