Présidentielle française: les candidats qui insultent les Algériens s’exposent à des poursuites

Le parti politique algérien Jil Jadid compte ester en justice les personnalités politiques françaises qui tiennent des propos racistes et discriminatoires à l’adresse de la communauté algérienne. Cette formation politique s’attend à une augmentation des déclarations anti-algériennes durant la campagne pour la présidentielle française.
Sputnik
Jil Jadid (Nouvelle génération) est décidé à lutter contre l’"Algerian bashing" en France. Le parti politique algérien dirigé par Soufiane Djilali compte agir à travers l’association Jil Jadid Monde basée en France. Dans un communiqué rendu public vendredi 24 décembre, cette association de la loi 1901 annonce disposer de "la personnalité morale et juridique, ayant pour objet, notamment, la défense des intérêts moraux de la communauté algérienne".

"Jil Jadid Monde est désormais décidé à poursuivre en justice tous ceux qui, sous couvert de liberté de parole, se laissent aller sans honte ni retenue à des propos racistes et xénophobes, quand ils n'appellent pas tout simplement à la haine, à l'égard de nos compatriotes", précise le communiqué.

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"Plus Zemmour que Zemmour"

Au micro de Sputnik, Zoheir Rouis, président de Jil Jadid Monde et vice-président du parti Jil Jadid, a expliqué que les attaques contre les Algériens vivant en France ont pris de l’ampleur ces derniers mois. "Les insultes contre les Algériens ont commencé avec Éric Zemmour. C’est lui qui a ouvert la voie aux autres candidats à la candidature de la présidentielle française qui sont allés dans ce sens", affirme-t-il. Zoheir Rouis cite le cas de Xavier Bertrand qui a proposé de revenir sur les accords de 1968 algéro-français sur la circulation des personnes, ce qui constitue aux yeux de Zoheir Rouis une façon de pointer les Algériens.

"Arnaud Montebourg [dont la mère est d’origine algérienne, ndlr] s’est lui aussi mis de la partie, même s’il a fini par faire marche arrière en disant s’être mal exprimé. Même le Président Emmanuel Macron s’est laissé aller en reniant jusqu’à l’existence de la Nation algérienne. D’une manière générale, il y a une course à l’anti-algérien dans le cadre d’une campagne électorale. Chacun veut faire plus Zemmour que Zemmour. Au lieu de rechercher des solutions à des problèmes qui sont réels en France et de les proposer dans un programme aux électeurs, on trouve une échappatoire qui consiste à mettre à l’index l’autre et cet autre c’est l’Algérien. Cela est d’autant plus grave que ces personnes qui ont proféré ces propos pourraient à l’avenir occuper des postes de responsabilités au haut niveau de l’État", souligne le président de Jil Jadid Monde.

Zoheir Rouis constate que "dès qu’il s'agit de parler d’insécurité, de violence dans les quartiers ou encore de terrorisme et d’intégrisme, certaines personnalités politiques citent les Algériens". Il estime que la stigmatisation ne concerne pas que le monde politique, "il s’est élargi à certains médias qui s’attaquent frontalement aux Algériens". Le responsable de Jil Jadid cite l’exemple des récentes victoires de l’équipe nationale d’Algérie lorsque des supporters ont exprimé leur joie. "Au final, les communiqués de la préfecture de police de Paris ont démontré que les incidents dans l’espace public étaient minimes. C’est un épiphénomène", affirme-t-il.

"Il y a une réelle volonté de faire d’une communauté la source de tous les maux de la France. C’est cette discrimination que nous dénonçons et qu’on ne vienne pas nous dire que nous faisons du communautarisme. Il s'agit de lutter contre le racisme et la xénophobie. L'argument du communautarisme est là pour bâillonner les protestations face à ces dérives et certainement pas pour mettre fin à ces propos inadmissibles et répréhensibles", dénonce-t-il.

Vigilance

Pour l’heure, Jil Jadid Monde a engagé un avocat qui est "chargé d’étudier toutes les déclarations insultantes et discriminatoires envers les Algériens rendues publiques récemment". "Nous le laissons faire son travail et c’est à lui de décider de porter les dossiers devant les tribunaux. Il est évident que les propos qui sont tenus peuvent donner lieu à des poursuites", note Zoheir Rouis. Selon lui, il est important de faire preuve de vigilance, car "il faut s’attendre à une augmentation des attaques contre les Algériens à l’approche de l’échéance électorale".
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En France, plusieurs dispositions du Code pénal sanctionnent les discriminations. Par ailleurs, les articles 32 et 33 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse -qui est encore en vigueur- punissent d'un an d'emprisonnement et de 45.000 euros d'amende "la diffamation commise par les mêmes moyens envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée".
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