La Russie formule aux USA "une série de questions" sur l’alliance AUKUS

© Sputnik . Alexeï Maïchev / Accéder à la base multimédiaMinistère russe des Affaires étrangères
Ministère russe des Affaires étrangères - Sputnik Afrique, 1920, 29.09.2021
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Avec le rapprochement de l’Australie, du Royaume-Uni et des États-Unis et la mise en place de l’alliance AUKUS, la Russie prévoit de poser aux trois pays anglo-saxons des questions, notamment sur la remise de combustible nucléaire enrichi pour le fonctionnement des futurs sous-marins de l’Australie après la rupture de son contrat avec la France.
La Russie a remis ses questions aux États-Unis au sujet de la formation de l'alliance AUKUS (liant l’Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis) et des projets de fourniture de sous-marins à l'Australie. Elle les transmettra également à l'Australie et au Royaume-Uni, a déclaré le vice ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov.
"Nous avons toute une série de questions concernant la création d'AUKUS, que nous avons d’ores et déjà énoncées à la partie américaine. Nous les poserons aussi à nos collègues australiens et nous sommes en train de les formuler aux Britanniques", a-t-il indiqué aux journalistes.
Selon Sergueï Riabkov, ces interrogations comprennent notamment l’aspect suivant: "à quel point un éventuel transfert de combustible enrichi à environ 90% correspond-il aux exigences de non-prolifération [des armes nucléaires, ndlr] et aux engagements de l'Australie dans le cadre de l’accord de garanties de l'AIEA et du protocole additionnel"?
"Nous allons nous en occuper", a-t-il souligné.
Dans le même temps, Sergueï Riabkov a noté que le dossier AUKUS "ne figurerait pas à l'ordre du jour des négociations entre la Russie et les États-Unis sur la stabilité stratégique, mais resterait à l’arrière-plan".

"AUKUS, en tant que tel, nous rappelle à quel point nos collègues américains ont une attitude +légère+ et +décontractée+ envers les régimes de non-prolifération qu’ils appellent les autres à respecter strictement et auxquels ils déclarent toujours leur attachement", a indiqué Sergueï Riabkov.

Une véritable crise a éclaté dans les relations internationales après la décision de l’Australie de rompre son contrat avec la France et de refuser ses sous-marins à propulsion diesel-électrique au profit de submersibles américains à propulsion nucléaire.

La France "dupée"

Expliquant la décision de Canberra, la chaîne de télévision nationale ABC avait précisé que les sous-marins à propulsion nucléaire, comparés à ceux qui fonctionnent au diesel-électrique, étaient plus rapides et plus silencieux et devaient refaire surface moins souvent.
Cependant, l’ancien Premier ministre australien Malcolm Turnbull, à l'origine de l'accord, estime que son successeur, Scott Morrison, a "délibérément dupé" la France. Malgré le nouveau partenariat des trois pays anglo-saxons, aucun contrat concret ne prévoit de doter l'Australie de sous-marins à propulsion nucléaire, a-t-il affirmé ce 29 septembre devant le National Press Club à Canberra.
"L'impression a été créée que le gouvernement australien a remplacé un sous-marin diesel-électrique de conception française par un sous-marin américain ou britannique à propulsion nucléaire. Ce n'est pas le cas", a-t-il souligné.
Selon lui, c’est au cours des 18 prochains mois qu’il s’agira de scruter les possibilités existantes pour savoir si le futur submersible sera britannique, Astute, ou américain, Virginia.
"L'Australie n'a plus du tout de nouveau programme de sous-marins. Nous avons annulé celui que nous avions avec la France et avons une déclaration d'intention avec le Royaume-Uni et les États-Unis pour examiner la perspective d'acquérir des sous-marins à propulsion nucléaire […] Rien n'est convenu. Il n'y a pas de conception, pas de devis, pas de contrat. Seule certitude, nous n'aurons pas de nouveaux sous-marins avant 20 ans et leur coût sera bien supérieur à celui des sous-marins français", a fait remarquer Malcolm Turnbull.
Il a rappelé dans ce contexte que le marché conclu avec la France était le plus grand en matière de défense de l’histoire du pays et a mis en avant l’importance de l'alliance avec la France qui a été, selon lui, "trahie".
"Ce n'était pas seulement un contrat de construction de sous-marins, c'était un partenariat entre deux nations dans lequel la France avait choisi de confier à l'Australie ses secrets militaires les plus sensibles: la conception de leurs derniers sous-marins", a-t-il affirmé.

Le contrat du siècle

Le français Naval Group avait pour sa part accordé une grande importance au contrat et avait conçu "sur-mesure" les bâtiments français pour satisfaire les besoins de l’Australie. Ainsi, en matière de température de l’eau, le groupe a travaillé sur la mise au point de submersibles à l’aise tant dans les eaux tropicales au Nord que dans les mers glacées du Sud.
Ce sont les sous-marins de la classe Barracuda, mais équipés de moteurs diesels-électriques et non nucléaires, qui devaient servir de base aux bâtiments destinés à l’Australie.
L’accord signé en 2016 était le plus gros d’armement jamais passé à une entreprise française. D’un montant de 56 milliards d’euros, il était surnommé "méga contrat" ou "contrat du siècle".
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