Un émissaire de Poutine explique pourquoi la Russie discute avec les talibans, et ce qu’elle attend d’eux

Après qu'une délégation de talibans* a séjourné en Russie début juillet, le représentant de Poutine sur cette question a expliqué les contacts entretenus avec eux par la nécessité de les informer des préoccupations de Moscou quant à la sécurité de la région.
Sputnik

Le retrait américain d’Afghanistan a ouvert de nombreuses inconnues, Wahington étant accusé d’avoir de facto donné les clés du pays à ceux qu'il a combattus durant 20 ans. Dans ce retournement de situation sur le terrain, avec une avancée notable des talibans* dans de nombreuses régions, une délégation du groupe islamiste a été reçue à Moscou les 8 et 9 juillet. L’émissaire de Poutine pour l’Afghanistan Zamir Kaboulov a, dans une interview à Sputnik, livré les dessous géostratégiques qui ont poussé le Kremlin à entretenir un dialogue avec ce groupe, pourtant interdit en Russie pour terrorisme, pendant de nombreuses années. Dialogue renforcé aujourd’hui.

Il a tout d’abord rappelé que Moscou avait déjà prévenu il y a quelques années que la situation en Afghanistan se dégraderait en cas de retrait des troupes américaines.

«Si on appelle les choses par leur nom, nous l'avions prévu il y a longtemps. C'est pourquoi nous avons commencé, il y a sept ans, à établir des contacts avec les talibans*. N'oublions pas que nous parlons de tactique. Mais revenons au bilan stratégique des événements en Afghanistan. Il y a encore quelques années, le pays abritait un réseau de bases militaires américaines dont la plupart n'avaient rien avoir, sur un plan stratégique, avec l'Afghanistan. Ces bases projetaient leur influence sur l'ensemble de la région, y compris la Russie, l'Asie centrale, l'Iran, le Pakistan et la Chine. Ces bases, où sont-elles? Elles n'existent plus, c'est tout dire», détaille M.Kaboulov.

Contacts avec les Afghans de tous bords

D’après lui, si Moscou n'avait pas noué à l'époque des contacts avec les talibans*, il serait très compliqué de mener un dialogue aujourd’hui.

«Imaginez qui nous aurions pu contacter si, il y a sept ans, nous n'avions pas construit des ponts avec les talibans*, n'avions pas entamé des contacts et ne leur avions pas exprimé nos préoccupations et nos intérêts. Ce que les Occidentaux n’ont pas réussi à faire. Ces derniers ont maintenant des problèmes, tandis que la Russie peut dialoguer avec n'importe quelle force en Afghanistan», a-t-il résumé.

Garanties des talibans*

Le chef de la délégation des talibans* Shahabuddin Delawar a déclaré à Moscou lors d'une conférence de presse à l'issue des entretiens que les talibans* feraient tout leur possible pour empêcher Daech* d'opérer sur le territoire afghan et qu'ils chercheraient également à mettre fin à la production de drogue. L'inviolabilité des frontières des pays d'Asie centrale a aussi été garantie.

«Nous prendrons toutes les mesures pour que l'État islamique* n'agisse pas sur le territoire afghan […] et que notre territoire ne soit jamais utilisé contre nos voisins», a-t-il promis.

«Nous garantissons que nous prendrons des mesures contre la production de drogue et nous voulons le garantir à la communauté internationale, notamment en ce qui concerne la lutte contre le trafic», a-t-il ajouté.

Un accord de paix avec les USA

En 2020, les États-Unis et les talibans* ont signé un accord de paix, le premier en 18 ans de guerre. Il prévoit que les militaires américains doivent quitter l'Afghanistan, ce qui entraine aussi le départ des troupes de l’Otan, qui utilisent les mêmes infrastructures. La Maison-Blanche a promis d'achever leur retrait avant le 11 septembre.

Les tensions montent cependant alors que le retrait est déjà bien avancé. Le groupe islamiste a conquis des territoires considérables et mène une offensive contre des villes importantes, menaçant de faire tomber Kaboul.

Selon Shahabuddin Delawar, ils contrôlent désormais 85% du pays.

*Organisations terroristes interdites en Russie

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