François comme symbole du changement

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Le conclave tenu dans la chapelle Sixtine du Vatican a élu Pape l'Argentin Jorge Mario Bergoglio âgé de 76 ans. Le fait que cet archevêque de Buenos Aires n'est pas de l'Europe est considéré par certains experts comme la dernière chance du Vatican qui ne trouverait pas ces derniers temps la compréhension de l'Europe séculaire.

Le souverain pontife est le premier de l'histoire de l'Eglise catholique à choisir le nom de François. Cette référence à Saint François d'Assise, fondateur de l'ordre franciscain, l'ordre des frères mineurs, est très importante pour comprendre l'essence des choses. Les franciscains prônaient la misère (ce qui leur valait souvent des accusations d'hérésie car l'Eglise y voyait une allusion à la cupidité de la Curie). En revanche, les franciscains trouvaient une certaine compréhension au sein de la population consciente de la profondeur du fossé séparant sa misère et le faste dans lequel vivaient les évêques préconisant la patience. Soit dit en passant, un compagnon de Robin des bois, le bon vivant Tuck, était un moine franciscain.

Le protodiacre Andreï Kouraev note que François est un apôtre de la misère. Ses idées n'ont pas été créées pour les Européens des temps modernes qui se sont installés depuis longtemps dans la société de consommation. Leur prôner l'autolimitation est privé de sens. Ils ne l'entendront pas. Par conséquent, l'Eglise doit se concentrer sur un autre auditoire. Selon Andreï Kouraev, on peut parler de la transformation du catholicisme en Eglise des pauvres. C'est ici que tout a commencé.

Fioder Loukianov, rédacteur en chef de la revue La Russie dans la politique globale, explique :

« Le plus intéressant du point de vue politique est l'apparition d'un Pape du Nouveau Monde. On a beaucoup parlé de la nécessité de franchir les limites du continent traditionnel. Car le gros des fidèles ne se trouve plus en Europe. En quelque sorte c'est un « Obama catholique ». N'oublions pas que beaucoup ont interprété l'élection d'Obama comme une révolution. Il va de soi que le cardinal Bergoglio a des origines italiennes et appartient à la culture italienne. Mais il n'est pas Italien. De plus, le centre de la politique mondiale se déplace de l'Europe vers d'autres continents. Le renforcement du prestige de l'Eglise catholique romaine qui est une institution mondiale demandait de tourner les regards vers l'Amérique latine où les catholiques sont les plus nombreux ».

L'Europe, au contraire, se sécularise rapidement. La population devient de plus en plus athée. Il faut noter que l'athéisme ne signifie nullement l'anticléricalisme. Tout simplement les athées européens négligent l'Eglise en tant qu'institution sociale. D'autre part, les anticléricaux peuvent être des gens profondément croyants. Mais ils n'acceptent pas les dogmes de l'Eglise qui leur paraissent obsolètes. Le résultat est que les églises sont vides.

Pourtant, la nature ne tolère pas le vide. La place des chrétiens est occupée par les musulmans. Ce processus est évident pour la population européenne indigène. Mais les seuls coupables des problèmes de l'Europe qui rappelle de plus en plus l'Orient arabe sont les Européens eux-mêmes.

L'opinion publique européenne exige l'impossible de la part de l'Eglise catholique. En légalisant les mariages homosexuels, les excès sexuels, la drogue, etc. (la liste complète des péchés mortels), la société européenne érige un mur d'incompréhension entre elle-même et le catholicisme poussant l'Eglise à chercher des horizons nouveaux.

Il se pourrait que l'Amérique du Sud soit la dernière chance pour le Vatican. Là, la foi anime les âmes humaines. Elle n'est pas devenue un refrain culturel désuet, un tribut à la tradition. D'où la liesse qui a gagné les pays latino-américains après l'élection du nouveau pape. Le correspondant de La Voix de la Russie à Buenos Aires, Alejandro Hasinski, témoigne :

« La nouvelle a suscité une vive joie partout dans le pays. Nous avons bien sûr espéré que Jorge Bergoglio serait élu. Mais son élection a également donné lieu à des discussions. L'opinion catholique s'est divisée. D'aucuns sont prudents au sujet de son élection, car Bergoglio est connu pour son attitude négative envers les homosexuels et le mariage pour tous. En la matière, sa position diffère de celle de l'Etat. Il est un adversaire de la légalisation des avortements, du cannabis et des autres stupéfiants. C'est pourquoi son élection n'a pas réjoui tout le monde ».

Le Pape élu est un homme extrémement modeste qui est à l'écoute des plus démunis. Cependant, malgré la popularité de la « théologie de la libération » en Amérique latine, François est un traditionnaliste, voire un conservateur. Ce qui est nécessaire aujourd'hui pour le catholicisme. Il y a l'espoir que le Pape nouveau permettra à l'Eglise de garder son prestige sans renoncer à ses principes éthiques et moraux. De nombreux experts estiment que l'élection de Bergoglio est une décision révolutionnaire du Vatican qui exercera une forte influence sur la vie politique et sociale dans une perspective historique.

Le docteur en droit et spécialiste des rapports entre l'Eglise et le monde laïc José Luis Llaquet indique :

« Il est hors de doute que le Pape François apportera des changements dans la vie de l'Eglise, les changements que nous ne pouvons pas encore apprécier. Des changements interviendront dans les rapports avec le monde extérieur, avec d'autres religions, dans le concept même de l'Eglise catholique.

Je pense qu'ils seront considérables. Ces changements sont attendus par le monde et par l'Eglise. Le Pape devra relever ce défi en s'appuyant sur le soutien de tous les hommes de bonne volonté, pas obligatoirement les croyants ».

Le souverain pontife sera bien sûr obligé de défendre ses convictions. Mais tout porte à croire que tôt ou tard l'Eglise devra revoir sa morale patriarcale. Sinon, elle devra accepter la baisse continue du nombre de croyants dans le monde. Par conséquent, accepter la baisse de son influence socio-politique et s'enliser dans la stagnation qui sera mise à profit par des concurrents plus dynamiques. /L

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