L’opérateur du Nord Stream 2 évoque l’incohérence de la politique US

L’opérateur du Nord Stream 2, dont l’achèvement des travaux est prévu pour fin août, ignore si l’Allemagne pourra être épargnée des menaces des États-Unis si elle compense les pertes financières de l’Ukraine. Il rappelle que Washington a introduit des sanctions après que Moscou et Kiev ont conclu un accord sur la prolongation du transit de gaz.
Sputnik

Alors que Washington et Berlin sont susceptibles d’étudier les options pour compenser les éventuelles pertes de l’Ukraine en raison du gazoduc, il semble difficile de prévoir les prochaines décisions des États-Unis, a laissé entendre le patron de Nord Stream AG, Matthias Warnig, dans une interview accordée au quotidien allemand Handelsblatt.

En refusant de supposer que les États-Unis puissent arrêter de menacer l’Allemagne en cas de versement par celle-ci d’aides financières à l’Ukraine, le directeur général a rappelé que Berlin défendait fermement les intérêts de Kiev sur cette question depuis des années.

En mai 2015, Angela Merkel a insisté sur la nécessité de protéger le transit de gaz à travers l’Ukraine même après la fin de la construction du gazoduc, a-t-il rappelé. Les États-Unis s’opposent quant à eux au projet depuis plusieurs années en estimant qu’il menace la sécurité énergétique de l’Europe, les intérêts nationaux de Washington et peut devenir un moyen de pression sur Kiev.

Fin 2019, la Russie et l’Ukraine ont signé un accord assurant le transit de 40 milliards de m3 de gaz naturel jusqu’à la fin 2024.

«La somme dépassait largement le cadre des attentes initiales. Les Russes n’ont pas été remerciés. Ils ont payé à l’avance. Bien que l’accord sur le transit ait été conclu, les États-Unis ont plus tard obligé à suspension des travaux sur le gazoduc par leurs sanctions», a fait savoir Matthias Warnig.

«Cet acte a montré à quel point la politique américaine peut être imprévisible», ce qui «a ébranlé la confiance de la Russie», a-t-il ajouté.

Le transit sur la table des discussions entre Washington et Berlin

Selon le patron du gazoduc, il ne fait aucun doute que le transit «deviendra une partie intégrante du transport de gaz entre la Russie et l’Europe même après 2024». Cette question sera au menu des discussions entre Joe Biden et Angela Merkel, dont la visite à Washington est prévue les 14 et 15 juillet.

D’après Steffen Seibert, le maintien du transit de gaz à travers l'Ukraine occupe une place centrale pour le gouvernement allemand.

Fin juin, Bloomberg a indiqué que les parties allemande et américaine se penchaient sur le renforcement du secteur énergétique de l’Ukraine par la construction de centrales électriques et du développement des infrastructures. Berlin s’est également dit prêt à négocier avec Moscou la prolongation des quotas de transit pour Kiev, poursuit l’agence de presse.

Les principales dispositions de ce plan d’action devraient être élaborées à l’occasion de la prochaine visite de la chancelière allemande à Washington.

Les travaux bientôt achevés

Comme le gazoduc est prêt à 98%, les travaux devront être terminés vers la fin août, a annoncé le patron du Nord Stream 2. Les deux pour cents qui restent sont associés à l’une des conduites. L’autre est complètement achevée.

«L’objectif consiste à lancer le gazoduc cette année», a indiqué Matthias Warnig. Il a également réfuté l’information sur des problèmes de certification des travaux, réclamée par les autorités chargées de la délivrance des licences. «Le résultat final sera un gazoduc qui respecte toutes les exigences de licences et est aux standards industriels internationaux».

L’entreprise étudie par ailleurs les capacités du gazoduc en termes d’hydrogène. «Il est très envisageable que nous puissions ajouter de l’hydrogène dans l’une ou les deux conduites», a souligné le directeur général. Après avoir réalisé des examens préliminaires, l’entreprise mène des essais techniques.

L’opérateur du gazoduc a annoncé le 10 juin que la construction de la partie maritime de la première conduite était achevée et qu’il s’occuperait maintenant «de remplir la conduite de gaz».

Début juin, le vice-Premier ministre russe Alexandre Novak a déclaré que la fin des travaux était prévue pour fin 2021. 

Le gazoduc sera composé de deux conduites d'une capacité totale de 55 milliards de mètres cubes par an, s’étirant à partir de la côte russe jusqu’à l'Allemagne en passant par le fond de la mer Baltique.

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