La guerre chimique américaine "n’est pas finie" pour le Vietnam

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Vietnam - Sputnik Afrique, 1920, 10.08.2022
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Des mutations génétiques et une contamination du sol qui s’étend à des centaines de kilomètres loin des zones d’impact. Si plus de 60 ans se sont écoulés depuis les premiers jets de produits chimiques sur le Vietnam du Sud, les nouvelles générations en souffrent toujours, explique à Sputnik le directeur d'un centre de recherche russo-vietnamien.
Le 10 août 1961, les États-Unis ont commencé leur guerre chimique au Vietnam. Sur 10 ans, l’aviation y a dispersé 77 millions de litres de défoliants, dont 44 millions contenant de la dioxine, provoquant des mutations génétiques chez les êtres humains et animaux.
Si сes attaques chimiques datent des années 1960, cette guerre "n’est pas finie" pour le Vietnam, estime, dans une interview pour Sputnik, le professeur Andreï Kouznetsov, directeur russe du Centre tropical de recherche et de technologie russo-vietnamien. Les effets néfastes de ces attaques sont d’envergure pour la nature, mais impactent également les êtres humains. En effet, une fois rentrées dans un organisme, les dioxines l’affectent de manière semblable à celle de VIH.
"[Les dioxines] peuvent provoquer des cancers, des défaillances du foie, de la peau, de l’appareil respiratoire et bien d’autres. La pathologie dioxine est très variée. Le point le plus tragique, c’est qu’elle peut être héritée avec le lait maternel. Plus d’un million et demi de Vietnamiens de trois générations d’après-guerre en souffrent."

La menace plane toujours

Face à la menace persistante des bébés pouvant naître déjà affectés par des anomalies, plusieurs villages restent fermés, et il y a des internats où vivent les enfants souffrant de mutations génétiques. Des scientifiques aident à leur niveau en étudiant l’influence de la dioxine sur le sol. Or, personne n’a étudié l’agissement de ces molécules dans les régions tropicales, précise Andreï Kouznetsov.
"Le Centre tropical russo-vietnamien est le premier et l’unique qui le fait. […] Les molécules de dioxine […] se mêlent aux torrents de pluie, s’enfoncent dans le sol, sont transportées par les nappes phréatiques et ensuite se retrouvent dans des puits, des lacs, des rivières, des mers à des centaines de kilomètres des endroits où elles ont été dispersées."
M.Kouznetsov poursuit en disant qu’il existe quelques "points chauds" de contamination au Vietnam, "les endroits où les Américains ont stocké des armes chimiques lors de l’agression. Partant du Vietnam, ils leur ont tiré dessus avec des mitrailleuses lourdes et les ont laissés ainsi. Par exemple, à Da Nang […] et sur la base militaire américaine à Bien Hoa."
L’expert signale qu’alors que les Américains ont récemment effectué une opération de décontamination du sol à Da Nang et commencent à faire de même à Bien Hoa, en réalité, ce n’est qu’une action de démonstration, parce qu’ils ne vérifient pas le niveau de contamination. Les produits chimiques toxiques sont en effet transportés assez loin par l'eau.

La mission du centre russo-vietnamien

C’est depuis sa création que le Centre tropical russo-vietnamien étudie les conséquences de la guerre chimique américaine au Vietnam.
"Nous avons été chargés de l'objectif suivant: définir si le contact avec la dioxine provoque des mutations génétiques chez un homme, s’il a des effets néfastes sur le sol, la flore et la faune. Notre conclusion: oui, il le fait."
Andreï Kouznetsov insiste que face à ce problème, il faudrait que le Vietnam investisse dans le système de santé de manière beaucoup plus intense que les pays qui n’ont pas été impactés par ces produits toxiques.
"Pour le moment, il est impossible de dire quand les conséquences de la guerre chimique américaine cesseront au Vietnam. Puisqu’[il] est le premier et l’unique pays qui a été exposé à un impact tellement massif de produits toxiques."
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