Opération du Mossad en Syrie: Israël mène une guerre de l’ombre sur tous les fronts

Le Mossad aurait mené une audacieuse opération en Syrie pour enlever un général iranien. L’occasion de revenir sur les différents modes opératoires du renseignement israélien face à ses adversaires iraniens et palestiniens.
Sputnik
Le service de renseignement israélien ne manque pas d’ingéniosité. Dans un billard à trois bandes, le Mossad aurait kidnappé un général iranien en Syrie avant de l’envoyer dans un pays africain pour l’interroger. Une affaire qui fait couler beaucoup d’encre en Israël. Le service d’espionnage cherchait à avoir des informations sur Ron Arad, lieutenant-colonel israélien capturé par la milice libanaise chiite Amal en 1986 en pleine guerre civile du Liban et probablement mort en 2008.
Fait rare, le Premier ministre israélien Naftali Bennett a confirmé cette opération de grande ampleur, déclarant le 4 octobre à la Knesset: "des agents du Mossad sont partis en mission pour retrouver des informations sur le soldat Ron Arad". De son côté, David Barnea, le nouveau chef des renseignements israéliens, a qualifié la mission de courageuse et complexe, tout en admettant qu’elle s’était soldée par un échec.

Guerre de l’ombre israélo-iranienne

Indépendamment du bilan de cette mission en territoire ennemi, la Syrie étant un pays toujours officiellement en guerre contre l’État hébreu, le réseau d’espionnage israélien a prouvé sa faculté à opérer hors de ses propres frontières. "Ils ont l’habitude", rappelle Éric Dénécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R) et co-auteur de La nouvelle guerre secrète(Mareuil Éditions):
"C’est le propre de tout service de renseignement de pouvoir agir hors de ses frontières. Logistiquement, c’est simple pour Israël, la Syrie étant un pays voisin. Donc le Mossad s’appuie sur de nombreux agents pour récolter des informations. On se rappelle également de l’élimination d’Imad Moughniyah à Damas."
En effet, l’homme de main du Hezbollah avait été tué en 2008 dans la capitale syrienne par un explosif posée dans sa voiture. Mais l’Iran ne serait pas en reste dans cette guerre de l’ombre l’opposant à Israël. Tel-Aviv a accusé Téhéran d’avoir voulu organiser des assassinats contre des hommes d’affaires israéliens sur l’île de Chypre en septembre dernier. Le suspect, un azéri de 38 ans, a été arrêté par la police chypriote. "Les Iraniens eux aussi disposent d’un important service de renseignement et mènent des actions, y compris en Israël", affirme l’ancien analyste du SGDN (Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale).
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En 2012 déjà, un membre du Hezbollah avait été condamné à Chypre, car il s’apprêtait à attaquer des citoyens israéliens. La même année, ce fut au tour de la Bulgarie de subir les conséquences de cette guerre larvée entre Israël et l’Iran. Un attentat suicide imputé au puissant parti chiite libanais avait tué cinq Israéliens et un Bulgare.

De l’assassinat à l’attaque informatique

Pour faire face à ce qu’il appelle la menace iranienne, l’État hébreu, par l’intermédiaire du Mossad, multiplie les opérations extérieures. La plus retentissante d’entre elles fut l’assassinat en novembre 2020 du physicien Mohsen Fakhrizadeh, pionnier du programme nucléaire iranien. Alors que les tensions entre les États-Unis et l’Iran étaient à leur comble, les espions israéliens auraient ciblé la voiture de l’ingénieur à l’aide d’une mitrailleuse robotisée activée à distance par drone, une arme très sophistiquée.
Le programme nucléaire iranien serait en effet la première cible des actions extérieures des services de renseignements israéliens. Depuis plusieurs mois, des attaques non revendiquées ont endommagé des centrales nucléaires en Iran. Téhéran pointe du doigt la responsabilité de Tel-Aviv. Même si l’État hébreu nie catégoriquement toute implication, il serait prêt à tout pour empêcher l’Iran d’obtenir l’arme atomique. En 2010, à l’aide de la CIA, les espions israéliens ont conçu un ver informatique nommé Stuxnet pour s’attaquer aux centrifugeuses iraniennes d’enrichissement d’uranium. Le virus aurait détérioré plus de 30.000 systèmes informatiques iraniens.
À en croire le directeur du CF2R, Israël n’aurait pas d’autres choix que d’exceller en matière de renseignement.
"La priorité numéro un d’Israël est d’empêcher l’Iran d’obtenir la bombe atomique, mais également de lutter contre son programme balistique. L’Iran entoure Israël avec le Hezbollah, les milices iraniennes en Syrie, le Hamas et le djihad islamique. Pour faire face à cette menace, les Israéliens disposent d’indics étrangers, syriens, libanais, égyptiens, jordaniens et même iraniens", souligne Éric Dénécé.
Cette information a même été confirmée par l’ancien Président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, qui avertissait que le Mossad avait infiltré divers échelons de la société iranienne. Ceci expliquerait donc cela. En juin dernier, Yossi Cohen, l’ancien chef des renseignements israéliens, avait donné des détails sur le vol des archives nucléaires iraniennes. Lors d’un raid dans un entrepôt iranien en 2018, plusieurs dizaines de milliers de documents avaient été dérobés puis transférés en Israël. Parmi les 20 agents employés lors de cette opération, aucun d’entre eux n’était Israélien. D’ailleurs, l’Iran aurait arrêté un groupe d’espions travaillant pour Tel-Aviv en juillet dernier. Ils prévoyaient d’utiliser des armes lors des manifestations contre les pénuries d’eau dans la province ouest du Khuzestan.

Pour lutter contre les Palestiniens, les Israéliens se déguiseraient en… Palestiniens

Israël redouble d’ingéniosité pour contrer la menace iranienne, mais ne lésine pas sur ses efforts face au défi palestinien. En témoigne l’ampleur de la mission du Mossad visant à assassiner Mahmoud al-Mabhouh, l’un des fondateurs des brigades Izz al-Din al-Qassam du Hamas. Plus de 30 agents ont été mobilisés pour traquer, suivre et éliminer le Palestinien le 19 janvier 2010 dans sa chambre d’hôtel. L’opération s’est déroulée à Dubaï, aux Émirats arabes unis. Les membres du commando ont utilisé des passeports britanniques, irlandais, français et allemands, empruntant la véritable identité de leurs détenteurs originaux. Tout était finement préparé… enfin presque. Cette action a été trahie par les caméras de surveillance de l’hôtel Rotana. S’en est suivi un scandale diplomatique international.
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De surcroît, Israël doit également composer avec les agissements internes des Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza. Pour cela, la ruse serait le maître mot.
"Il y a ce qu’on appelle les Mista'arvim, qui désigne des unités spéciales de Tsahal ou de la police israélienne qui mènent des opérations clandestines de contre-terrorisme dans les villes palestiniennes, déguisées en Arabes. Non seulement leurs membres s’habillent comme des Arabes, mais ils sont formés pour agir et penser comme eux", nous apprend le directeur du Centre français de recherche sur le renseignement.
Pour ce genre de mode opératoire, Israël disposerait d’un avantage certain: "les Israéliens ont plusieurs faciès, ça va de l’ashkénaze blond aux yeux bleus au juif tunisien qui passe facilement pour un arabe", résume-t-il. Finalement, la malice israélienne serait consubstantielle à ses nombreux défis. Le renseignement israélien s’adapte en permanence, car
"c’est une question de survie, s’ils baissent la garde une fois, ils sont cuits", conclut Éric Dénécé.
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