Disparition d’agents de la CIA imputable au "laisser-aller des officiers en charge du recrutement"

Le siège de la CIA à Langley, en Virginie - Sputnik Afrique, 1920, 20.10.2021
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Après la révélation de la disparition d’informateurs de la CIA, Alain Rodier, directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement, décrypte au micro de Rachel Marsden les méthodes de recrutement des agents locaux.
Le New York Times publiait récemment un article basé sur un communiqué top secret envoyé à toutes les filiales de la CIA à travers le monde. Dans ce message, de hauts responsables du contre-espionnage de l’agence s’inquiétaient du nombre anormalement élevé d’informateurs et de sources locales portés disparus ces dernières années.
La direction de la CIA estime que certains de ces collaborateurs –recrutés localement– ont été capturés ou tués. D’autres auraient été retournés et officieraient comme agents doubles pour les services secrets de la Russie, de la Chine, de l’Iran ou du Pakistan.
Un état de fait qui est susceptible de décourager les vocations. En effet, si les espions enrôlés par la CIA se mettent à disparaître mystérieusement, l’agence risque de voir se tarir ses possibilités de recruter des sources locales, ce qui s’avère particulièrement gênant dans les environnements hostiles où elle ne peut pas envoyer ses propres agents sur le terrain.
Le siège de la CIA à Langley, en Virginie (archive photo) - Sputnik Afrique, 1920, 06.10.2021
Les services secrets US auraient perdu des dizaines d’informateurs à l’étranger
La CIA avait déjà reconnu en 2013 que son programme de recrutement d’officiers clandestins, c’est-à-dire qui n’étaient pas des espions en poste en ambassade pour le département d’État, était "un flop colossal". Cet aveu avait été formulé par un ancien haut responsable de l’agence, cité par Tribune Media. Lorsqu’une agence d’espionnage avoue ouvertement de telles faiblesses dans le domaine du renseignement humain, comment peut-elle continuer à correctement remplir sa mission? Et pourquoi la direction de la CIA ne tire-t-elle la sonnette d’alarme que maintenant?
Alain Rodier, ancien officier supérieur des services de renseignement français et directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), affirme que le problème n’est pas nouveau:

"Cela s’était produit en Chine, des sources disparaissaient de façon mystérieuse. Cela proviendrait surtout d’un certain laisser-aller de la part des officiers en charge du recrutement. C’est-à-dire qu’ils ne prendraient plus les mesures de précaution nécessaires avant d’approcher un informateur potentiel."

Même si les services de tous les pays rencontrent les mêmes difficultés, l’ancien officier français estime que l’agence américaine est connue pour ce problème de recrutement dans le milieu de l’espionnage:
"Le gros défaut de nos amis américains, c’est être très sûrs d’eux tellement ils ont de moyens. On peut expliquer cela parce que peut-être les procédures les ennuient et qu’ils vont à l’essentiel en payant cash les informations en dollars."
Et malgré la suprématie américaine dans le domaine du renseignement électronique, Alain Rodier explique pourquoi cette supériorité n’arrive pas à combler les manquements dans le domaine du renseignement humain:

"Si les services américains ont une longueur d’avance sur tous les autres sur le plan technologique, cela ne suffit pas. Il faut un lien humain. Le renseignement technique donne toutes les pièces du puzzle en vrac, c’est le renseignement humain qui peut mettre de l’ordre. Le problème n’est pas le recueil de l’information mais l’analyse qui va en être faite par la personne derrière son bureau. Les Américains savaient très bien que les talibans* allaient prendre le pouvoir en Afghanistan mais ils n’en avaient pas mesuré la rapidité. Or il semble que les services avaient prévenu mais les décideurs n’y ont pas cru."

*Organisation terroriste interdite en Russie
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