Sans Détour

"L'élément le plus important pour maintenir la souveraineté est la souveraineté informationnelle"

Dans cet épisode de Sans Détour, Alexandre Gouchine, docteur en histoire, vice-directeur du Centre des pays de l’étranger proche à l’Université russe des sciences humaines, politologue, vient discuter de la sécurité de l’information en Russie, du soft power occidental en Asie centrale et de l’importance des relations avc l’Afrique.
Sputnik
Pour Alexandre Gouchine, d’une manière générale:
"La sécurité de l’information est l’une des composantes essentielles de la sécurité globale d’un État moderne. Parce que nous comprenons que les défis contemporains ne se concentrent pas uniquement dans les domaines géopolitiques, géoéconomiques, militaires, sociaux, etc., mais bien sûr aussi dans les domaines informationnels, et même, je dirais, cognitifs et informationnel-psychologiques".
C’est d’ailleurs ainsi que l’Occident collectif a largement tenté de modifier la conscience nationale en Russie et dans l’espace post-soviétique:
"Nous savons que la dissolution de l'URSS au tournant des années 1980-90 a conduit, dans les années 1990, à une occidentalisation excessive de notre vie, et d'ailleurs de tout l'espace post-soviétique et de l’espace post-socialiste en général, ainsi que de notre propre existence. Et si nous parlons, dans ce contexte, du processus inverse, celui de la reconstitution et du renforcement de la souveraineté du pays".
Il faut se rappeler, comme le souligne Alexandre Gouchine, que les différents pays de l’espace post-soviétique constituaient historiquement un seul pays, un seul espace humain et civilisationnel:
"La dissolution de l'URSS a conduit à la formation de quinze États dans l'espace de l'ex-Union soviétique, y compris la Russie. C'est-à-dire que les quatorze républiques, qui se trouvaient auparavant au sein de l'Union soviétique avec le statut de républiques fédérées, sont devenues des États indépendants. Et bien sûr, en qualifiant cet espace d'espace post-soviétique, d'espace eurasiatique post-soviétique, ou d'étranger proche pour la Russie, nous entendons qu'il s'agit non seulement d'un voisinage géographique proche, mais aussi de pays politiquement, socialement, culturellement et économiquement proches de la Russie, ce qu'ils ont été et demeurent. D'ailleurs, cela est lié aux questions de sécurité, y compris la sécurité informationnelle et la garantie de la sécurité le long du périmètre de nos frontières".
Pour autant, l’Occident collectif travaille activement à détruire ce lien historique et culturel, selon Alexandre Gouchine:
"Nous constatons que dans les pays de l'espace post-soviétique, non seulement dans ceux avec lesquels la Russie entretient aujourd'hui des relations très conflictuelles ou complexes, mais même dans des pays comme, par exemple, ceux d'Asie centrale, il existe une très forte influence des structures occidentales, principalement dans le domaine du soft power".
Pourtant, comme le rappelle Alexandre Gouchine, la Russie joue un important rôle de stabilisation dans la région:
"La Russie est un pourvoyeur de sécurité pour ces pays. Et nous parlons aujourd'hui de sécurité informationnelle. Mais nous ne pouvons pas ignorer les questions de sécurité militaire, de lutte contre les risques d'extrémisme religieux, de trafic de drogue et d'autres défis liés aux menaces externes. Nous savons que cela est particulièrement pertinent pour des pays comme le Tadjikistan par exemple, et oui, d'autres pays aussi, où des unités russes sont déployées pour assurer cette sécurité".
La question du contrôle des esprits et donc, de la jeunesse, est centrale:
"La concurrence pour la jeunesse existe, sans aucun doute. Ici aussi, il faut être réaliste et comprendre que, naturellement, dans l'espace de l'Asie centrale et du Caucase du Sud, des acteurs extérieurs à la région sont également actifs. Par extrarégionaux, j'entends d'ailleurs non seulement l'Occident, mais aussi la Turquie par exemple, qui a organisé des universités en Asie centrale et y dispense des enseignements. Une influence très sérieuse a aussi été et est exercée par ce biais. Et bien sûr, l'influence occidentale à travers ce type de programmes ciblant le public jeune. Nous le comprenons parfaitement".
Sur le plan général de la guerre informationnelle et psychologique, les élites occidentales tendent à s’affaiblir dans leurs propres pays, l’affirme Alexandre Gouchine:
"Oui, la guerre informationnelle et psychologique est en cours, mais pour nous, cela ne fait qu'actualiser la nécessité d'assurer notre sécurité informationnelle. Ce ne sont pas deux notions qui s'opposent. Nous savons que les élites libérales européennes, ces dernières décennies, se sont, selon moi, en grande partie tiré une balle dans le pied, en menant une telle politique envers notre pays. Nous voyons ce qu'il advient de l'économie européenne aujourd'hui, avec sa réorientation forcée vers les États-Unis et la crise générale en Europe".
De son côté, la Russie s’adapte et développe des relations stratégiques avec l’Afrique:
"Je voudrais particulièrement souligner, à cet égard, la politique de la Russie visant à intensifier les interactions avec les pays du Sud global, avec les pays d'Afrique avant tout. Nous savons combien de forums ont eu lieu, quels contacts économiques et politiques se développent actuellement entre la Russie et les pays africains. C'est très important car nous renouons ainsi en grande partie avec des pays qui étaient nos partenaires par le passé".
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