1.800 lits auraient été fermés «en pleine pandémie», selon le secrétaire général de FO-SPS (Services publics et de santé). Didier Birig s’insurgeait lors d’une conférence de presse contre l’«approche essentiellement financière» du gouvernement. Un pavé jeté dans la mare, à prendre toutefois avec des pincettes. Joint par LCI, le représentant syndical a expliqué que ce chiffrage «porte sur une période de janvier 2020 à fin mars 2021» et non pas sur le «premier trimestre», comme indiqué dans la dépêche de l’AFP. Une confusion que le syndicaliste met au crédit de l’agence de presse qui a depuis rectifié l’information.
Les hôpitaux: éternels parents pauvres de la Sécu?
La promesse du chef de l’État, lorsque la première vague a commencé à frapper la France, est une de celles le plus communément citées, notamment par Didier Birig. «Il n’y a pas eu de changement de paradigme, ainsi que s’y était engagé Emmanuel Macron à Mulhouse», s’insurgeait le responsable syndical devant la presse. Le 25 mars 2020, depuis le parking de l’hôpital de Mulhouse, Emmanuel Macron avait garanti un «plan massif d’investissements et de revalorisations».
N’en déplaise à ceux qui y ont perçu une promesse d’augmenter les moyens de l’hôpital public, il fallait là encore lire entre les lignes. Dans son discours, centré sur l’éloge du personnel soignant, de «notre hôpital», le chef de l’État destinait son plan à «l’ensemble des carrières». Il n’était nullement précisé si ces dernières étaient appelées à augmenter en nombre et l’aspect matériel n’était tout simplement pas concerné. Le Ségur de la santé, au printemps suivant, s’était principalement concentré sur la question de la revalorisation des salaires du personnel soignant. Niveau «moyens», ceux-ci avaient en grande partie été dédiés à la réduction de l’endettement des hôpitaux et aux investissements dans les Ephad.
Un Ségur derrière lequel s’était retranché le ministère de la Santé qui, interrogé par l’AFP sur les déclarations du syndicaliste, avait évoqué une enveloppe de «50 millions d’euros» mise à la disposition chaque année des ARS afin de «financer des lits lors des épisodes de pics d’activité saisonniers». Bref, face à la crise sanitaire et celle des moyens de l’hôpital, le mot d’ordre de l’exécutif fut «agilité»… même concernant des lits nécessitant un personnel qualifié bien spécifique.
Réduction des lits: une logique comptable implacable
Les fermetures de lits d’hôpitaux ont donc de beaux jours devant elles, crise sanitaire ou non. Cette tendance avait commencé en 1993. Vingt-cinq ans après, plus de 103.000 lits ont été supprimés dans les établissements publics. Déjà début avril 2020, une semaine après le discours d’Emmanuel Macron à Mulhouse, un événement trahissait la continuité de cette politique malgré la crise.
Lors d’une interview, le directeur de l’Agence régionale de santé (ARS) du Grand Est Christophe Lannelongue provoquait une vive polémique en déclarant qu’il n’y avait «pas de raison de remettre en cause» les suppressions de postes et de lits au CHRU de Nancy prévues par le comité interministériel de la performance et de la modernisation de l’offre de soins hospitaliers (Copermo). Soit 174 lits (près de 15% des lits de l’hôpital) et 598 des 9.000 postes. Consécutivement à cette déclaration, trop publique, Christophe Lannelongue fut limogé par le gouvernement. Dans la foulée, le ministre des Solidarités et de la Santé promettait de suspendre «tous les plans de réorganisation» à l’origine des suppressions de lits dans l’hôpital public.
Bref, l’«agilité» souhaitée par les élus de la majorité a pris du plomb dans l’aile. Interrogée mi-avril par France Culture sur ces chiffres du palmipède qui refaisaient alors surface sur les réseaux sociaux, l’économiste Nathalie Coutinet déclarait «ce qui est sûr, c’est que le gouvernement s’était engagé à augmenter le nombre de lits de réanimation et cela n’a pas été fait».
Cette tendance ne risque pas de s’inverser. Dans un récent rapport, remis le 15 juin, la Cour des comptes suggère notamment de réformer le système de santé afin de mieux maîtriser les dépenses publiques. La boucle est bouclée.