Mais, la déclaration faite le 24 juillet au soir par le Président de la République, est grave (1). Elle est grave d'un point de vue constitutionnel. Elle est grave d'un point de vue politique. Elle est grave d'un point de vue moral. Le Président de la République est le premier magistrat. Sa parole est un acte. Si sa parole menace la Constitution, la mine ou la dévalue, c'est très exactement comme s'il avait agi pour subvertir cette Constitution. Si sa parole menace l'ordre politique, c'est très exactement comme s'il avait agi contre cet ordre, comme s'il avait pris des mesures niant la souveraineté du peuple. Si sa parole n'est pas morale, alors de quel exemple pourrons-nous tirer les forces de moralité qui sont nécessaires à la vie politique?
Un acte contraire à la Constitution
La fonction décrite, soit directement soit indirectement, par ces différents articles n'est pas compatible avec la fonction de chef de parti. Bien entendu, la pratique politique nous dit que le Président fait campagne en étant soutenu par un parti ou une alliance de partis. Mais, il est aussi de tradition qu'il abandonne toute position à l'intérieur d'un parti ou d'un mouvement, et qu'il s'abstienne de participer aux réunions du groupe parlementaire qui le soutient à l'Assemblée nationale. Cela participe du principe de séparation des pouvoirs. Quand ses prédécesseurs recevaient les « ténors » de leur majorité respective, que ce soit M. Sarkozy ou M. Hollande, ils le faisaient en privé. En venant dans cette réunion des députés LREM, réunion où la presse n'était certes pas invitée mais était en partie présente, Emmanuel Macron a consciemment et délibérément foulé aux pieds ce principe.
Une subversion de l'ordre politique
Cette manière de revendiquer la totalité de la responsabilité pourrait être considérée comme courageuse, si elle avait été faite devant l'ensemble des français. Mais, tel n'a pas été le cas. Emmanuel Macron a prononcé ces mots devant une assemblée de fidèles qui lui était entièrement acquise et ce alors que les français attendent de lui qu'il s'explique depuis le début de l'affaire. Or, jusqu'à présent, le Président n'a trouvé ni le temps ni le courage de venir s'expliquer devant les français. De plus, il a fait applaudir le nom d'Alexandre Benalla, un homme coupable de violences en réunion et mis en examen pour cela. Ce n'est donc pas un discours de Chef de l'Etat, c'est un discours de chef de clan, de chef mafieux, qui parade devant ses obligés.
L'histoire jugera. Mais, la manière de revendiquer toute la responsabilité, comme si le Président était la seule source d'autorité, est profondément choquante au regard des traditions politiques et de la pratique de la République. La phrase prononcée par Emmanuel Macron subvertit, tant dans la forme que dans le fond, de manière tant directe qu'indirecte, l'ordre politique républicain actuel en France.
Une faute morale
Il ne peut, durant son mandat et devant aucune juridiction ou autorité administrative française, être requis de témoigner non plus que faire l'objet d'une action, d'un acte d'information, d'instruction ou de poursuite. »
La phrase d'Emmanuel Macron prend alors l'apparence d'une rodomontade, d'un défi sans risque. Ce n'est pas une attitude de Chef de l'Etat. Au mieux, c'est une attitude d'enfant en cours de récréation. On peut y voir le manque de sérieux qu'Emmanuel Macron porte tant à sa fonction qu'aux français. Quel que soit le bout par lequel on prend cette déclaration, elle apparaît bien comme une faute morale. Elle s'apparente aux mots qui furent prêtés à Marie-Antoinette: « ..s'ils n'ont pas de pain, qu'ils mangent de la brioche ». On en connaît les suites.
Et si Emmanuel Macron devait être pris au mot, si les français se décidaient — dans un mouvement insurrectionnel ou révolutionnaire — à venir le chercher à l'Elysée, sa provocation aurait des conséquences véritablement incalculables. Après avoir subvertit l'ordre constitutionnel, après avoir subvertit l'ordre politique, son comportement nous conduirait aux portes de la guerre civile.
(5) http://www.europe1.fr/politique/alain-gibelin-persiste-signe-et-contredit-alexandre-benalla-3719993
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