"Le dollar n’est pas aussi solide que le disaient ses idéologues"

Le conflit en Ukraine et les sanctions antirusses qui l’ont suivi ont accéléré le processus de dédollarisation déjà en cours depuis la crise économique de 2008, a délaré à Sputnik un analyste économique mexicain. Selon lui, "on va assister à une recomposition d'une nouvelle structure de paniers de devises".
Sputnik
Si le Fonds monétaire international (FMI) reconnaît que les sanctions économiques imposées à Moscou en lien avec le conflit en Ukraine n'ont pas fonctionné, cela signifie que l’évolution de l'économie mondiale vers la multipolarité est plus rapide que ne le reconnaît l'Occident, estime l’analyste économique Oscar Rojas.
Le 28 avril, le FMI a publié un rapport indiquant que l'Europe avait été éprouvée par les sanctions économiques antirusses. Son approvisionnement en ressources énergétiques est en effet limité, alors que la Russie "s'est avérée plus résistante aux sanctions que de nombreux analystes ne l'avaient initialement prévu".
M.Rojas, docteur en économie politique de l'Université nationale autonome du Mexique (UNAM), estime que la transformation économique vers un monde multipolaire "est plus rapide qu'on pouvait l’admettre".

Une chance ratée

"Le dollar était dans l'histoire immédiate la dernière monnaie qui avait la possibilité de prendre le contrôle de près de 90% des transactions [internationales]. Donc, désormais, on va assister à une recomposition d'une nouvelle structure de paniers de devises", a-t-il expliqué à Sputnik.
Il a indiqué qu’après la Seconde Guerre mondiale, l’ordre économique mondial s’était retrouvé sous le contrôle unilatéral de l'économie, ce qui permettait aux sanctions de fonctionner "dans ce contexte d'unilatéralisme".

Malgré la résistance, le monde unilatéral ne fonctionne plus

"Ce monde unilatéral ne fonctionne plus, il n'existe plus. Cela tient aussi à l'accélération de l'intégration qui s'est produite avec le projet de mondialisation après la chute du mur [de Berlin]", avance l’analyste.
Selon lui, le conflit en Ukraine et les sanctions économiques ont accéléré le processus de dédollarisation déjà commencé après la crise économique de 2008 et qui s'est accéléré après le printemps arabe.
"Tout le monde s'est rendu compte qu'après la crise de 2008, et maintenant avec ces processus d'inflation mondiale, il était clair qu'une monnaie comme le dollar n'était pas aussi solide que le disaient ses idéologues."
"Il y a encore de la résistance et c'est naturel. Les phénomènes historiques ont toujours une période pendant laquelle, pour ainsi dire, ils peuvent mourir en une décennie et finir idéologiquement par disparaître avant le début de la décennie suivante. Il y a encore une phase d'adaptation et de compréhension de nouveaux phénomènes", conclut-il.
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