La Russie vue par la presse de la CEI et des pays baltes

S'abonner
UKRAINE

Analysant l'état des rapports ukraino-russes après la visite effectuée par le président russe Vladimir Poutine à Kiev, les médias reprennent la thèse de "l'avantage tactique" du président ukrainien Viktor Iouchtchenko lors des pourparlers avec Moscou qui aurait contraint le Kremlin à abandonner la "politique de pression" à l'égard de l'Ukraine. "La période est révolue où Moscou dictait leur comportement aux dirigeants ukrainiens, il est temps d'entretenir des rapports de partenariat d'égal à égal" (ProUA", 28.03).

On remarque la tendance des médias à occuper des positions différentes à l'égard des dirigeants russes et de la Russie en général. Les milieux officiels de Kiev sont appelés "à ne pas s'attacher à la personnalité" dans l'établissement des nouveaux rapports ukraino-russes. "La Russie est notre voisin de longue date avec lequel nous entretenons depuis longtemps des contacts stables. Nous avons besoin non pas de Vladimir Poutine, mais de la Russie, quel qu'en soit son président" ("Galytski kontrakty", 24.03).

Un grand nombre de publications commentent sur un ton négatif le débarquement maritime russe non autorisé sur le territoire de l'Ukraine, dans la région de Feodossia (littoral Sud-est de la presqu'île de Crimée). Cette action est interprétée par la presse comme une "nouvelle provocation" de Moscou. (ForUm", 25.03).

Essayant de porter une appréciation géopolitique sur la "révolution de velours" en Kirghizie, la plupart des médias partagent la thèse selon laquelle le changement de pouvoir dans ce pays d'Asie correspondrait tout à fait aux intérêts de la politique russe dans la région. "Askar Akaiev est en train d'être remplacé par un conglomérat instable de forces qui comprend: 1) les groupements d'opposition désunis et impopulaires, 2) les groupements régionaux (plus précisément, les groupements du Sud où le facteur ethnique ouzbek est assez puissant), 3) la partie considérable de la nomenklatura d'Akaiev. La Russie peut être un facteur de consolidation de cette alliance instable" ("Podrobnosti", 28.03).

MOLDAVIE

Dressant le bilan de la discussion sur les résultats des élections, la majorité des publications les interprètent comme un témoignage de la perte par le Kremlin de son influence sur la situation en Moldavie. "L'élection du nouveau parlement moldave a été marquée par l'intervention voilée sans précédent du dehors. Mais la Russie a perdu ses "charmes", et notre électorat sa dépendance vis-à-vis de ce pays. Par la suite, nos chemins peuvent diverger" ("Jurnal de Chisinau", 25.03).

La presse rattache l'espoir d'affaiblir le rôle de la Russie aux pourparlers sur la Transnistrie (république autoproclamée sur le territoire de la Moldavie à la population majoritairement russe) à la préparation par l'Ukraine de son projet de règlement en Transnistrie. "Pour la première fois depuis l'accession à l'indépendance, l'Ukraine ne fléchit pas devant Moscou, cette position ne peut pas ne pas susciter l'étonnement". ("Flux", 23.03).

La déclaration commune du commandant adjoint des Forces armées américaines en Europe et du président de la Moldavie sur la nécessité du retrait du contingent de paix russe de la Transnistrie bénéficie de la réaction bienveillante des médias.

ESTONIE

Même si les médias russes sont, comme toujours, accusés de nuire à l'image de l'Estonie, le contexte d'hostilité

à l'égard de la Russie semble s'estomper.

La déclaration du président estonien qui a fait savoir son intention de signer un accord frontalier avec Moscou, s'exprimant aussi de façon optimiste sur l'avenir des rapports russo-estoniens y a contribué, de toute évidence.

Le sujet sur Harri Manilla, ce millionnaire d'origine estonienne qui vit actuellement au Venezuela et qui a collaboré avec les nazis pendant la guerre, diffusé par la chaîne RTR (Russie), a été perçu par la presse estonienne comme un discrédit jeté sur le pays.

Les événements en Kirghizie sont présentés comme une nouvelle défaite de la politique extérieure russe (SL Ohtuleht, 26.03).

