Modernisation du Tigre: nouveau coup de poignard de Berlin en perspective?

© AFP 2022 PAUL CROCKTigre de l'armée australienne, 24 février 2015.
Tigre de l'armée australienne, 24 février 2015. - Sputnik Afrique, 1920, 22.11.2021
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Alors que la rénovation à mi-vie de l’hélicoptère de combat Tigre accumule officiellement les retards, l’Allemagne lorgnerait sur des Apache de Boeing. La France va-t-elle subir une nouvelle déconvenue, infligée par son partenaire d’outre-Rhin?
Les Allemands mijotent-ils un nouveau coup fourré à l’encontre de Paris? L’hélicoptère Tigre, vitrine de la coopération franco-allemande en matière d’armement, pourrait bien avoir du plomb dans le rotor. Bien que Berlin ait pris part à son développement depuis la fin des années 1970, les Allemands envisageraient d’acquérir des Apache AH-64 afin de remplacer des Tigre qui ont bien besoin d’un petit ravalement…
Précédée par un faisceau de "rumeurs", la bombe a éclaté mi-novembre sur Twitter, lâchée par le journaliste spécialisé Gareth Jennings. Le Britannique tiendrait son information directement de Boeing. Tout cela au moment où les négociations sur le dossier de la modernisation (standard 3) du Tigre patinent!
Ces révélations sont d’autant plus embarrassantes pour Paris que, au-delà de la demande d’informations émise par Berlin auprès de l’avionneur américain, on apprend également que celui-ci y aurait répondu… "avant la crise du Covid." Bref, les Allemands jouerait-ils un double jeu?
En effet, cela fait de très longs mois qu’ils font obstruction sur ce dossier de la rénovation à mi-vie de l’hélicoptère de combat. Également via Twitter, Florence Parly avait annoncé dès mai 2018 le lancement du programme de mise à jour du Tigre. Une "nouvelle étape pour l’Europe de la défense et la consolidation de notre industrie", s’était alors gargarisée notre ministre de la Défense.
Une mise à niveau indispensable afin de maintenir l’hélicoptère en service "au-delà de 2040" et d’en perfectionner les possibilités en matière de combat collaboratif: un impératif à l’heure du revirement doctrinal des forces françaises dans la perspective d’un conflit de haute intensité.

Des conséquences sur les capacités opérationnelles de l’armée française

C’est en février que transparaît un premier désaccord autour du Tigre. Lors d’une conférence de presse, donnée à l’issue du Conseil franco-allemand de défense et de sécurité, Angela Merkel annonce qu’il y aurait "encore toute une série de négociations à conduire" quant à la modernisation de l’hélicoptère de combat. Des réserves allemandes alors éclipsées par les revendications de l’exigeante chancelière sur le Système de combat aérien du futur (SCAF).
En juin, la parution d’un rapport semestriel de la Bundeswehr alerte la presse spécialisée. Dans ce document, la Défense allemande reconnaît que le programme Tigre Mk3 "a été retardé" et que le premier exemplaire modernisé n’est pas "attendu" avant 2028. Soit deux ans de retard sur le calendrier initial. Depuis, les inquiétudes vont croissant.
Il faut dire que les effets seraient lourds pour la France si l’Allemagne venait à lui faire faux bond. Des conséquences dans un premier temps budgétaires, pour un programme estimé à 5,5 milliards d’euros et dont l’équilibre dépend de la participation germanique.
L’impact serait également opérationnel: si Berlin n’a plus l’usage de ses Tigre, l’armée française demeure déployée au Mali où ces hélicoptères d’appui jouent un rôle clef. Agiles et furtifs, ceux-ci sont taillés pour répondre aux besoins des forces françaises dont des éléments peuvent se retrouver engagés dans des missions contre-insurrectionnelles au cœur de zones urbaines. Développés pour encaisser des tirs antiaériens des blindés de l’Armée rouge, les lourds Apache américains sont quant à eux employés comme de véritables plateformes mobiles de tirs à longue distances.

Après les patrouilleurs maritimes, nouveau faux bond teuton?

Enfin et surtout, une sortie de l’Allemagne du programme Tigre aurait des conséquences politiques majeures. Ce "serait un constat d’échec", confiait en avril le PDG d'Airbus Helicopters à La Tribune. "Je n’imagine même pas que les Allemands puissent acheter américain au regard des enjeux", ajoutait-il comme pour se rassurer. Mais depuis, du côté de la firme de Marignane, on cache de plus en plus mal une forme d’irritation inquiète devant les atermoiements allemands.
Un agacement d’autant plus fort que ce ne serait pas la première fois que l’Allemagne lâche Paris en rase campagne. Déjà sur le programme d’avions patrouilleurs maritimes (Maritime Airborne Warfare System, MAWS), lancé en juillet 2017 au même moment que celui du SCAF, les voisins d’outre-Rhin ont changé leur fusil d’épaule en optant pour des P-8A de Boeing plutôt que d’attendre le développement d’une solution franco-allemande.
Boeing P-8A Poseidon - Sputnik Afrique, 1920, 10.07.2021
Patrouilleurs maritimes: Berlin laisse Paris sur le tarmac
Le programme Système principal de combat terrestre (abrégé en anglais MGCS pour Main Ground Combat System) fait également grincer des chenilles. En effet, comme dans le cas du SCAF, Berlin a rompu l’équilibre entre industriels français et allemands en imposant Rheinmetall. Les négociations sont donc enlisées, relate Opex360. Tant et si bien que le chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Pierre Schill, a évoqué une "solution franco-française" pour succéder au Leclerc en cas de blocage persistant outre-Rhin.
Reste à savoir ce qu’il en sera des autres programmes franco-allemands en matière d’armement, comme le Common Indirect Fire System (CIFS) qui prévoit le développement du successeur du canon César. La marge de manœuvre pourrait s’avérer limitée pour Paris, dans la mesure où le fabricant du César, Nexter, a été fusionné sous François Hollande à l’Allemand KDNS afin de créer un "Airbus des blindés". Groupe aujourd’hui sous leadership allemand et qui semble promis à tomber sous la coupe de Rheinmetall.
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