Sputnik: Le début de l'année 2015 a été marqué par des grèves en France et en Belgique contre la politique d'austérité et la baisse des revenus réels de la population. Des réformes structurelles sont-elles indispensables pour la plupart des pays de l'Union européenne?
Bertrand Chokrane: C'est pas exactement des grèves, c'est plutȏt des manifestations contre la politique d'austérité essentiellement, qui ont été menées dans le sud de l'Europe que ce soit l'Espagne ou l'Italie, ou la Grèce, ou le Portugal. On a vu des mouvements soulevés contre la politique d'austérité qui appauvrit fortement la population européenne et qui n'a pas donné de résultats effrontés en termes de taux de chȏmage. Pour la France et la Belgique on tente de faire des réformes structurelles, mais pour la France aujourd'hui il n'y a pas véritablement de réformes structurelles qui ont été entamées, ce qui pose un problème à mesure où on a un déficit publique, qui augmente, et un taux de chȏmage augmentant, et aujourd'hui la problématique française, notamment de quoi nos élites ont le pouvoir réformer notre système, qui est composé à 50-54 % de personnes travaillant pour le service public. Donc, ces personnes sont complètement à l'abri de tout, mais il y a toute une partie de la population, qui ne manifeste pas, les chȏmeurs sont représentés par aucun syndicat, par personne, et personne ne défend leurs droits.
Sputnik: Il existe aussi des risques du système bancaire européenne. Quelle est la position de l'euro et qu'est-ce que vous pensez d'une dévaluation compétitive de l'euro?
Bertrand Chokrane: Déjà c'est pas une dévaluation compétitive de l'euro, mais c'est plutȏt un rêve à dévaluation du dollar, qui est menée par la Réserve fédérale américaine. C'est pas du tout une dévaluation compétitive. Aujourd'hui le pétrole et les matières premières sont pas chers. Mais le jour oû le pétrole et matières premières sont n'est pas à monter, ça va devenir problématique. D'abord un euro faible notamment pour les pays du sud. Donc aujourd'hui il y a une baisse de l'euro, mais il y a très peu d'exportations qui sont hors de la zone euro. Pour le cas de la Grèce je pense que la Grèce va sortir de la zone euro. La Banque centrale européenne et l'Union Européenne demandent à la Grèce 5-6 ans en politique d'austérité. C'est un pays qui aujourd'hui est complétement ruiné et ce qui serait positif pour les grecs c'est effectivement de sortir de cet étau, qui est l'euro, pour pouvoir se refinancer et sortir de la politique d'austérité, qui crée un appauvrissement. Il reste 5 milliards d'euro à peu près de dettes privées et ce sont des banques européennes qui sont exposées à cela. Si la Grèce est en défaut, c'est la France en tant que membre de l'Union européenne devra verser 40 milliards d'euro, et les banques françaises sont fortement encore exposées sur la dette greque.
Sputnik: La croissance française devrait atteindre 1% en 2015 selon les prévisions publiées par la Commission européenne. Est-ce réel?
Bertrand Chokrane: Non, c'est pas du tout envisageable. L'ASCOFRANCE, un organisme de gestion des risques, prévoit une croissance de 0,8%, mais il faut voir que cette croissance en France est essentiellement soutenue par les dépenses de l'état. Il y a une désindustrialisation, l'industrie des services n'est pas repartie et le taux de chȏmage augmente. Donc, c'est une mauvaise croissance, c'est pas la croissance qui va créer un emploi.
Sputnik: La Russie est aussi touchée par la crise économique. Comment appréciez-vous ses perspectives de la remise sur pied?