Dette Covid: le destin des Grecs, paupérisés et écrasés d’impôts, «nous pend au nez»

La facture du Covid-19 pour la France serait bien plus élevée que prévu, creusant un déficit et une dette publique déjà records. Incapable de réduire les dépenses de fonctionnement de l’État, l’exécutif devrait augmenter des impôts et paupériser les futurs retraités. Analyse d’Eudes Baufreton, de Contribuables associés et du fiscaliste Marc Wolf.
Sputnik

Plus de 424 milliards d’euros: tel est le nouveau montant, sur trois ans, de la facture du Covid pour les seules caisses de l’État. C’est ce que confiait la semaine dernière au Figaro le ministre du Budget, Olivier Dussopt. «L’équivalent de 20% du PIB de 2020!», souligne le quotidien concernant cet «impressionant» décalage entre les déficits publics prévus avant la crise et ce nouveau chiffrage de Bercy.

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Jusqu’à cette annonce, le coût de la crise pour l’État était officiellement estimé «autour de 160 à 170 milliards d’euros» par le successeur de Gérald Darmanin. Du moins pour la seule année 2020. Au chômage partiel et aides aux entreprises, s’ajoutent un important manque à gagner en termes de recettes fiscales (42 milliards d’euros). Un «véritable effet de ciseau», s’alarme auprès de Sputnik Eudes Baufreton, délégué général de Contribuables associés.

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La «conséquence d’années de laxisme», dénonce le responsable associatif. À ses yeux, l’impact de cette note aurait été bien moins douloureux pour les Français si les finances publiques avaient été mieux gérées avant cette crise, qui n’a fait qu’exacerber des problèmes existants. «La France vote des budgets en déficit depuis 1974!», s’agace-t-il.

Résultat, cette facture a selon lui non seulement fait «déborder le vase» d’une dette record, mais a également impacté l’efficacité avec laquelle les pouvoirs publics ont pu réagir face à une crise exceptionnelle. Pire, durant cette situation qui exigeait des concessions budgétaires tout aussi exceptionnelles, tous n’auraient pas joué le jeu.

«Il y a aussi une augmentation des dépenses de l’État, des collectivités, qui ne sont pas liées à la Covid. Cela veut dire qu’en réalité, la mentalité dans l’administration n’a absolument pas changé et qu’au moment où il aurait fallu faire un effort national comme cela a été demandé à l’ensemble des Français, l’administration a continué à recruter», dénonce Eudes Baufreton.

Un récent rapport de la Cour des comptes indique, fait-il remarquer, que 2.800 nouveaux fonctionnaires ont été embauchés, «notamment pour réduire les inégalités, faire de l’écologie, un certain nombre de choses qui sont tout sauf prioritaires.»

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La dette française, à la «gestion incontrôlée», constitue une véritable «bombe à retardement», estime régulièrement l’association, qui rappelle le sort de la Grèce. Ce pays que le FMI et l’UE avaient pris sous leur coupe après le dérapage de sa dette. Une mise en garde que réitère Eudes Baufreton. Le destin des Grecs «nous pend au nez», estime-t-il, la France étant avec l’Italie et le Portugal l’un des pays les plus endettés du vieux continent, derrière les Grecs. Bien gérer ses comptes est donc également une question de préservation de notre souveraineté pour le délégué général de Contribuables associés.

Celui-ci estime qu’il faut commencer par «dégraisser le mammouth» et mieux veiller à ce que l’argent public soit bien employé. Dans son collimateur: la bureaucratie. «Vous prenez l’hôpital, 34% du personnel est administratif, contre 25% chez nos voisins», lâche-t-il en référence aux chiffres de l’OCDE, selon lesquels plus du tiers des employés dans les hôpitaux français n’ont pas de tâche médicale.

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Autre cible, le «millefeuille territorial» et sa myriade d’échelons (communes, communautés de commune, départements, régions, sous-préfectures, préfectures, etc.) «qui nous coûte terriblement cher», estime le délégué général de Contribuables associés. Il prône également le renforcement de la lutte contre la fraude sociale (tant aux cotisations qu’aux prestations), qui ferait subir aux caisses de la Sécurité sociale un préjudice annuel chiffré par le magistrat Charles Prats à 50 milliards d’euros. «Rien qu’avec ces trois réformes, la France se porterait mieux!» estime Eudes Baufreton.

«Ce sont des choses qu’il faut faire pour l’acceptation démocratique, mais je ne crois pas qu’il y ait beaucoup de gras», nuance pour sa part Marc Wolf, avocat-fiscaliste et ancien directeur adjoint à la direction générale des impôts (DGFiP), qui y voit des mesures de «second ordre» pour remettre à flot les caisses de l’État.