Les projets d'un des grands opérateurs du cellulaire russe, Euroset, de prendre pied sur les marchés baltes, suscitent également des commentaires. "Il n'est pas tellement facile à un vendeur de portables de déboucher sur le marché estonien. Le temps des réseaux mobiles distincts est révolu" (Delfi, 28.03.)

La démarche de l'homme d'affaires russe R. Aksenenko qui a remis à titre de don à l'Estonie les archives de l'historien de la littérature Juri Lotman qu'il a rachetées, a suscité de vastes échos dans la presse estonienne. "Cette décision se fonde sur le principe de fonctionnement de la société que je dirige. Socialement, nos soutenons les endroits où nous faisons des affaires et où nous gagnons de l'argent", a dit l'entrepreneur russe (Postimees, 24.03.).

LETTONIE

La décision du président George Bush de visiter la Lettonie au début de mai au cours de sa tournée européenne a été accueillie avec enthousiasme par la presse locale, lui fournissant l'occasion de parler de "brillante victoire de la diplomatie lettonne" sur la Russie. "La politique de la présidente lettonne est bonne et la visite de Bush est une récompense. Il est clair maintenant à Moscou que si ses pressions sur la Lettonie continuent, les Etats-Unis prendront le parti de Riga. A n'en pas douter, il s'agit de la plus grande victoire des pays baltes après le retrait des troupes russes. Cette visite témoigne aussi de la reconnaissance du rôle de notre pays en tant que leader politique de la région ("Diena", 26.03).

Le thème de l' "occupation soviétique" qui ne perd pas de son actualité, et les critiques contre la réaction de Moscou au récent incident devant l'ambassade russe en Suède (incendie revendiqué par l'organisation "Intifada universelle" de la voiture d'un diplomate en signe de protestation contre la guerre en Tchétchénie), ont contribué au maintien du contexte médiatique antirusse.

Un grand nombre d'articles est consacré à la Kirghizie. Annonçant une nouvelle défaite du Kremlin, les médias lettons attirent toutefois l'attention sur la nouvelle - la tactique, prudente, de Moscou dans l'espace post-soviétique. "Son amère expérience pousse la Russie à ne plus soutenir aucune des parties en présence. Mais les paroles prononcées par Poutine lors d'une conférence de presse - selon lui, la faiblesse du pouvoir et les problèmes sociaux et économiques sont responsables des événements de Kirghizie - sont significatives. C'est bien l'ordre des mots qui donne matière à réfléchir : d'abord, la faiblesse du pouvoir, puis les problèmes sociaux. Cela veut dire que la poigne de fer compte plus que le règlement de problèmes" ("Diena", 26.03).

LITUANIE

L'interview accordée à la presse locale par l'ambassadeur russe en Lituanie, Boris Tsepov, qui a qualifié son pays de résidence d'"endroit où se rassemblent les amateurs de scandales" a suscité des commentaires critiques. Mais, quelques jours après, sont apparus des articles désapprouvant les manifestations d'"hystérie antirusse". Qualifiant la Lituanie d' "endroit où se rassemblent les amateurs de scandales", l'ambassadeur (russe) a ainsi brocardé les politiques lituaniens ("Verslo Zinios", 29.03).

Au parlement lituanien, les conservateurs ont violemment critiqué les ministres lituaniens loyaux envers la Russie, Viktor Uspasskih et Kazimiera Prunskiene. "Agissant par l'intermédiaire de ses "créatures" au sein du gouvernement, la Russie a la possibilité de torpiller la solidarité de la politique extérieure lituanienne (Sugardas.lt, 24.03.)

Les médias publient également de nombreux articles sur la coopération entre les entreprises russes et lituaniennes et sur les perspectives du business lituanien en Russie.

GEORGIE

La presse rejette sur la Russie toute la responsabilité des résultats pratiquement nuls des négociations russo-géorgiennes à Moscou sur le retrait des bases militaires russes de la Géorgie. "On assiste à un marchandage ouvert et de surcroît éhonté" ("Kviris palitra", 28.03).

