Dans une région explosive, les armées algérienne et égyptienne unies face aux défis communs

Sur fond d’instabilité régionale dans de nombreux dossiers, le chef d’état-major des armées algérien est en déplacement au Caire. L’occasion pour l’Égypte et l’Algérie de "discuter de questions d’intérêt commun". En particulier la Libye.
Sputnik
Alors que l’Algérie et le Maroc semblent rivaliser de démarches belliqueuses, tandis que la situation sécuritaire au Sahel se dégrade, tout comme en Libye et en Éthiopie, la visite du chef d’état-major algérien en Égypte n’a rien d’anodin.
Saïd Chengriha est au Caire pour "la deuxième édition de l’Exposition de la défense [EDEX-2021], prévue au Caire du 29 novembre au 2 décembre 2021", a fait savoir le ministère algérien de la Défense. Quels sont donc les dossiers d’"intérêt commun" évoqués par les deux parties?
"Les relations entre l’Algérie et l’Égypte ont bien évolué. Notamment à travers le dossier libyen, qui est un sujet d’inquiétude et le dossier commun le plus pressant pour les deux pays", analyse pour Sputnik Yahia Zoubir, spécialiste de la géopolitique du Maghreb.
Les élections libyennes du 24 décembre risquent fort d’être décisives. Les principales puissances militaires régionales doivent parer à toute éventualité. Elles nouent donc des projets de coopération militaire, explique au micro de Sputnik le chercheur algérien.

Désaccords au sujet du maréchal Haftar

Coupée en deux et ravagée par la guerre civile depuis l’intervention de l’Otan et la chute du colonel Kadhafi en 2011, la Libye peine à retrouver unité et stabilité. Les violences de la décennie écoulée ont menacé et affecté les États frontaliers.
Les frontières libyennes avec l’Algérie et l’Égypte s’étirent chacune sur près de mille kilomètres. Un sujet de préoccupation constante pour les deux pays. Et cela notamment à cause de la prolifération des groupes djihadistes en Libye ces dix dernières années.
Économiquement, les investissements du Caire et d’Alger ont dû être suspendus en grande partie. Et ce alors même que leur turbulent voisin, riche de ses hydrocarbures, constituait un marché plein de promesses.
Présidentielle en Libye le 24 décembre: faut-il croire au Père Noël?
L’élection présidentielle de ce mois de décembre pourrait ouvrir une porte de sortie de crise… Mais la tenue même du scrutin reste incertaine. Certes, "l’Algérie voie Haftar d’un mauvais œil. Elle le considère comme quelqu’un qui marchande avec de nombreux acteurs locaux et internationaux". Pourtant, Alger ne tient pas rigueur au Caire de son soutien au maréchal, homme fort de l’Est libyen.
Fidèle à sa doctrine historique de non-ingérence, Alger a systématiquement condamné les immixtions étrangères et prôné une solution intra-libyenne sous l’égide de l’Onu.
Toutefois, "l’Algérie comprend aussi que la Libye représente un souci majeur pour l’Égypte, sur son flanc ouest", rappelle notre interlocuteur.
Pragmatique, Alger cherche avant tout une forme de stabilité, ajoute Yahia Zoubir. D’où la volonté de renforcer la coopération militaire avec Le Caire malgré cette divergence d’approche du dossier libyen. Les deux capitales n’ont, pour l’heure, pas donné de détails concernant la nature de cette coopération renforcée.
Le spécialiste du Maghreb estime donc que les deux pays peuvent espérer concilier leurs intérêts. Il rappelle que les deux puissances régionales cultivent historiquement de bonnes relations malgré des divergences passagères sur certains dossiers.

Rapports économiques fructueux

Cette entente trouve son origine dans le soutien du colonel Nasser au Front de libération national lors de la guerre d’Algérie. Les liens diplomatiques entre les deux États n’ont été suspendus qu’une neuvaine d’années, après l’exclusion de l’Égypte de la Ligue arabe en 1979. Une sanction prise au lendemain des accords de Camp David qui avaient vu Anouar el-Sadate reconnaître l’État d’Israël. Dès 1988, les relations entre Alger et Le Caire reprenaient de plus belle. Depuis, elles s’apparentent à un long fleuve tranquille.
L'Algérie a soutenu l'Égypte dans diverses crises. Notamment après la suspension par le géant pétrolier saoudien Aramco de la livraison de pétrole en octobre 2016. L’Algérie s’est empressée d’armer un navire transportant 30.000 tonnes de pétrole. Les exportations égyptiennes vers Alger se sont élevées à 490 millions de dollars US en 2020, selon la base de données de l’Onu sur le commerce international.
Au mois d’août encore, dans la presse égyptienne, le ministre algérien de la Communication affirmait que l'intensification des programmes bilatéraux dans plusieurs domaines pouvait donner "un élan positif" aux perspectives de partenariat stratégique entre les deux pays.
Eh bien, les fruits de cette belle entente semblent palpables!
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