Les Républicains peuvent-ils encore exister face à Macron et au Rassemblement national?

Le numéro 2 de LR, Guillaume Peltier, est attaqué de toutes parts pour avoir proposé de traduire les fichés radicalisés devant une juridiction d’exception sans possibilité d’appel. La direction du parti a contredit son vice-président. Mais la polémique illustre les difficultés de LR à exister face à Emmanuel Macron et au Rassemblement national.
Sputnik
«La proposition de Guillaume Peltier n’est pas en phase avec ce que pense la direction du parti», prévient d’emblée le sénateur LR Marc-Philippe Daubresse au micro de Sputnik.

Ce dimanche 30 mai, Guillaume Peltier, vice-président du parti Les Républicains (LR), a créé le malaise dans ses propres rangs en se disant favorable à l’instauration d’une juridiction spéciale pour juger les radicalisés. Sur les ondes de RTL, le vice-président du parti a ainsi plaidé pour le rétablissement de la cour de sûreté. Une instance qui serait «composée de trois magistrats spécialisés» et qui «pourrait enfermer en prévention les individus après un faisceau de soupçons avérés et complets, sans possibilité de faire appel». Cela reviendrait à déroger aux principes actuellement admis de l’État de droit donc. Une telle mesure impliquerait une révision en profondeur de la Constitution.

La crise au sein des Républicains mise à nu par un sondage
Non content d’avoir soulevé une polémique sur le fond, Guillaume Peltier a surtout ravivé les fractures au sein de LR. Le député LR Guillaume Larrivé, réputé Macron compatible, a confié «avoir du mal à comprendre les propositions de certains “responsables” de l’actuelle direction du parti». Une manière de juger sans nommer le condamné de la part de celui qui avait été pressenti à la Chancellerie lors du dernier remaniement. «L’heure n’est pas aux prises de positions personnelles qui nuisent à tous, mais à la mobilisation derrière nos candidats», a tempéré de son côté le président de LR, Christian Jacob. Dans la même interview au Grand Jury, Guillaume Peltier s’est aussi permis un clin d'œil appuyé à Robert Ménard. «Un très bon maire», a-t-il affirmé, avant d’assurer «porter les mêmes convictions» que lui. Ce lundi 31 mai, sur BFM TV, le plutôt droitier édile biterrois s’est félicité de cet adoubement: «Une digue s’effondre. [...] Il y en a plein chez Les Républicains qui pensent ça.»

«Hors de question qu’il y ait un rapprochement avec l’extrême droite»

C’est justement cette proximité idéologique affichée avec la droite identitaire qui est reprochée à Guillaume Peltier et qui embarrasse la direction de LR. Issu des rangs du Front national de la jeunesse (FNJ), passé par le Mouvement national républicain (MNR) de Bruno Mégret et le Mouvement pour la France (MPF) de Philippe de Villiers, Peltier avait rejoint l’UMP (future LR) en 2009. Aurore Bergé, présidente déléguée du groupe LREM (et elle-même transfuge de LR), n’a d’ailleurs pas manqué de rappeler à cette occasion le CV du vice-président de LR.

Déjà, dans les colonnes de Valeurs actuelles le 28 mai dernier, Guillaume Peltier affirmait que «Marine Le Pen n’est pas l’ennemie de la République». Avant de s’en prendre à «la posture du “front républicain”, qui relève d’une paresse intellectuelle infinie et d’une imposture politique grotesque». Des appels du pied au Rassemblement national «en total déphasage avec la position du parti qui a déjà été exprimée à plusieurs reprises et qui est dans la ligne directe de ce qu’avaient dit Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy quand ils étaient Présidents de la République», signale Marc-Philippe Daubresse à notre micro.

«Il est hors de question qu’il y ait un rapprochement de quelque nature que ce soit avec l’extrême droite», souligne le sénateur LR.

De là à envisager une exclusion de Guillaume Peltier du parti, il y a un pas que notre interlocuteur refuse de franchir: «À mon avis, tout cela peut se régler dans une conversation entre Christian Jacob et Guillaume Peltier. Un parti est un lieu de débats, il peut y avoir des positions qui vont parfois plus loin que la ligne officielle du parti.»

«Macron est un adversaire politique»

Marine Le Pen pense à Éric Ciotti et Nadine Morano comme ministres
Reste que Les Républicains se trouvent ballottés entre deux positions antagonistes. Dernièrement, Christian Estrosi (maire de Nice) et Hubert Falco (maire de Toulon), deux figures du parti réputées proches d’Emmanuel Macron, ont quitté le navire. L’imbroglio autour d’une éventuelle fusion des listes entre le candidat LR Renaud Muselier et la candidate de LREM Sophie Cluzel (qui s’est finalement retirée de la course) en PACA a d’ailleurs illustré les difficultés rencontrées par la droite républicaine pour s’opposer à la politique menée par le gouvernement tout en se tenant à distance du Rassemblement national.

«Tout rapprochement avec Emmanuel Macron, comme en ont opéré Christian Estrosi et Hubert Falco, est contraire à la ligne du parti. Macron est un adversaire politique. De l’autre côté, Marine Le Pen est en désaccord avec les valeurs de notre parti, donc aucune compromission ne peut se faire avec le RN», résume Marc-Philippe Daubresse.

Le sénateur du Nord se dit ainsi persuadé de la capacité de son parti à maintenir sa spécificité et son unité face à la majorité présidentielle et face au parti de Marine Le Pen et assure qu’«il n’y a pas de fracture des Républicains, contrairement à ce que l’on dit». «Si des personnes au sein du parti sont en désaccord avec la ligne officielle, ce sont à elles d’en tirer les conséquences! Mais je ne pense pas que ce soit le cas de Guillaume Peltier», conclut l’ancien ministre de la Jeunesse de Nicolas Sarkozy.

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