Des négociations associant les Etats-Unis, la Syrie et l'Iran nécessaires pour stabiliser l'Irak (expert)

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LE CAIRE, 7 décembre - RIA Novosti. A l'étape actuelle, le retrait de l'Irak des troupes d'occupation ne peut plus garantir le règlement pacifique dans ce pays, a estimé jeudi dans une interview à RIA Novosti Mohamad Sayed Saïd, directeur adjoint du Centre d'Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d'Al-Ahram.

"Il n'y a pas de solution militaire - ni le retrait des troupes américaines, ni la victoire d'un groupe religieux ou ethnique sur un autre ne contribueront au règlement", a notamment déclaré l'expert égyptien, commentant les conclusions de la Commission Baker-Hamilton, publiés la veille aux Etats-Unis.

Dans son rapport, la commission américaine sous la direction de l'ex-secrétaire d'Etat américain, James Baker, et l'ancien membre du Congrès des Etats-Unis, Lee Hamilton, a recommandé d'entamer le retrait des troupes de l'Irak, après avoir d'abord élaboré une toute nouvelle stratégie de règlement dans ce pays supposant des négociations directes avec Téhéran et Damas.

Selon le politologue, le problème irakien ne peut être réglé aujourd'hui qu'à travers un processus de négociations d'ensemble qui implique toutes les parties intéressées, y compris la Syrie et l'Iran.

Et la recommandation de la Commission Baker d'entamer des négociations entre les Etats-Unis, d'une part, et la Syrie et l'Iran, de l'autre, est cruciale, a souligné le directeur adjoint du Centre d'Etudes Politiques et Stratégiques d'Al-Ahram. Ce disant, l'expert a cependant espéré que les recommandations de la Commission Baker "n'avaient pas pour objectif de sauver le projet d'occupation de l'Irak, mais d'épargner à ce pays une guerre civile et la désagrégation".

Par ailleurs, Mohamad Sayed Saïd a sévèrement critiqué le rôle des pays arabes en Irak qui est, selon lui, pratiquement nul. "Quoi qu'il en soit, ce rôle pourrait être très important, notamment pour persuader les sunnites irakiens d'adhérer au processus politique en cours dans le pays", a-t-il noté.

D'après l'expert, l'ingérence des pays arabes est d'autant plus indispensable que "l'Iran joue d'ores et déjà un rôle clé en Irak, en exerçant un impact notable sur le climat politique et interconfessionnel dans ce pays".

Qui plus est, suppose Mohamad Sayed Saïd, c'est justement à l'Iran que la Commission ministérielle de la Ligue arabe a récemment adressé une mise en garde sur l'inadmissibilité de toute ingérence dans les affaires intérieures de l'Irak. Lors d'une rencontre au Caire mardi dernier, les ministres arabes ont notamment qualifié d'inacceptable "toute ingérence dans la situation intérieure en Irak qui serait dirigée contre l'unité de ce pays". Ils ont jugé tout aussi inadmissible de propager une influence politique et culturelle susceptible d'aggraver la division dans ce pays et de déstabiliser l'ensemble de la région.

"Nul doute que l'Iran a d'ores et déjà porté préjudice à l'Irak, en réduisant ses chances de demeurer un Etat unique", estime le politologue égyptien. "Ses actions (de l'Iran) ne font qu'approfondir l'abîme entre les différentes communautés religieuses et ethniques de l'Irak", a-t-il ajouté.

Néanmoins, a poursuivi le directeur adjoint du CEPS d'Al-Ahram, un tel processus de négociations sur l'Irak associant toutes les parties intéressées, dont l'Iran, est absolument nécessaire. "Il est impossible d'ignorer le rôle de l'Iran, mais le problème réside dans la faiblesse, voire l'absence de position consolidée des pays arabes", a déploré le politologue.

Certains pays arabes exercent leur influence sur la situation en Irak, mais cette influence manque manifestement de système et l'objectif essentiel en est plutôt d'empêcher la réalisation des plans des Etats-Unis, a relevé Mohamad Sayed Saïd. Pourtant, a-t-il indiqué, à présent, beaucoup ne dépend plus seulement ni tellement de la présence des troupes d'occupation en Irak, mais plutôt des plans concrets concernant l'avenir de ce pays, en tant qu'Etat unique, ainsi que des projets, peut-être, de mise en place d'un appareil d'Etat alternatif basé sur les principes démocratiques et indépendant des forces extérieures.

"Autrement dit, il est nécessaire que tous ensemble élaborent enfin une certaine formule de l'avenir de l'Irak qui permette d'éviter le pire des scénarios", a signalé l'expert.

Selon Mohamad Sayed Saïd, le pire scénario d'évolution de la situation serait une guerre civile pouvant dégénérer avec le temps en guerre régionale.

"Si les troupes américaines se retirent finalement de l'Irak, alors que l'Iran élargit son influence et que les provinces chiites dans le sud se séparent de l'Irak, on pourrait finalement être confronté à une guerre civile pouvant dégénérer par la suite en guerre régionale", a averti l'expert.

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