La mort du petit Rayan dévoile l’ampleur du désastre des puits clandestins

Alors que le Maroc pleure encore la disparition du petit Rayan, un nouveau drame similaire vient secouer la Toile et lever le voile sur un fléau aux conséquences tragiques. Selon un spécialiste, les puits clandestins pourraient être à l’origine de dizaines de décès par an.
Sputnik
Lundi 7 février, alors que le petit Rayan, décédé dans un puits dans lequel il a été pris au piège durant 5 jours, vient tout juste d’être inhumé, un autre drame se produit cette fois-ci à Tiflet, à une heure de Rabat. Un petit garçon âgé de 7 ans a été retrouvé mort dans un puits de près de 40 mètres de profondeur. Selon différents rapports médiatiques, l’enfant était atteint de trisomie 21 et se serait noyé dans ce puits dont le volume d’eau dépassait 10 mètres. Un activiste de la région cité par la presse locale raconte que le défunt "se réveillait tout au long de la semaine dernière sur les vidéos de Rayan. Il a été très touché par sa mort tragique et voulait faire comme lui".Ce nouvel accident a donné lieu à une nouvelle vague d’indignation au Maroc, où des voix s’élèvent pour exiger la sécurisation immédiate et rapide de tous les puits dits clandestins.
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En l’espace de quelques jours seulement, plusieurs histoires similaires ont été mises en lumière, au Maroc et ailleurs, démontrant alors l’ampleur d’un fléau bien plus important qu’il n’en paraît. Contacté par Sputnik, Rachid Haddouz, patron d’une société marocaine spécialisée dans le forage de puits, évoque en moyenne jusqu’à deux victimes par mois dans des accidents de ce type au Maroc. "Il pourrait y avoir jusqu’à 20 voire 25 cas par an de personnes qui meurent dans des puits. Mais ils ne sont pas visibles, certains sont médiatisés, d’autres non…", déclare-t-il.
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Prolifération de puits clandestins

Principale cause de ces tragédies, la multiplication de trous creusés clandestinement, asséchés ou non et dans des zones généralement reculées. Nouredine Moudian, député du parti de l’Istiqlal (majorité), confirme à ce titre, au micro de Sputnik:
"En raison des fluctuations climatiques et du phénomène croissant de la sécheresse et du manque d’eau, de nombreuses familles ont recours au creusement de puits pour obtenir de l’eau, mais le font malheureusement de manière aléatoire".
Comment expliquer la prolifération de ces puits dangereux, laissés ouverts et ne faisant l’objet d’aucun contrôle ou autorisation? Selon le spécialiste en forage, la demande de creusement d’un puits se fait au niveau des agences du bassin hydraulique. Celles-ci exigent quelques documents tels que l’acte de propriété ou encore le plan d’habitation. Un cahier des charges est ensuite fourni au demandeur, qui doit par ailleurs s’engager sur l’honneur à sécuriser le puits, explique-t-il à Sputnik. Mais selon lui, 95% de ces personnes n’ont pas recours à cette procédure à cause de la complexité de certains cas.
"Il y a des cas de terres partagées, des questions d’héritage, etc. ou parfois ils n’ont tout simplement pas les moyens, soit pour faire un forage conforme, ou même pour effectuer ces allers-retours entre leur domicile et l’administration… cela a aussi un coût".
Par ailleurs, l’interlocuteur de Sputnik ajoute que la responsabilité dans ce genre d’accidents incombe aux propriétaires de ces puits clandestins qui doivent s’assurer de leur sécurisation:

"L’État joue un rôle dans le contrôle des autorisations. Mais ces puits sont généralement creusés dans des zones reculées, les uns après les autres, cela rend difficile leur identification.De plus, certains puits ont été creusés il y a 10 ans, 20 ans, 30 ans et n’ont jamais été condamnés, les autorités ne peuvent pas tous les contrôler, ce serait comme leur demander d’assumer la responsabilité d’une maison construite sans une porte. La responsabilité revient donc aux propriétaires", estime-t-il.

Éveil des consciences

Le directeur de la planification de l’eau, Abdelaziz Zerouali, a annoncé mercredi 9 février, un recensement complet des puits clandestins pouvant constituer une menace pour la sécurité publique. "Les agences de bassins hydrauliques adresseront des mises en demeure aux personnes concernées dans des délais raisonnables pour fermer ces puits ou les remettre en état, afin de prévenir tout risque pour les populations et les animaux, en fonction des conditions précisées dans les autorisations de forage. En cas de non-respect de ces procédures, l’Agence concernée procédera à la sécurisation des puits abandonnés aux frais du contrevenant, avec possibilité de poursuites judiciaires".
Par ailleurs, des initiatives solidaires ont aussi vu le jour, avec la création de plateformes dédiées au recensement de puits dangereux.
L'histoire tragique de Rayan aura aussi permis de lever le voile sur ce phénomène aux conséquences tragiques dans d'autres pays qui ont pris les dispositions nécessaires pour protéger leurs citoyens. En Arabie Saoudite, la presse rapporte que des milliers de puits ont été sécurisés depuis la mort de l’enfant.
Le terrible destin du petit Rayan, devenu icône de l’enfance, aura permis de sauver quelques vies à travers le monde, et de susciter de nombreux questionnements sur un certain nombre de sujets outre celui des puits clandestins, tels que la protection de l’enfance, ou encore le devoir de sensibilisation et de protection incombant aux parents et enfin la disponibilité des ressources d’eau.
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