Bénéfique pour l’Afrique, le gazoduc transsaharien ne compensera pas le gaz russe pour l’UE

Le gaz nigérian qui est censé parvenir en Europe via le nouveau gazoduc transsaharien, ne pourra pas compenser pour l’UE l’absence du gaz russe, a affirmé à Sputnik le spécialiste algérien du domaine pétrogazier Choeib Boutamine.
Sputnik
La nouvelle conduite gazière transsaharienne (NIGAL, ou TSGP) qui devrait relier le Nigeria au sud de l’Europe en passant par le Niger et l’Algérie, ne sera pas capable de remplacer entièrement le gaz russe livré aux pays européens. Tel est l’avis que Choeib Boutamine, conseiller stratégique de la filière pétrogazière et CEO de la société de conseil algérienne Ranadrill, a développé auprès de Sputnik le 11 août.
M.Boutamine a indiqué que le volume de gaz nigérian ne sera pas suffisant pour stabiliser le marché énergétique en Europe, évoquant ainsi une erreur stratégique dans la politique énergétique de l’UE.
"Bien sûr que non. Il [le gaz du gazoduc transsaharien, ndlr] pourra compenser un peu mais ce ne sera pas suffisant au moment donné. L’UE a mal dressé son pronostic énergétique puisqu’elle n’a pas pu garder les livraisons du gaz naturel russe pas cher, et c’est son erreur historique et stratégique", a affirmé l’expert.
M.Boutamine a rappelé que le projet du TSGP, reconnu à l’époque techniquement et économiquement injustifié à cause du gaz russe plus rentable, avait été réanimé en juillet 2022 par l’Algérie, le Niger et le Nigeria sur fond de crise énergétique affectant les pays industriels de l’UE.
"Bien sûr, ce projet [de conduite transsaharienne, ndlr] pourrait être surtout bénéfique pour le Nigéria, le Niger, l’Algérie et l’Italie (puisqu’elle pourrait devenir un hub gazier européen), mais il serait bien moins intéressant pour la France qui paiera ce gaz plus que les acheteurs en Italie", a conclu M.Boutamine.

Croissance grâce au gaz russe bon marché

La Russie fournissait à l’Europe plus de 155 milliards de m3 de gaz naturel, et si le gazoduc Nord Stream-2 avait été mis en service, les livraisons auraient pu atteindre 210 milliards de m3 de gaz naturel très bon marché par an, a calculé le spécialiste algérien.
Selon lui, la belle époque des ressources bon marché est terminée pour l’Europe. Pour le conseiller algérien, les réussites économiques de l’Union européenne n’étaient dues qu’aux livraisons de gaz provenant des gazoducs, essentiellement depuis la Russie.

Gazoduc TSPG

L'accord sur le gazoduc transsaharien avait été signé pour la première fois par les autorités algériennes, nigérianes et nigériennes en 2009 pour acheminer du gaz nigérian à l’Europe via le Niger et l’Algérie. Suspendu ensuite pour plus de 13 ans, le projet a été réactivé en juillet 2022 au milieu de la crise énergétique qui frappait l’UE.
La capacité du TSGP devrait atteindre 30 milliards de m3 de gaz par an. Le coût du projet est estimé à 13 milliards de dollars.
Lors de son lancement en 2009, le coût d’investissement du TSGP était estimé à 10 milliards de dollars. D’une longueur de 4.128 km, dont 1.037 km passeraient par le territoire nigérian, 841 km au Niger et 2.310 km en Algérie, ce gazoduc permettra également d’approvisionner en combustible bleu les pays du Sahel.
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