- Sputnik Afrique, 1920
Crise ukrainienne 2021
Les tensions sont montées entre la Russie et l'Ukraine fin 2021 sur fond de mouvements d’unités militaires dans le sud de la Russie.

Sur la Russie "Londres est ce qu’il y a de plus agressif, davantage que Washington"

© Sputnik . Justin Griffiths-Williams / Accéder à la base multimédiaBoris Johnson
Boris Johnson - Sputnik Afrique, 1920, 16.02.2022
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Malgré des troubles intérieurs qui menacent son avenir politique, le Premier ministre de Grande-Bretagne Boris Johnson se focalise sur l’Ukraine. Explications de l’historien John Laughland, pour Le Désordre mondial.
Se précipiter à l’extérieur en faisant semblant de s’occuper des soucis des autres est un bon moyen de ne pas faire face à ses propres problèmes intérieurs. C’est ce que semble se dire Boris Johnson, accusé d’avoir enfreint les confinements qu’il a imposés à ses concitoyens lors de la crise sanitaire. L’affaire qu’on appelle "Partygate". Des révélations qui ont conduit à des appels à sa démission et à un vote de défiance. S’il semble tenir bon, c’est parce qu’il a l’air de s’investir au maximum sur la scène internationale.
Dans le cadre de son escalade verbale contre la Russie à propos de l’Ukraine, Johnson prétend "craindre pour la sécurité de l’Europe". Le 13 février, le Daily Mail révélait que l’hôte du 10 Downing Street souhaitait mener un "blitz diplomatique" en Europe afin d’"éviter la guerre en Ukraine". John Laughland, historien titulaire d’un doctorat de l’Université d’Oxford, revient sur l’engagement de la Grande-Bretagne dans le dossier ukrainien. "L’approche belliqueuse de Londres n’est pas du tout la conséquence de quelques ennuis intérieurs [en référence au Partygate, ndlr]. La politique étrangère britannique est depuis longtemps d’une russophobie déconcertante," tempère-t-il.
L’engagement de la Grande-Bretagne en Ukraine est "justifié" par une rumeur diffusée le 11 février par Joe Biden en personne, lors d’un appel à ses alliés occidentaux. Il affirmait sans preuve que la Russie pourrait envahir le pays voisin le 16 février. Un soi-disant projet que le Président ukrainien Zelensky a exigé de consulter, n’étant pas lui-même au courant de telles rumeurs et que les Américains eux-mêmes ont dû nuancer depuis.
"Il n’y a aucun nouvel élément, bien au contraire. Londres est sur une vision idéologique de son conflit avec la Russie, là où les pays continentaux (Allemagne et France) ont une ligne plus nuancée. Macron a même essayé de désamorcer la crise, le chancelier allemand aussi. Londres est ce qu’il y a de plus agressif, davantage que Washington", constate l’historien.
Toujours dans une optique belliqueuse, en janvier dernier, le ministère britannique de la Défense a confirmé qu’il fournirait pour la première fois à l’Ukraine des armes antichars, ainsi que des instructeurs militaires. Plus récemment, Londres a promis un soutien économique à Kiev.
"La Grande-Bretagne est un pouvoir militaire important en Europe. Londres essaie de renforcer cette présence militaire et ce rôle sécuritaire en Europe pour compenser la perte d’influence que peut représenter le Brexit dans la mesure où le Royaume-Uni n’est plus membre de l’Union européenne."
Cependant, affirme l’expert, la volonté d’engagement militaire britannique directe contre la Russie est inexistante:
"Londres dit depuis au moins dix jours que jamais un seul soldat britannique ne sera envoyé en Ukraine. Les quelques militaires sur place sont rapatriés. C’est tout le côté absurde de cette posture puisqu’aucun pays de l’Otan ne se dit prêt à faire la guerre contre les Russes en Ukraine."
Alors, comment expliquer cette politique étrangère plus idéologique que pragmatique? Laughland évoque un problème systémique au niveau des élites du pays:
"Très souvent, la bêtise explique plus de choses que la conspiration en politique. Il y a une très grande médiocrité au sein des élites britanniques en général, et en particulier au sein du Foreign Office."
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