Sans Détour

Le front des négociations diplomatiques: une main de fer dans un gant de velours

Dans cet épisode de Sans Détour, Karine Bechet et Alexandre Kouzik reviennent sur les nouvelles sanctions européennes, les garanties de sécurité pour l’Ukraine, les déclarations de Macron sur un dialogue avec Poutine et le retour de la "menace russe" dans le discours américain.
Sputnik
Pour Karine Bechet, la tentative de blocus maritime de la Russie par l’Union européenne prolonge la pratique initiée par les États-Unis avec l’arraisonnement du navire russe le Marinera:
"Sur la base de ce qui est devenu un précédent, il y a eu une démultiplication des arraisonnements de navires, et pas uniquement en ce qui concerne la Russie d'ailleurs, mais surtout en ce qui la concerne. Donc, on a un peu l'impression que, d'une certaine manière, les États-Unis ont donné le la. L'Union européenne rentre dans ce jeu, applique et suit une ligne qui va complètement à l'encontre de ses intérêts et met en place des sanctions, afin d'essayer de donner une base juridique à une pratique qui est illégale".
Pour Karine Bechet, d’une manière stratégique, les sanctions ont eu un effet bénéfique pour la Russie:
"Toutes ces sanctions ont obligé la Russie à réindustrialiser, à redévelopper les écoles d'ingénieurs, à redévelopper la production nationale et à redévelopper des technologies. Il ne faut quand même pas oublier qu'en Russie, avant, sous l'époque soviétique, il y avait une culture technologique extrêmement développée".
Selon Karine Bechet, un accord négocié sur l’Ukraine ne permettrait pas de régler fondamentalement la question de la sécurité de la Russie:

"La question du contrôle du territoire reste, puisque justement l'Ukraine est 'l'objet'. Si l'Ukraine était un sujet, la question ne se poserait pas. Ça rappelle un petit peu la situation de l'Allemagne après la Seconde Guerre mondiale, sauf que là, la partition se faisait entre Alliés. Et que l'Allemagne, qui était un sujet, avait subi une défaite militaire totale. Là, nous sommes face à un territoire qui finalement va devoir rester contrôlé par l'Occident, parce qu'il est évident que, malheureusement, dans ce cas-là, cet accord de paix ne serait peut-être rien de plus qu'un Cheval de Troie".

Mark Rutte a précisé que les art. 4 et 5 du Traité de l’OTAN ne seraient pas activés en cas de frappes russes contre les contingents présents en Ukraine "après" la signature d’un accord de paix. Pour Karine Bechet, cela démontre la véritable nature de cette organisation:
"Cet article n'a été mis en œuvre qu'une seule fois en 2001, parce que les États-Unis ont été attaqués lors des attentats du 11 septembre. La question qui se pose ici aussi est de savoir si finalement l'OTAN n'est pas en quelque sorte l'obligation des autres pays envers les États-Unis pour défendre les intérêts américains lorsque les États-Unis estiment que leur sécurité est en danger".
La Russie avait proposé aux pays européens un accord de non-agression, qui a été refusé, puisque selon Karine Bechet en fournissant du renseignement militaire, en formant l’armée et en assurant l’approvisionnement en armes, ils sont parties au conflit en Ukraine :

"Aujourd'hui, tous les pays qui fournissent des missiles, c'est à dire à peu près tous les pays de l'Otan actuellement, notamment les États-Unis, agressent la Russie. Donc ils peuvent pas signer".

Quand Macron propose de renouer le dialogue avec la Russie, il ne faut pas, selon Karine Bechet, le prendre comme une véritable volonté de normalisation de la situation:
"Sa coalition de volontaires, à lui et au Premier-ministre britannique, ne développe pas un engouement particulier, en tout cas en Occident. Les populations sont franchement opposées à l'envoi de militaires réguliers français, en tous cas. Il est évident que dans cette configuration du conflit, je répète, dans cette configuration du conflit aujourd'hui, l'armée atlantico-ukrainienne a du mal. Elle recule quand l'Armée russe avance. Donc, il faut absolument réactiver le front diplomatique".
Les États-Unis réintroduisent à divers niveaux la notion de " menace russe " dans leurs déclarations, ce qui, pour Karine Bechet, souligne bien leur vision globaliste, notamment en ce qui concerne l’importation de pétrole russe par l’Inde :
"Nous sommes là aussi dans la Doctrine du Rollback et à nouveau le danger, puisque l'on parle quand même dans la publication de la Maison Blanche de 'menace pour la sécurité nationale liée au gouvernement de la Fédération de Russie'. Et donc, si l'on rapporte cela à cette mesure très concrète qui est prise, ça veut dire que les États-Unis, donc les Atlantistes et les Globalistes, considèrent que le fait que le gouvernement russe entretienne de bonnes relations avec des gouvernements d'autres pays, en soi, constitue une menace pour les États-Unis. Si ça, ça n'est pas une réaffirmation d'une volonté de globalisation sauvage, c'est quoi?"
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