Arnaques amoureuses en ligne: le Kenya et la Côte d’Ivoire en première ligne

De nombreuses techniques sont utilisées par les escrocs pour soutirer de l’argent à leurs victimes en ligne. Les personnes fragilisées et démunies seraient leurs cibles de prédilection.
Sputnik
Au Kenya, un phénomène d’escroqueries téléphoniques effectuées depuis des prisons prend de l’ampleur. Des centaines de prisonniers ont envoyé des milliers de SMS quotidiens depuis une prison de haute sécurité à Nairobi, un véritable call center, relate Numérama.
Les délinquants se procurent des téléphones mobiles des plus simples, explique au média Patricia Musomba, experte en cybersécurité. Ensuite, ils tapent des numéros de téléphone au hasard, passant parfois des journées à envoyer des messages ou à appeler jusqu’à tomber sur une personne susceptible de créer un premier contact.

"Les prisonniers se font passer pour des personnes étrangères, le plus souvent d’origine américaine, venues au pays pour faire du télétravail. La rencontre avec un riche expatrié fait miroiter un bel avenir à beaucoup de monde, encore plus lorsque l’escroc fait croire qu’il est à la recherche d’une relation amoureuse", révèle Patricia Musomba.

Leurs cibles sont généralement issues des zones rurales, à la recherche d’opportunités pour quitter leur région.
Une fois la victime cernée, ils demandent un versement immédiat en prétextant un accident de voiture, une panne d’essence, expliquent que leur carte bancaire ne fonctionne pas au Kenya.
Des arnaqueurs parviennent à amasser une cinquantaine d’euros par jour, alors que le SMIC kényan est de 124 euros.

Les "brouteurs"

En Côte d’Ivoire, le terme spécial de "brouteur" est utilisé pour désigner les arnaqueurs qui séduisent des gens pour leur demander de l’argent. Une autre connotation de ce terme est l’idée qu’il s’agit de "moutons qui se nourrissent sans efforts", explique sur TV5 Monde la journaliste Isabelle Ducret, qui a mené sa propre enquête sur le sujet.
Les arnaqueurs créent un faux profil, féminin en général, et commencent à communiquer avec des hommes supposés habiter en France, en Suisse ou en Belgique.

"Tes douces paroles m'ont émue, et maintenant mon âme est tourmentée par l’amour que je ressens pour toi", chante par exemple un message, envoyé par des arnaqueurs à une victime.

Une fois que la victime se sent en confiance, les "brouteurs" commencent à demander de l’argent. Ils inondent de messages d’amour sa victime, pour provoquer une dépendance affective, et lui faire sortir son porte-monnaie.

"Un ‘arnacœur’ peut exploiter un moment dans la vie des gens, comme une faiblesse ou un rêve particulier", explique toujours à TV5 Monde Samuel Bendahan, économiste du comportement à l’Université de Lausanne.

Parfois, un "brouteur" ivoirien peut réunir 5 millions de francs CFA (environ 7.500 dollars américains) en quelques journées, alors qu’un policier dans ce pays africain ne gagne même pas 2 millions en un mois (3.000 dollars).
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