«Les amoureux de la France»: En Marche… à droite!

Les partis c’est ringard, place aux plateformes participatives! Après le succès de celles d’en Marche! et de La France insoumise, des personnalités de droite lancent la leur le 25 octobre. Objectif? Définir un programme d’union des droites et rempoter la prochaine présidentielle… pour l’instant, sans chef de file et avec de petits moyens.

«Les partis politiques sont dépassés. Il y a énormément de Français qui ne se reconnaissent plus dans les partis, 20 millions ne sont même pas allés voter lors de la dernière élection présidentielle, donc l'enjeu est de dépasser les partis politiques.»

Le constat de Damien Lempereur, porte-parole de Nicolas Dupont-Aignan, est sans appel. Et selon lui, la plateforme numérique participative, créée par le collectif «Les amoureux de la France», répond à une vraie attente à droite, du moins hors des appareils partisans:

«On a envie d'éclater ces clivages politiques pour créer les conditions d'un rassemblement derrière un programme commun, qu'on va construire pour enfin gagner les élections et rendre à la France son indépendance.»

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Et de fait, le collectif ratisse large. Lors du lancement de la plateforme le 25 octobre, Nicolas Dupont-Aignan en a présenté les principales têtes d'affiche: Jean-Frédéric Poisson, Emmanuelle Ménard, Nicolas Dhuicq, Jean-Louis Masson, Julien Rochedy ou encore Véronique Besse sénateur Masson. Des personnalités issues de toutes les mouvances de la droite conservatrice, souverainiste ou nationale: Debout la France, le Parti Chrétien-Démocrate, le Front national et les Républicains, ou encore le mouvement de Philippe de Villiers.

«Il y a une recomposition politique "en marche" dans notre pays. Emmanuel Macron réunit ceux qui gouvernaient à tour de rôle pour mener la même politique. Une politique que nous avons toujours contestée, qu'elle vienne de gauche ou de droite. […] Et il y a Jean-Luc Mélenchon de l'autre côté. Est-ce qu'on va laisser la vie politique française monopolisée par M. Macron et M. Mélenchon?»

Nicolas Dupont-Aignan, dans sa présentation à la presse, assume totalement le parallèle avec le mouvement d'Emmanuel Macron… et le contexte politique semble lui être favorable. Si Macron a réussi son OPA sur un vaste centre, allant d'une partie du PS à une frange des Républicains, c'est aussi parce qu'à droite, la machine à perdre tourne à plein régime. En témoignent récemment les embarras actuels chez les Républicains, qui ne semblent pas parvenir à se défaire des Constructifs et dont le probable leader, Laurent Wauquiez, voit son élection déjà contestée… avant même qu'elle n'ait eu lieu.

Quant au Front national, le doute sur la capacité de Marine Le Pen à incarner une alternative crédible à Emmanuel Macron est présent depuis le fameux débat du second tour. Quant au récent départ Florian Philippot, il entraîne une redéfinition de la ligne politique du FN sur l'Europe, dont on ne peut dire qu'elle est pour l'instant très claire.

Une crise des partis de droite qui évoque celle du PS et de LR en 2016, quand Emmanuel Macron avait lancé En Marche. Le moment est-il donc bien choisi pour passer par-dessus la tête de Marine Le Pen et de Laurent Wauquiez?

«En tout cas, leurs électeurs, leurs sympathisants et leurs adhérents veulent ce rassemblement. Ce que feront les chefs avec leurs chapeaux à plumes, ici ou là, je ne sais pas, mais tous ceux qui croient en Marine Le Pen, tous ceux qui croient en Laurent Wauquiez, je pense sincèrement, qu'ils partagent avec nous 90 à 95% des idées et je pense qu'ils attendent vraiment ce rassemblement», estime Damien Lempereur.

Un diagnostic que partageait Robert Ménard à notre micro le 20 octobre dernier. De plus, en lançant cette participation populaire, «les amoureux de la France» proposent au Français de s'investir eux-mêmes dans la reconstruction de la droite comme l'avait auparavant réalisé En Marche et sa ligne «ni droite ni gauche».

La comparaison pourrait toutefois s'arrêter là. En effet, Emmanuel Macron bénéficiait dès le lancement de son mouvement d'appuis politiques et financiers importants, sans même parler d'une intense et bienveillante curiosité des médias.

«Tout l'enjeu pour nous cela va être de nous appuyer sur les Français, les citoyens et tous les médias alternatifs qui voudront bien relayer ce message. Au-delà de cette base, plus on aura d'importance et plus la dynamique sera présente, plus nous arriverons à entraîner une dynamique nationale dans les grands médias et à intéresser des gens qui financièrement pourront peut-être souhaiter nous aider en faisant des dons ou alors en adhérant à nos différentes structures,» espère Damien Lempereur.

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Si les petits ruisseaux font les grandes rivières, égaler la puissance de frappe d'Emmanuel Macron en matière financière ne sera pas évident, tant le Président avait su rallier de puissants donateurs, même s'il avait pris grand soin de mettre en avant son financement citoyen. Quant à l'influence des médias sur l'opinion, «Les amoureux de la France» ont suffisamment dénoncé le nombre de «Une» consacrées à Emmanuel Macron pour savoir à quoi s'en tenir.

Bref, le mouvement vient juste d'être porté sur les fonts baptismaux, mais le chemin est encore long pour rassembler plus de 50% de la population française autour d'un candidat susceptible de s'imposer à tous les petits et grands ténors de la droite.
C'est là un autre défi majeur qui attend ces rassembleurs: En Marche! était construit autour de la personnalité du futur Président, tandis que les «Amoureux de la France» «se rassemblent à égalité sans que l'un ait le dessus sur les autres», comme l'explique Damien Lempereur:

«La plateforme n'appartient à personne, c'est vraiment une plateforme qui n'est pas partisane et tous les citoyens pourront participer en répondant aux sondages, en faisant leur proposition, en nous expliquant quelle est leur conception de la France, c'est vraiment un outil transpartisan.»

Contrairement à En Marche qui avait comme moteur Emmanuel Macron, les «Amoureux de la France» et leur programme, qui sera le fruit de cette participation populaire, devront révéler un candidat susceptible de s'imposer à tous puis au plus grand nombre en 2022.
C'est probablement le défi principal qu'attendent ces rassembleurs. Robert Ménard, absent de la présentation, affirmait déjà sur nos ondes vendredi dernier que ce qui empêchait l'union des droites était justement «les intérêts de boutique; chacun veut être calife à la place du calife».

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De fait, si en phase de lancement, on peut parier sur l'humilité d'hommes politiques et sur leur désir affiché de défendre le bien commun, qu'adviendra-t-il de cette totale égalité, de mise chez «les amoureux de la France», si les responsables et les leaders du Front national et des Républicains rejoignent le train en marche? Ne risque-t-on pas d'assister à un de ces combats des chefs qui ont fait tant de mal à la droite française? Damien Lempereur fait le pari inverse:

«Une fois qu'il y aura un programme commun, ça se fera, je pense, tout naturellement. Les élections présidentielles sont dans cinq ans, l'enjeu aujourd'hui ce n'est pas que chacun reparte dans sa roue à tourner comme des hamsters.»

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