La future visite en Géorgie du Président des Etats-Unis, George W. Bush, le 10 mai prochain, est interprétée par les médias comme un appui apporté par l'Occident à la lutte de Tbilissi contre la "Russie impériale". "Désormais, les "politologues" courtisans de Vladimir Poutine finiront une fois pour toutes de prétendre que "les Etats-Unis n'ont pas d'intérêts en Géorgie" ("24 saati", 25.03). A cette occasion, la presse critique la direction géorgienne pour son incertitude, tout en exhortant Mikhaïl Saakachvili à renoncer à sa future visite à Moscou, le 9 mai prochain.

Les accrochages entre des militaires russes et géorgiens dans la zone du conflit abkhazo-géorgien constituent l'incident le plus scandaleux de la semaine qui a fait couler beaucoup d'encre dans la presse. "Nul doute que les Russes auraient voulu mettre à genoux les militaires géorgiens et même toute la Géorgie avant les négociations russo-géorgiennes à Moscou" ("Sakartvelos respublika", 23.03).

Les médias perçoivent même la faute de la Russie dans la crise énergétique en Géorgie.

"Cette crise énergétique coïncide étrangement avec la demande de retrait des bases russes. On soupçonne que cette pénurie d'électricité a été créé artificiellement, et que c'est même un élément de la politique de la Russie" ("Khvalindeli dgue", 28.03).

ARMENIE

La visite en Arménie du Président russe a provoqué une avalanche de publications très critiques sur la Russie. La déclaration de Vladimir Poutine selon laquelle la Communauté des Etats indépendants (CEI) aurait été créée pour un "divorce civilisé" entre les républiques à l'issue de la disparition de l'Union Soviétique a produit un véritable choc dans les médias. Cette même déclaration a déterminé pour beaucoup l'évaluation de cette visite. "La politique de la Russie dans le cadre de la CEI s'est avérée inefficace. Pour sauver la face, Vladimir Poutine se convainc lui-même que c'était un simple bavardage politique. Néanmoins, ce n'était pas un simple bavardage, mais de très sérieuses intentions géopolitiques. Intentions géopolitiques qui ont échoué" ("Aravot", 29.03).

Résultat, l'attitude de la Russie à l'égard de l'Arménie a été critiquée beaucoup plus que d'habitude. Ainsi, la politique d'"équidistance" que la Russie est en train de pratiquer au Caucase a été très critiquée et tout particulièrement l'actuelle coopération économique et politique de la Russie avec l'Azerbaïdjan et la Turquie.

Une grande attention a été réservée aux événements en Kirghizie. Les médias accusent la Russie de soutenir ouvertement les régimes au pouvoir dans l'espace post-soviétique. "Une telle attitude de Moscou ne peut que provoquer un regain de tendances antirusses dans bien des Etats de la CEI, y compris en Arménie" ("Aravot", 25.03).

Somme toute, les perspectives des relations russo-arméniennes sont évaluées par les médias comme très floues, et le comportement de la Russie dans le cadre du "partenariat stratégique" avec l'Arménie comme malhonnête.

Quoi qu'il en soit, les médias arméniens ne voient pas pour le moment d'alternative à l'union avec la Russie.

AZERBAÏDJAN

Tout en accordant une grande attention à la visite à Erevan du Président russe Vladimir Poutine, les médias supposent que la raison en serait la préoccupation grandissante de Moscou face à la menace d'imminente "révolution de velours" en Arménie, révolution qui pourrait bien signifier pour le Kremlin la perte de son allié le plus conséquent au Caucase. ("Ekho", 28.03).

Or, les médias espèrent que la politique extérieure de la Russie au Caucase déplacera progressivement ses accents du côté de l'Azerbaïdjan. "La coopération économique entre la Russie et l'Arménie ne peut pas donner l'effet voulu, et sur ce plan, les relations avec notre pays ont incontestablement pour Moscou un caractère prioritaire" ("Ekho", 25.03).

Les événements en Kirghizie attirent l'attention particulière des médias. Tout en estimant que les représentants de l'opposition ne pourraient pas revoir la politique pro-russe d'Askar Akaïev, la presse considère la "révolution des tulipes" comme un nouveau signe de l'"effondrement de l'empire" et parle de l'incapacité flagrante de Moscou de contrôler la situation au sein de la Communauté des Etats indépendants. "Il est peut-être inexact de parler de peur, mais la Russie éprouve évidemment de l'anxiété" ("Eni Musavat", 28.03).

