Israël ouvre une ambassade à Bahreïn: "le but est d’encercler l’Iran"

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Yaïr Lapid en visite à Manama - Sputnik Afrique, 1920, 01.10.2021
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Israël aux portes de l’Iran? Tel-Aviv a ouvert une ambassade à Bahreïn, entérinant une nouvelle alliance. Partageant les mêmes inquiétudes vis-à-vis de Téhéran, les deux pays ont signé plusieurs accords stratégiques.
Israël est à 220 km des frontières iraniennes. Après une tournée aux Émirats arabes unis en juillet et au Maroc en août pour consolider de nouvelles alliances, voici que Yaïr Lapid, ministre israélien des Affaires étrangères, s’est rendu le 30 septembre à Bahreïn. Au cours de son déplacement, le chef de la diplomatie de l’État hébreu a inauguré la première ambassade israélienne dans le royaume et conclu plusieurs accords bilatéraux. Le même jour, un premier vol commercial de la compagnie Gulf Air a atterri à l’aéroport Ben Gourion de Tel-Aviv, symbolisant discrètement la normalisation entre les deux pays.

L’Iran: l’ennemi qui rassemble

Mais cette normalisation se construit avant tout contre un ennemi commun. "Nos opportunités sont partagées. Nos menaces sont également partagées, et elles ne sont pas loin d’ici" a déclaré Yaïr Lapid, faisant clairement allusion à l’Iran. "Ce nouvel engagement peut devenir politiquement significatif et problématique pour l’Iran", observe quant à lui Umar Karim, chercheur à l’Université de Birmingham et spécialiste du Moyen-Orient.
L’Iran serait donc en ligne de mire. D’ailleurs, lors de son premier déplacement en Israël en août dernier, le sous-Secrétaire bahreïni aux Affaires politiques, Cheikh Abdulla ben Ahmed ben Abdulla Al Khalifa, avait également publiquement critiqué l’Iran. "Si vous examinez les crises à travers le Moyen-Orient, vous trouverez un fil rouge qui traverserait toutes ces crises, vous trouveriez un doigt iranien", avait-il déclaré. Téhéran est en effet accusé d’avoir fomenté des troubles internes à Bahreïn en 2011 lors des Printemps arabes en se basant sur la communauté chiite, qui représente 65% de la population. Cette relation bilatérale entre Tel-Aviv et Manama se construirait ainsi à l’aune des défis sécuritaires.
La signature le 15 septembre 2020 des accords d’Abraham prévoyant une normalisation entre Israël, Bahreïn et les Émirats arabes unis était en effet fondé sur des intérêts commerciaux communs et des inquiétudes sécuritaires concernant Téhéran. Des intérêts qui se concrétisent donc davantage:
"L’accent sera certainement mis sur l’établissement de relations stratégiques. Bahreïn peut profiter de la technologie avancée israélienne qui peut être utilisée à des fins de surveillance intérieure, tandis qu’Israël disposera d’un autre avant-poste près de l’Iran qui pourra être utilisé pour surveiller les activités maritimes iraniennes", souligne-t-il au micro de Sputnik.
Compte tenu des récentes tensions israélo-iraniennes dans le détroit d’Ormuz avec le sabotage de navires israéliens, cette nouvelle alliance comprendrait nécessairement un volet militaire. Au mois d’août dernier, Tel-Aviv accusait Téhéran d’avoir commandité une attaque par drone ayant tué deux membres de l’équipage du pétrolier M/T Mercer Street. Pour faire face à cette "menace" iranienne et augmenter la pression sur le régime des mollahs, Yaïr Lapid, a visité le quartier général de la cinquième flotte américaine à Bahreïn et a déclaré que "nos trois pays travaillent ensemble parce que nous avons des intérêts similaires dans la région".

Les Américains lancent une task force en mer d’Ormuz

Dans le sillage de cette rencontre tripartite, le chef de la diplomatie israélienne a évoqué la possibilité de mener des actions conjointes contre les drones et les mines ventouses iraniennes. Pour contrer cette menace, l’US Navy, a déjà lancé en septembre une force opérationnelle, dotée de drones aériens et navals. Cette task force sera dédiée "à l’intégration rapide de systèmes sans pilote et de l’intelligence artificielle aux opérations maritimes dans la région".
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Téhéran se retrouverait donc pris en étau.
"Le but est en effet d’encercler l’Iran afin d’avoir des contingents si l’Iran utilise le Hezbollah ou le Hamas pour attaquer Israël", résume le chercheur à l’Université de Birmingham.
De son côté, l’Iran n’a pas manqué de dénoncer ce partenariat entre Israël et Bahreïn. "L’accueil honteux des dirigeants de Bahreïn à une autorité du régime d’occupation de Jérusalem était contre la volonté de la nation de Bahreïn", a déclaré le 1er octobre le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Saïd Khatibzadeh, dans un communiqué publié sur le site de son ministère. L’Iran a mis le doigt là où ça fait mal.

Une visite israélienne critiquée par la population

En effet, la visite d’un officiel israélien à Bahreïn est loin de faire consensus dans le pays. Même si les deux partenaires ont évoqué leur souhait d’arriver à une solution pacifique pour régler le contentieux entre Israël et la Palestine, rien n’y a fait. Des manifestants ont brûlé des pneus et ont bloqué des routes à la sortie de Manama, capitale du royaume. En effet, une large partie de la population s’oppose catégoriquement à ces accords de normalisation avec l’État hébreu. Sur les réseaux sociaux locaux, la phrase "Bahreïn refuse le sionisme" a été largement partagée. Le soutien populaire à la cause palestinienne dénote avec le changement de posture des gouvernements arabes.
"Je pense que cette alliance n’a été possible qu’avec l’affaiblissement de la cause palestinienne et de son soutien au sein des gouvernements arabes, en particulier aux Émirats arabes unis et à Bahreïn, sinon un tel engagement n’aurait jamais été possible. Ces politiques reflètent largement l’état d’esprit et les calculs des dirigeants arabes, et non de la rue arabe", précise le chercheur.
Finalement, cette nouvelle alliance prouverait bien qu’il y a une hiérarchisation des défis régionaux: la menace iranienne en tête de liste, puis peut-être un jour le règlement du conflit israélo-palestinien.
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