«Je ne conteste pas qu’on pourrait rendre ces services publics, notamment dans les collectivités territoriales, plus performants. De là à économiser massivement des emplois publics, j’attends le début de la démonstration», balaye-t-il. Celui-ci met en garde contre l’effet de vases communicants vers lequel s’oriente l’exécutif: tailler dans la fonction publique d’État, alors même que le nombre global de fonctionnaires continue d’augmenter.

«Macron avait promis la suppression de 120.000 postes de fonctionnaires, il en a finalement créé 20.000», tacle cet ancien chef du contrôle fiscal, qui poursuit «On va déconcentrer dans les territoires: c’est-à-dire que l’on va rajouter sur ce millefeuille, tout cela n’a pas beaucoup de cohérence.»

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Un calcul qui pourrait donc s’avérer mauvais pour les comptes publics, ne serait-ce qu’au regard des accusations récurrentes de clientélisme qui frappent les recrutements au sein des collectivités. Points qui renvoient à l’«acceptation démocratique», plus prosaïquement désignée comme le «consentement à l’impôt», que redoreraient les mesures prônées par Contribuables associés. Car, aux yeux de Me Wolf, dans la situation budgétaire actuelle, «l’alignement de la fiscalité» sur les dépenses de l’État apparaît être la seule solution. Pour le dire sans ambages: les Français doivent s’attendre à voir leurs impôts augmenter significativement.

«Il va falloir ajuster les prélèvements», estime l’ancien directeur adjoint de la DGFiP. «La question est à ce moment-là éminemment fiscale: comment va-t-on procéder?»

Une perspective qui fait bondir Eudes Baufreton: «il y a une appétence pour faire payer les autres en permanence en espérant pouvoir y échapper, alors qu’au final, chaque Français paiera d’une manière directe ou indirecte.» Référence à peine voilée au dernier rapport du FMI, qui appelle à faire payer les «riches»… une notion sujette à bien des interprétations. Pour ne donner qu’une illustration, en juin 2020, l’Observatoire des inégalités fixait à 3.500 euros de revenus mensuels nets le seuil à partir duquel un Français pouvait être considéré comme «riche».

À cela s’ajoute une pression fiscale déjà record en France, laissant peu de marge de manœuvre à l’État, contrairement à bien d’autres pays européens aussi endettés que la France. Un argumentaire que n’entend pas Marc Wolf «notre TVA est à 20%. Dans les pays scandinaves, elle est à 25%», souligne-t-il.

Vers une «crise sans précédent»?

Pour le présenter sommairement, l’État dispose de deux leviers pour rééquilibrer son budget: la baisse de ses dépenses et la hausse des recettes fiscales. Or, comme le souligne Me Wolf, le gouvernement ne semble pas décidé à tailler sérieusement dans ses dépenses.

«En dehors du fait qu’on va cogner sur les salariés qui sont en âge de partir en retraite, je n’ai pas vu le premier euro d’économie, parce qu’ils n’osent plus dire qu’ils toucheront à l’éducation, ils n’osent évidemment plus dire qu’ils toucheront à la santé, moins encore au secteur régalien, l’armée, la police, la justice, etc.», développe le fiscaliste.

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Pour lui, les seules mesures envisagées le seront aux dépens directs des Français, via les réformes «jumelles» du chômage et des retraites. «On gagne un point de PIB en organisant la misère des préretraites. C’est un choix, il faut avoir la loyauté de le dire […] et ne pas les cacher derrière des discours pseudo-techniques», tranche-t-il, soulignant que la situation sur le marché de l’emploi à l’issue de la crise sera particulièrement concurrentielle.

Ceci mettrait mécaniquement sur la touche les plus âgés, auxquels on demanderait paradoxalement de travailler plus afin d’obtenir tous leurs droits à la retraite. «Quand on dit que les Français devraient travailler plus, ils ne demandent que ça, encore faut-il leur donner du boulot!», tacle-t-il. Bien que notre intervenant estime que le sort réservé à terme à la fonction publique ne soit pas particulièrement enviable, force est de constater que ces réformes du quinquennat Macron lèseront donc les salariés et non les fonctionnaires.

«Il y a une flagrante paupérisation de la population française. Une fois que la crise sanitaire sera passée, nous assisterons à une crise économique et sociale sans précédent», prédit également Eudes Baufreton, qui pointe du doigt ces «élites» gouvernantes qui «produisent le déficit» de la France.

«Il y a une irresponsabilité qui règne et qui n’est pas sanctionnée et c’est bien dommage», conclut-il.

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