Les médias ont perçu la nomination du politologue Modest Kolerov au poste de chef de la Direction près l'administration du Président russe pour des liens interrégionaux et culturels avec l'étranger et la CEI comme une tentative du Kremlin pour arrêter la prolifération des "révolutions de velours" à travers l'espace post-soviétique. ("Ekho", 28.03).

KAZAKHSTAN

L'attention est braquée sur les événements en Kirghizie. Les médias mettent en relief la déclaration de Vladimir Poutine sur les origines politiques et économiques de l'explosion sociale ("Khabar", 25.03).

À l'occasion de la visite officielle de Mikhaïl Fradkov au Kazakhstan, les médias manifestent de l'intérêt pour la personnalité du premier ministre russe. "Tous ceux qui ont jamais collaboré avec Mikhaïl Fradkov le caractérisent comme un homme ouvert, courtois, bienveillant et dont la grande politique masquait les autres qualités" ("Kazakhstanskaïa Pravda", 25.03).

La presse annonce également la ratification par le parlement de l'accord russo-kazakh sur la mobilisation des forces armées dans l'intérêt de la sécurité des deux pays ("Kazinform", 24.03).

KIRGHIZIE

Les médias se focalisent sur la déclaration de l'ambassadeur russe à l'OSCE, Alexeï Borodavkine, qui a accusé cette organisation d'implication dans les troubles en Kirghizie. "L'OSCE devrait faire preuve de davantage de prudence, de précision et de technicité dans l'accomplissement de sa mission" (AKIpress, 24.03).

On cite sans commentaires la déclaration du vice-président de la Douma, Vladimir Jirinovski, invitant la Russie à prêter une assistance active à Askar Akaïev. "Moscou a tort d'atermoyer et ferait mieux d'intervenir pour accorder à Akaïev une assistance, notamment militaire... En cas de victoire de l'opposition, il faudra démanteler la base militaire russe" ("Obchtchestvenny Rating", 24.03).

Certains médias d'opposition restent sceptiques face à la détermination de Moscou à bâtir des relations de bon voisinage avec la Kirghizie actuelle. "Jusqu'ici, la Russie n'arrive pas à adopter une attitude nette à l'égard de la révolution qui s'est produite en Kirghizie" ("Agym", 29.03).

OUZBÉKISTAN

Les médias s'intéressent surtout à la position de la Russie par rapport à la question kirghize. "La Russie doit comprendre ce qu'elle veut et ce qu'elle peut faire en Asie centrale. La situation est très alarmante, et en prenant des décisions comme celle de mettre en place un service pour les affaires de la CEI, la Russie risque de prendre du retard sur les événements" ("Mousoulmanski Ouzbekistan", 26.03).

La presse constate une baisse progressive de l'influence russe au sein de la CEI, ce qui promet à Moscou des conséquences économiques négatives. "L'homme politique le plus pro-russe a perdu. Moscou se retire de l'espace post-soviétique. Et la raison essentielle en est l'immaturité politique de la classe dirigeante russe" (ZamonInfo, 29.03).

TADJIKISTAN

En augurant la disparition imminente de la CEI, les médias l'expliquent par des erreurs de la politique étrangère du Kremlin et mettent en garde la Russie contre le soutien des régimes autoritaires. "La politique étrangère maladroite de Moscou qui se sert de la CEI pour maintenir son influence dans l'espace post-soviétique fait que de plus en plus de pays de la CEI s'en détournent" ("Avesta", 25.03).

Les événements en Kirghizie et les réactions de la classe politique russe ont provoqué de vives répercussions dans les médias tadjiks. L'ambassade de Russie au Tadjikistan a diffusé un communiqué sur la situation en Kirghizie: "Les efforts déployés en dehors du cadre juridique conduisent à une escalade des tensions, exercent un impact négatif sur la situation politique en général et méritent la réprobation" (Tadzhikistan.com, 24.03).

Fil d’actu
0
Pour participer aux discussions, identifiez-vous ou créez-vous un compte
loader
Chat
Заголовок открываемого материала